{"id":2278,"date":"2014-05-15T08:03:11","date_gmt":"2014-05-15T08:03:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/?p=2278"},"modified":"2014-05-15T08:03:11","modified_gmt":"2014-05-15T08:03:11","slug":"en-attendant-la-langue-africaine-par-marie-claude-bayle-ex-chercheur-luniversite-de-salerne-italie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=2278","title":{"rendered":"En attendant la \u00ab Langue africaine \u00bb   Par Marie Claude BAYLE Ex-chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Salerne, Italie"},"content":{"rendered":"<p><strong>Comment les Africains per\u00e7oivent-ils la langue fran\u00e7aise et de quelle mani\u00e8re ils l\u2019utilisent\u00a0? Du refus en tant que \u00ab\u00a0langue du colonisateur\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion compl\u00e8te comme \u00ab\u00a0langue maternelle\u00a0\u00bb, les comportements linguistiques de la population africaine dite \u00ab\u00a0francophone\u00a0\u00bb sont des plus vari\u00e9s. Le t\u00e9moignage d\u2019intellectuels et d\u2019\u00e9crivains permettra de pr\u00e9ciser leur position par rapport \u00e0 la Francophonie en tant qu\u2019institution et \u00e0 l\u2019utilisation de la langue fran\u00e7aise comme langue d\u2019\u00e9criture.\u00a0 <\/strong><br \/>\n<strong>Pour la plupart, ce n\u2019est pas un choix mais une n\u00e9cessit\u00e9 puisqu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9s dans cette langue. Un grand nombre d\u2019entre eux d\u00e9plorent cette r\u00e9alit\u00e9\u00a0 qui les prive d\u2019une partie de leur culture et de leur identit\u00e9 et souhaitent un retour aux langues africaines pour les g\u00e9n\u00e9rations futures. C\u2019est pourquoi, \u00e0 la suite d\u2019A. Kourouma qui a \u00ab\u00a0malink\u00e9s\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0 le fran\u00e7ais, les \u00e9crivains africains adaptent la langue classique \u00e0 leurs besoins et la rendent en mesure de traduire leur moi profond. Mais il n\u2019y a pas que les \u00e9lites qui s\u2019expriment en fran\u00e7ais. Des \u00e9tudes faites sur la population africaine des grandes villes montrent que l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019existe pas de langue ethnique dominante qui puisse servir de v\u00e9hicule de communication, les classes populaires d\u00e9favoris\u00e9es apprennent le fran\u00e7ais dans la rue. Ce Fran\u00e7ais Populaire Africain, adapt\u00e9 aux besoins de ceux qui le parlent, s\u2019impr\u00e8gne des langues locales et de n\u00e9ologismes et s\u2019apparente \u00e0 l\u2019argot.<\/strong><br \/>\n<strong>Quel sera le futur des langues nationales dans les pays africains francophones\u00a0? Comment concilier la survie des langues locales avec l\u2019imp\u00e9ratif de la mondialisation\u00a0? Le bi ou trilinguisme est-il une solution\u00a0? Au cours des si\u00e8cles \u00e0 venir l\u2019Afrique pourra-t-elle r\u00e9aliser le r\u00eave de panafricanisme culturel et linguistique de Cheik Anta Diop\u00a0? Questions qui n\u2019ont pas encore de r\u00e9ponses.<\/strong><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>En attendant la \u00ab\u00a0Langue Africaine\u00a0\u00bb\u00a0 <\/strong><br \/>\n(1<sup>\u00e8re<\/sup> partie)<br \/>\n<strong>\u00a0<\/strong><br \/>\n<strong>I &#8211; Survol historique de la situation linguistique en Afrique.<\/strong><br \/>\nLa question de l\u2019utilisation de la langue fran\u00e7aise en Afrique subsaharienne se pose p\u00e9riodiquement. De la confusion entre francophonie et Fran\u00e7afrique \u00e0 la d\u00e9claration de principe\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9s\u00a0\u00bb, un tour d\u2019horizon s\u2019impose sur les opinions des Africains, sur la mani\u00e8re dont ils per\u00e7oivent la langue fran\u00e7aise et surtout sur la fa\u00e7on dont ils l\u2019utilisent, ceci \u00e0 travers les \u00e9crits des \u00e9crivains africains et aussi des d\u00e9clarations qui pullulent sur certains blogs destin\u00e9s au sujet.<br \/>\nParmi les nombreux probl\u00e8mes auxquels les Africains doivent faire face, celui de la langue n\u2019est pas le dernier. En effet, apr\u00e8s la balkanisation de l\u2019Afrique \u00e0 la Conf\u00e9rence de Berlin en 1884-1885 o\u00f9 les puissances coloniales se partag\u00e8rent le continent subsaharien, l\u2019usage des langues europ\u00e9ennes fut impos\u00e9 aux populations de mani\u00e8re autoritaire\u00a0: anglais et fran\u00e7ais\u00a0 surtout mais aussi portugais et allemand. Ces nouvelles fronti\u00e8res, d\u00e9coupant arbitrairement l\u2019Afrique en Etats, ne prennent pas en compte les territoires des diff\u00e9rentes ethnies et tribus. \u00ab\u00a0Les fronti\u00e8res entre le Soudan et ses voisins francophones ne sont ni g\u00e9ographiques, ni ethniques. On trouve les ethnies de m\u00eame origine et qui parlent la m\u00eame langue divis\u00e9es dans des pays diff\u00e9rents ayant des langues officielles diff\u00e9rentes\u00a0\u00bb \u00a0note Amal Madibbo[i]. \u00ab\u00a0Souvent absurdes, ces d\u00e9coupages administratifs ont s\u00e9par\u00e9 arbitrairement des groupes humains et cr\u00e9\u00e9 des r\u00e9gions non viables \u00e9conomiquement. Ils eurent des cons\u00e9quences non n\u00e9gligeables et ne sont pas \u00e9trangers \u00e0 un certain nombre de conflits qui ont secou\u00e9, voire continuent de secouer le continent noir\u00a0\u00bb confirme Moussa Konat\u00e9[ii].<br \/>\nLes Ind\u00e9pendances de 1960 ont ouvert la voie \u00e0 une prise de conscience de la situation linguistique en Afrique qui s\u2019est av\u00e9r\u00e9e tr\u00e8s chaotique. L\u2019Afrique noire \u00e9tant constitu\u00e9e de plus de 50 pays, eux-m\u00eames partag\u00e9s en centaines d\u2019ethnies et de tribus parlant des centaines de langues et de dialectes, il est difficile de survoler les diff\u00e9rences et de parler, en g\u00e9n\u00e9ral, de\u00a0 \u2018l\u2019Afrique\u2019. Cependant \u00ab\u00a0il nous semble int\u00e9ressant de relever ce qui unit ces peuples et trace les contours d\u2019une identit\u00e9 noire africaine consistante\u00a0\u00bb peut-on dire apr\u00e8s Cheikh Anta Diop[iii] et souligner quels traits sont en commun\u00a0; ce\u00a0 sont (\u00e0 part le Nord et l\u2019Ethiopie) des cr\u00e9ations coloniales, artificielles \u00e0 l\u2019origine, superpos\u00e9es aux territoires pr\u00e9existants auxquels les colonisateurs ont impos\u00e9 leur langue. C\u2019est pourquoi il est int\u00e9ressant de d\u00e9terminer la place qu\u2019occupe effectivement la langue fran\u00e7aise sur le continent africain par rapport aux langues locales et nationales[iv].<br \/>\nPour ce faire, sans n\u00e9gliger les donn\u00e9es officielles de l\u2019OIF et de l\u2019Union Africaine (UA), on a accord\u00e9 une grande attention aux opinions individuelles des Africains, \u00e0 ceux qui se sont prononc\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre \u00e0 travers des blogs, des interviews, des articles, des th\u00e8ses universitaires ou des ouvrages sp\u00e9cialis\u00e9s, sans oublier, bien entendu, les \u00e9crivains.<br \/>\nLa premi\u00e8re donn\u00e9e qui attire l\u2019attention du chercheur, c\u2019est l\u2019assimilation des deux termes de Francophonie et de Fran\u00e7afrique que l\u2019on retrouve souvent dans les d\u00e9clarations des Blogs. En fait, comme nous le savons, la Francophonie a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e aux lendemains des Ind\u00e9pendances par L. Senghor, H. Bourguiba, N. Sihanouk et H. Diori. Au sens institutionnel, elle qualifie l\u2019organisation internationale qui regroupe la communaut\u00e9 de 75 Etats et gouvernements francophones ayant choisi d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 sa Charte. Au sens large, elle englobe les populations qui ont en commun l\u2019utilisation partielle ou totale du fran\u00e7ais dans leurs pratiques linguistiques. Le terme de Francophonie a \u00e9volu\u00e9 au cours des ann\u00e9es. Il a connu des ambigu\u00eft\u00e9s\u00a0 et m\u00eame des contradictions, il a recouvert des sens multiples qui vont du simple point de vue culturel jusqu\u2019\u00e0 une donn\u00e9e politique plus accentu\u00e9e \u00e0 partir de la Nouvelle Charte de la Francophonie de novembre 2005, au point d\u2019en arriver \u00e0 \u00eatre confondu avec ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la Fran\u00e7afrique, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2019ensemble des relations politiques, \u00e9conomiques et militaires de la France et de ses anciennes colonies africaines.<br \/>\nAu cours d\u2019une interview, Sandra Coulibaly, alors repr\u00e9sentante de la D\u00e9l\u00e9gation de la Francophonie aupr\u00e8s de l\u2019ONU \u00e0 Gen\u00e8ve d\u00e9finit ainsi la Francophonie\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une vision du monde, le partage de cheminements \u00a0intellectuels diff\u00e9rents \u00e0 travers une langue commune&#8230; elle refl\u00e8te un espace de communaut\u00e9\u00a0\u00bb. Elle pr\u00e9cise en outre que la Francophonie ne se rattache pas \u00e0 la politique ext\u00e9rieure de la France. \u00ab\u00a0Nous sommes souvent associ\u00e9s dans une triangulaire plus fantasm\u00e9e que r\u00e9elle, entre la Francophonie, la France et l\u2019Afrique, parfois confondus avec un bras arm\u00e9 de la Fran\u00e7afrique. Or nous d\u00e9veloppons notre propre politique \u00e9trang\u00e8re et de coop\u00e9ration, principalement culturelle [\u2026] On doit sortir des questions de la Fran\u00e7afrique pour ouvrir une nouvelle grille de lecture\u00a0\u00bb[v].<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>II \u2013 Les opinions des \u00e9crivains africains de langue fran\u00e7aise.<\/strong><br \/>\nOr, la plupart des auteurs africains de langue fran\u00e7aise \u00e9prouvent le besoin de pr\u00e9ciser leur position. Pour R. Boudjedra\u00a0: \u00ab\u00a0Il est important de bien diff\u00e9rencier la Francophonie, philosophie politique n\u00e9o-coloniale, du fran\u00e7ais langue de culture et de civilisation\u00a0\u00bb[vi]. Dans son article sur la Francophonie Alain Mabanckou reprend la d\u00e9finition de R. Fonkoua\u00a0: \u00ab\u00a0La francophonie d\u00e9signe les Lettres venues d\u2019ailleurs, mais aussi des mani\u00e8res autres de voir le monde, sinon des mani\u00e8res de voir le monde autrement\u00a0\u00bb[vii].\u00a0 Madibbo Amal pr\u00e9cise d\u00e8s le d\u00e9but de son essai,\u00a0le sens qu\u2019il entend donner au mot francophone\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Le terme francophone renvoie \u00e0 l\u2019utilisation du fran\u00e7ais comme langue officielle, deuxi\u00e8me langue d\u2019\u00e9tude ou de travail, ou simplement comme medium de communication. Identifier un pays ou un acteur social comme francophone, signifie \u00e9galement qu\u2019il utilise le fran\u00e7ais parmi d\u2019autres langues\u00a0\u00bb.<br \/>\nBien que cette derni\u00e8re d\u00e9finition soit la plus proche de ce que nous entendons ici, c\u2019est-\u00e0-dire parler et \u00e9crire en langue fran\u00e7aise, nous \u00e9viterons d\u2019utiliser ce terme pour ne pas causer de malentendus. Nous voulons essayer de comprendre pourquoi d\u2019un c\u00f4t\u00e9 il y a des Africains qui magnifient la Francophonie en g\u00e9n\u00e9ral ou plut\u00f4t l\u2019utilisation de la langue fran\u00e7aise en Afrique et d\u2019autres qui accusent cette m\u00eame langue d\u2019\u00eatre, en tant que langue du colonisateur, \u00e0 l\u2019origine de la plupart des maux du continent subsaharien. Alain Mabanckou, lui-m\u00eame, fait allusion au probl\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0A l\u2019heure o\u00f9 se r\u00e9pand un courant\u00a0\u2018africaniste\u2019 beaucoup d\u2019\u00e9crivains d\u2019Afrique noire francophone s\u2019interrogent d\u00e9sormais sur la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019utilisation de la langue fran\u00e7aise comme langue d\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb[viii].<br \/>\n<strong>1. La langue fran\u00e7aise\u00a0: h\u00e9ritage historique<\/strong><br \/>\n<strong>\u00a0<\/strong><br \/>\nDans l\u2019ouvrage <em>Ind\u00e9pendances Cha-Cha<\/em>[ix], trente auteurs s\u2019expriment sur leur rapport avec la langue fran\u00e7aise. Est-elle encore la langue du colonisateur ou est-elle devenue un patrimoine linguistique national\u00a0? Voici quelques r\u00e9ponses\u00a0:<br \/>\nN\u00e9tonon No\u00ebl Ndj\u00e9k\u00e9ry du Tchad d\u00e9clare\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris en fran\u00e7ais parce que c\u2019est la seule langue que je sache vraiment \u00e9crire. De plus, le fran\u00e7ais est devenu par la force des choses, un des \u00e9l\u00e9ments constitutifs de notre identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb (Cha190). Jorus Mabiala du Congo Brazzaville pr\u00e9cise\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Je travaille beaucoup avec l\u2019Alg\u00e9rie\u2026 J\u2019ai emprunt\u00e9 la phrase de l\u00e0-bas\u00a0: la langue fran\u00e7aise est notre butin de guerre. La seule chose que l\u2019on a gagn\u00e9 de cette ind\u00e9pendance, la seule chose positive, c\u2019est la langue fran\u00e7aise\u00a0\u00bb\u00a0 (Cha 90). Mme Nafissatou Dia Diouf du S\u00e9n\u00e9gal rench\u00e9rit \u00e0 propos de la langue fran\u00e7aise\u00a0: \u00ab\u00a0On se l\u2019est tellement appropri\u00e9e que je ne la consid\u00e8re pas ainsi. Nous sommes co-propri\u00e9taires de cette langue que nous contribuons \u00e0 rendre plus vivante et color\u00e9e. Le fran\u00e7ais est plus que ma langue de travail, c\u2019est une langue que j\u2019habite avec armes et bagages, ma culture et mon histoire\u00a0\u00bb (Cha168).<br \/>\nPour\u00a0 Madame Mich\u00e8le Rakotoson\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Je suis n\u00e9e dans la langue fran\u00e7aise et dans la langue malgache. Cela fait partie de l\u2019h\u00e9ritage que j\u2019ai re\u00e7u au berceau et je l\u2019utilise, c\u2019est tout\u00a0\u00bb\u00a0(Cha135). Eric Jo\u00ebl B\u00e9kal\u00e9 du Gabon va dans le m\u00eame sens\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Nous avons \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9s par la France, comme elle a colonis\u00e9 bien d\u2019autres pays, et nous avons re\u00e7u d\u2019elle un patrimoine culturel et politique. Dans ce patrimoine \u00e9videmment, il y a la langue fran\u00e7aise. Une langue avec laquelle nous ne sommes pas en conflit car nous la consid\u00e9rons d\u00e9sormais comme une langue nationale. Dans bien des cas, elle est la seule langue parl\u00e9e des Gabonais\u00a0\u00bb (Cha116). Madame Khadi Hane du S\u00e9n\u00e9gal va encore plus loin dans l\u2019appropriation de cette langue\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Le fran\u00e7ais est la seule langue que j\u2019\u00e9cris\u2026 J\u2019ai appris \u00e0 \u00e9crire en fran\u00e7ais\u2026 Ecrire en fran\u00e7ais pour moi, c\u2019est naturel. Je dirais m\u00eame que je r\u00e9fl\u00e9chis en fran\u00e7ais\u2026 Le fran\u00e7ais c\u2019est ma langue. Peut-\u00eatre pas maternelle, mais c\u2019est ma langue. Je ne peux pas parler d\u2019adoption \u2013 ce n\u2019est pas une langue d\u2019adoption &#8211; c\u2019est ma langue naturellement\u00a0\u00bb (Cha175). Pour Adamou Id\u00e9 du Niger, la situation est la m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0La langue fran\u00e7aise, c\u2019est une langue dans laquelle je pense, qui est mienne. Elle me donne le sentiment de partager une m\u00eame exp\u00e9rience avec les autres\u00a0\u00bb (Cha161).\u00a0 Kangni Alem du Togo d\u00e9clare \u00e0 propos du fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026J\u2019ai h\u00e9rit\u00e9 d\u2019une tradition litt\u00e9raire qui s\u2019\u00e9crit dans cette langue-l\u00e0 [\u2026] Elle est francophone en ce sens que beaucoup de pays africains y participent. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature dans cette langue \u00e0 travers des auteurs fran\u00e7ais et africains \u00e9crivant en fran\u00e7ais ou traduits en fran\u00e7ais. Pour moi la question ne s\u2019est jamais r\u00e9ellement pos\u00e9e\u00a0\u00bb (Cha198).<br \/>\nComme l\u2019a soulign\u00e9 Mme Sandra Coulibaly, la langue fran\u00e7aise d\u00e9sormais fait partie de la culture des auteurs africains qui \u00e9crivent \u00ab\u00a0sans complexe\u00a0 en fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Elle rappelle les mots de Senghor, po\u00e8te et pr\u00e9sident du S\u00e9n\u00e9gal au moment des ind\u00e9pendances\u00a0: \u00ab\u00a0Comme toute aventure humaine, la colonisation a charri\u00e9 de la boue et de l\u2019or. Pourquoi ne faudrait-il prendre que la boue et ne pas retenir les p\u00e9pites\u00a0?\u00a0\u00bb.\u00a0 \u00ab\u00a0Dans les d\u00e9combres de la colonisation nous avons ramass\u00e9 cet outil merveilleux qui est la langue fran\u00e7aise\u2026\u00a0\u00bb[x]. C\u2019est \u00e9galement l\u2019avis exprim\u00e9 dans le Blog d\u2019Alain Mabanckou\u00a0: \u00ab\u00a0La langue fran\u00e7aise pour un francophone est un h\u00e9ritage historique dont\u00a0 celui-ci doit ponctuellement en (sic) tirer le meilleur parti, sans s\u2019enorgueillir parce que les conditions du legs \u00e9taient vici\u00e9es au d\u00e9part\u00a0\u00bb[xi].<br \/>\n<strong>2. La langue fran\u00e7aise\u00a0: langue du colonisateur.<\/strong><br \/>\nPar contre, certains intellectuels originaires de pays autrefois colonis\u00e9s par la France remettent en cause le concept de francophonie dont la politique est consid\u00e9r\u00e9e comme une forme de n\u00e9o-colonialisme. Ils rendent la langue fran\u00e7aise responsable de l\u2019ali\u00e9nation culturelle dans laquelle est plong\u00e9e le Continent subsaharien et accusent les \u00e9crivains qui l\u2019utilisent de continuer l\u2019\u0153uvre du colonisateur. A la suite de l\u2019article d\u2019Alain Mabanckou, sur le Congopage blog on peut lire cette intervention\u00a0: \u00ab\u00a0Donc les \u00e9crivains africains francophones sont de pr\u00e8s ou de loin des \u00e9missaires de la France. En cela je rejoins parfaitement les arguments de M. Nganang dans le sujet un peu plus bas de ce blog. Il faut cesser d\u2019\u00eatre francophone, de soutenir une langue qui n\u2019est pas la n\u00f4tre, une langue qui tue les langues africaines\u00a0\u00bb. Opinion partag\u00e9e par d\u2019autres \u2019blogueurs\u2019\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez de la chance d\u2019avoir un Alain Mabanckou et le fait qu\u2019il \u00e9crive en Fran\u00e7ais\u00a0 ne veut point dire qu\u2019il n\u2019est pas Congolais\u2026 car lui au moins il vous aime un peu et a le m\u00e9rite de d\u00e9noncer cette secte appel\u00e9e\u00a0\u2018La Francophonie\u2019, les n\u00f4tres ils ne nous aiment pas trop \u00e0 quelques exceptions tr\u00e8s rares\u00a0\u00bb, ou plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0Encore un d\u00e9bat inutile. La francophonie n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un espace politique au service de l\u2019imp\u00e9rialisme et du n\u00e9o-colonialisme fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. De plus \u00ab\u00a0la langue fran\u00e7aise devient en Afrique une langue de d\u00e9pendance et de n\u00e9gation de l\u2019\u00eatre originel\u00a0\u00bb \u00e9crit A. Kom d\u00e8s 1979[xii].<br \/>\nLes \u00e9crivains eux-m\u00eames ont leur mot \u00e0 dire. Dans <em>Le Sanglot de l\u2019homme noir<\/em> Alain Mabanckou rappelle que\u00a0\u00ab\u00a0le Camerounais Patrice Nganang notamment, va jusqu\u2019\u00e0 proposer \u2018d\u2019\u00e9crire sans la France\u2019, pour reprendre sa propre formule. Proposition, voire exigence, puisque, d\u2019apr\u00e8s lui, ceux qui ne s\u2019y plieraient\u00a0 pas seraient coupables de cautionner l\u2019id\u00e9ologie coloniale\u00a0\u00bb. Plus loin il pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019argument principal de ceux qui souhaitent aujourd\u2019hui \u2018\u00e9crire sans la France\u2019 est que le fran\u00e7ais serait entach\u00e9 d\u2019un vice r\u00e9dhibitoire, insurmontable, inexcusable\u00a0: c\u2019est la langue du colonisateur. C\u2019est une langue qui ne nous permettrait gu\u00e8re de nous exprimer avec authenticit\u00e9\u00a0[\u2026] Selon les partisans de l\u2019authenticit\u00e9, la langue fran\u00e7aise v\u00e9hiculerait des \u2018codes\u2019 d\u2019asservissement, des tournures impropres au phras\u00e9 africain que nous aurions tort de sous-estimer\u00a0\u00bb[xiii]. Moussa Konat\u00e9 rench\u00e9rit\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026Que dire de ces cr\u00e9ateurs, supposer restituer l\u2019\u00e2me de leur peuple, qui ne s\u2019expriment que dans des langues europ\u00e9ennes et ne se sentent exister que dans la mesure o\u00f9 ils re\u00e7oivent l\u2019onction de la critique occidentale\u00a0? Pour \u00eatre accessibles \u00e0 leurs compatriotes, ils doivent \u00eatre traduits d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb[xiv]<br \/>\n<strong>3. La langue fran\u00e7aise\u00a0: produit de la libert\u00e9\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 .<\/strong><br \/>\nPar contre, de nombreux \u00e9crivains s\u2019\u00e9l\u00e8vent contre cette conception de la langue fran\u00e7aise.\u00a0 Gaston Kelman, Camerounais lui-aussi, d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0La colonisation (c\u2019est) la chose la plus horrible au monde [\u2026] C\u2019est la barbarie la plus grasse\u00a0! [\u2026] Ce n\u2019est pas parce que la colonisation c\u2019est la barbarie, que la langue fran\u00e7aise c\u2019est la barbarie !\u00a0\u00bb (Cha 53). Mamadou Mahmoud N\u2019Dongo\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Dans mon cas, c\u2019est une langue que j\u2019ai choisie. Je suis un \u00e9crivain d\u2019expression fran\u00e7aise. Ce n\u2019est pas une langue tortionnaire\u00a0\u00bb et Wilfried N\u2019 Soud\u00e9 expriment le m\u00eame concept de mani\u00e8re tr\u00e8s suggestive\u00a0: \u00ab Non mais attendez\u00a0! Il faut arr\u00eater avec \u00e7a\u00a0! Ce n\u2019est pas que la langue du colonisateur\u00a0! \u00a0[\u2026] Quand je parle l\u2019allemand, je ne parle pas la langue du bourreau nazi, enfin\u00a0!&#8230;\u00a0\u00bb.\u00a0\u00ab\u00a0La langue fran\u00e7aise n\u2019est pas un produit du colonialisme mais, au contraire, un produit de la libert\u00e9. La France n\u2019est pas seulement le colon, c\u2019est aussi Voltaire, Rousseau, Aragon. Le fran\u00e7ais n\u2019est pas la langue de la colonisation. Les colonisateurs n\u2019avaient pas de langue, ils avaient des fusils\u2026 et une administration\u00a0\u00bb rench\u00e9rit Beyrouk de Mauritanie (Cha148).<br \/>\nOusmane Diana du Mali signale le danger repr\u00e9sent\u00e9 par le refus de\u00a0 la langue fran\u00e7aise pour les jeunes auteurs, surtout, qui ne savent pas s\u2019exprimer dans leur propre langue et donc ne peuvent se r\u00e9aliser pleinement. \u00ab\u00a0Je connais des jeunes [&#8230;] qui \u00e9crivent de beaux textes en fran\u00e7ais. Si on leur ass\u00e8ne cela, alors qu\u2019ils n\u2019ont pas appris \u00e0 \u00e9crire dans leur langue cela d\u00e9veloppe un complexe et tue la cr\u00e9ation. Que ceux qui militent et qui ont la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9crire dans leur langue, qu\u2019ils \u00e9crivent, c\u2019est une excellente chose. Mais qu\u2019on ne consid\u00e8re pas ceux qui n\u2019ont appris \u00e0 \u00e9crire qu\u2019en fran\u00e7ais, \u00e0 ne communiquer leurs \u00e9motions qu\u2019en fran\u00e7ais, comme des tra\u00eetres. Qu\u2019on arr\u00eate cela\u00a0!\u00a0\u00bb (Cha143).<br \/>\nAlain Mabanckou poursuit en ces termes\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Etre francophone, cela emp\u00eacherait-il d\u2019\u00eatre un \u00e9crivain\u00a0? L\u2019ombre de la France serait-elle si pesante qu\u2019elle nous emp\u00eache d\u2019\u00e9crire en toute libert\u00e9. Nous n\u2019avons pas encore compris qu\u2019il y a longtemps que la langue fran\u00e7aise est devenue une langue d\u00e9tach\u00e9e de la France, et que sa vitalit\u00e9 est \u00e9galement assur\u00e9e par des cr\u00e9ateurs venus des cinq continents\u00a0?\u00a0\u00bb.\u00a0\u00a0 L\u2019auteur\u00a0 va plus loin dans le refus de cette vision r\u00e9trograde de la langue fran\u00e7aise. Il d\u00e9nonce l\u2019attitude de ceux qui sont rest\u00e9s attach\u00e9s aux fausses valeurs pr\u00e9coloniales :\u00a0\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les vendus, les larbins qu\u2019on applaudit dans les salons, et, de l\u2019autre, les dignes, les r\u00e9sistants munis d\u2019un brevet d\u2019africanit\u00e9 d\u00e9livr\u00e9 par on ne sait quelle instance. Et pourtant, hostiles aux changements, d\u00e9pass\u00e9s par le cours des \u00e9v\u00e9nements, les gardiens autoproclam\u00e9s de l\u2019authenticit\u00e9 africaine, \u00e9pigones des g\u00e9nies de la n\u00e9gritude, demeurent convaincus qu\u2019ils exaltent les valeurs n\u00e8gres mieux encore que C\u00e9saire, Damas, Senghor\u2026\u00a0\u00bb[xv].<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>III \u2013 Les langues r\u00e9gionales africaines.<\/strong><br \/>\nGaston Kelman ouvre la porte \u00e0 un autre aspect de la langue en Afrique que nous voulons explorer et c\u2019est celui de la situation des langues r\u00e9gionales africaines. \u00ab\u00a0Au Cameroun aujourd\u2019hui, personne ne parle plus les langues locales et tout le monde dit\u00a0: \u2019Les Blancs nous ont impos\u00e9 leur langue\u00a0!\u2019 Si vous n\u2019\u00eates pas contents du fran\u00e7ais, il y a le b\u00e9ti, il y a le bassa, il y a le foulfould\u00e9. Mais choisissez une langue et faites-en une langue de communication\u00a0! Ou bien prenez une langue africaine\u00a0! [&#8230;] Mais qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette pathologie de la plainte permanente\u00a0? C\u2019est le Blanc qui vous interdit de choisir une langue\u00a0? Moi, au moins, le fran\u00e7ais me permet de communiquer.\u00a0\u00bb (Cha 54).<br \/>\nMoussa Konat\u00e9 va au c\u0153ur de la question\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0&#8230; Le probl\u00e8me n\u2019est pas que les auteurs \u00e9crivent dans une langue europ\u00e9enne, mais le fait qu\u2019ils soient incapables de le faire dans leur langue\u00a0 maternelle. Ils n\u2019en sont pas responsables, mais le probl\u00e8me n\u2019en reste pas moins\u00a0\u00bb[xvi].<br \/>\n<strong>1. Promouvoir les langues r\u00e9gionales.<\/strong><br \/>\nCependant tous les \u00e9crivains d\u2019expression fran\u00e7aise sont unanimes sur la n\u00e9cessit\u00e9 de promouvoir les langues locales qui ont une place pr\u00e9pond\u00e9rante non seulement dans la construction culturelle et identitaire d\u2019un pays mais aussi dans le d\u00e9veloppement social et \u00e9conomique.<br \/>\nEn effet, aux lendemains des ind\u00e9pendances, les Etats ont opt\u00e9 pour garder la langue fran\u00e7aise comme langue nationale. D\u2019une part, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, le probl\u00e8me de la langue ne semblait pas une priorit\u00e9 pour les pouvoirs publics et les langues africaines restaient encore assez m\u00e9connues. De toute fa\u00e7on, on consid\u00e9rait que\u00a0 leur\u00a0 oralit\u00e9 les rendait inaptes \u00e0 assumer d\u2019autres fonctions que celle de parlers locaux et vernaculaires. \u00ab\u00a0Dispens\u00e9 en langue europ\u00e9enne, l\u2019enseignement r\u00e9duisait les langues africaines \u00e0 des langues de seconde zone. Pour la plupart non \u00e9crites, elles \u00e9taient depuis toujours le v\u00e9hicule des cultures dans lesquelles les Noirs Africains avaient baign\u00e9 et s\u2019\u00e9taient conduits. De fa\u00e7on brutale et radicale, les colonisateurs impos\u00e8rent leur langue\u00a0\u00bb rappelle Moussa Konat\u00e9.<br \/>\nD\u2019autre part, le choix du fran\u00e7ais comme langue officielle semblait justifi\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019unifier le pays et ses ethnies \u00e9tant donn\u00e9 que les locuteurs africains n\u2019avaient pas de langue nationale commune. Ce qui fait que les \u00e9crivains issus de cette p\u00e9riode pr\u00e9 et post ind\u00e9pendances ne sont pas en mesure d\u2019\u00e9crire dans leur langue maternelle puisqu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9s en fran\u00e7ais[xvii]. Or ces g\u00e9n\u00e9rations qui ont v\u00e9cu le colonialisme et les ind\u00e9pendances qui les ont d\u00e9\u00e7ues sont plus port\u00e9es \u00e0 rendre la Francophonie et donc la langue fran\u00e7aise responsables de cette situation et \u00e0 ressentir le poids de la langue \u00e9trang\u00e8re sur le destin de leur pays. C\u2019est ce que reprochent nombre de lettr\u00e9s aux gouvernements des Etats africains comme Tanella Boni par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0La C\u00f4te d\u2019Ivoire, au moment de son ind\u00e9pendance, n\u2019a pas fait ce qu\u2019elle aurait d\u00fb faire\u00a0: choisir quelques langues nationales et les imposer comme langues officielles [&#8230;] Il y a quelques langues v\u00e9hiculaires comme le dioula et aujourd\u2019hui le nouchi, langue parl\u00e9e et chant\u00e9e par les jeunes citadins. Des exp\u00e9riences de scolarisation ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es dans des langues locales. Mais cela ne suffit pas vraiment\u00a0\u00bb (Cha105).<br \/>\nVoici le t\u00e9moignage de quelques \u00e9crivains africains qui, tous d\u00e9plorent de ne pouvoir \u00e9crire dans leur langue maternelle puisque, ayant \u00e9t\u00e9 instruits en fran\u00e7ais, celle-ci s\u2019est trouv\u00e9e rel\u00e9gu\u00e9e dans leur existence quotidienne au rang de simple dialecte bon \u00e0 exprimer les banalit\u00e9s de la vie mat\u00e9rielle<br \/>\nTh\u00e9o Ananissoh du Togo\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai cess\u00e9 depuis mon enfance, de passer d\u2019une langue et d\u2019une culture\u00a0 \u00e0 une autre. Je suis n\u00e9 en Centrafrique, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 parler la langue v\u00e9hiculaire locale qui est le Sango. A l\u2019\u00e9cole, dans les rues, je parlais le Sango. A la maison, comme ma m\u00e8re et mon p\u00e8re sont des Togolais [&#8230;] je parlais le Mina, tr\u00e8s mal. Et \u00e0 partir de six ans \u00e0 l\u2019\u00e9cole, oui, le fran\u00e7ais. Alors j\u2019ai \u00e9volu\u00e9 avec. [&#8230;]. Je ne peux \u00e9crire que cette langue. C\u2019est la langue que je connais. Je ne peux pas \u00e9crire ma langue maternelle\u00a0\u00bb. (Cha 204)<br \/>\nAlfred Dogb\u00e9 du Niger\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est le seul outil que j\u2019ai dans les mains. [&#8230;] Le fran\u00e7ais est la seule langue que je ma\u00eetrise, que je sais \u00e9crire. Je sais lire l\u2019\u00e9w\u00e9, le zarma, le songha\u00ef. [&#8230;] Je ne peux \u00e9crire un texte qui se respecte dans aucune langue africaine. Je n\u2019ai pas appris. On n\u2019a pas encore trouv\u00e9 le moyen de faire une litt\u00e9rature en langue nationale, \u00e9crite aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb. (Cha155)<br \/>\nEric Jo\u00ebl B\u00e9kal\u00e9 du Gabon\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris uniquement en fran\u00e7ais, comme tous les \u00e9crivains gabonais. Evidemment, nous avons une sorte de \u2018devoir de m\u00e9moire\u2019 vis-\u00e0-vis de nos cultures. Certains s\u2019essaient aux langues nationales, mais de mani\u00e8re maladroite, en ce sens que ces langues ne sont pas formalis\u00e9es par une \u00e9criture ou un alphabet sp\u00e9cifiques. Toutefois nous faisons des efforts parce qu\u2019il n\u2019est pas question que nos langues nationales meurent.\u00a0\u00bb (Cha 117)<br \/>\nIls ne peuvent eux-m\u00eames \u00e9crire dans leur langue maternelle pour plusieurs raisons. La premi\u00e8re parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9s en fran\u00e7ais et la deuxi\u00e8me parce que nombre de langues africaines sont rest\u00e9es au stade de l\u2019oralit\u00e9. Elles n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 codifi\u00e9es pour l\u2019\u00e9crit bien que certains Etats fassent un effort pour les normaliser par la cr\u00e9ation d\u2019alphabets, par la fixation des mots et de l\u2019orthographe. Or, m\u00eame si ces obstacles \u00e9taient surmont\u00e9s, quels lecteurs pourrait avoir un auteur \u00e9crivant dans l\u2019une des langues africaines\u00a0? Comment pourrait-il se faire conna\u00eetre \u00e0 travers l\u2019Afrique et le monde\u00a0?<br \/>\n<strong>2. Le foisonnement des langues africaines\u00a0: un obstacle \u00e0 l\u2019unit\u00e9<\/strong>.<br \/>\nEn Afrique dite francophone, le fran\u00e7ais n\u2019est pas l\u2019apanage de toute la population m\u00eame si c\u2019est une langue officielle. En effet, il cohabite avec les langues locales qui souvent, hors des grandes villes, sont les seuls moyens d\u2019expression connus\u00a0 par une population rurale encore illettr\u00e9e dans certaines r\u00e9gions de l\u2019Afrique.<br \/>\nVoil\u00e0 ce que dit le paragraphe 28 du Manifeste du Cinquantenaire du Symposium de Cotonou de novembre 2010\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0Les langues africaines constituent le socle du patrimoine humain de l\u2019Afrique. Nous voulons qu\u2019elles soient syst\u00e9matiquement inscrites dans les programmes scolaires et enseign\u00e9es dans tous les cycles scolaires et qu\u2019elles servent de vecteur dans les technologies de l\u2019information et de la communication. De leur appropriation par les Africains d\u00e9pend aussi le rayonnement de l\u2019Afrique dans le monde\u00a0\u00bb.<br \/>\nC\u2019est aussi l\u2019avis formul\u00e9 par Moussa Konat\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0&#8230;Pour faire advenir la nouvelle \u00e9lite africaine, (l\u2019\u00e9cole africaine nouvelle) doit tenir\u00a0 pour une priorit\u00e9 la formation de millions de jeunes et d\u2019adultes analphab\u00e8tes, et cheminer le savoir jusqu\u2019\u00e0 eux dans leurs langues, par tous les moyens possibles (radio, t\u00e9l\u00e9vision, cin\u00e9ma, th\u00e9\u00e2tre&#8230;)\u00a0\u00bb[xviii] car, comme l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit Cheikh Anta Diop\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il est plus efficace de d\u00e9velopper une langue nationale que de cultiver artificiellement une langue \u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb[xix]. Or pour enseigner une langue, il faut des livres, il faut une litt\u00e9rature sp\u00e9cifique \u00e0 laquelle faire r\u00e9f\u00e9rence, il faut \u00e9crire dans les langues africaines. A la m\u00eame conclusion \u00e9tait parvenue une \u00e9tude\u00a0 de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al en 1963. \u00ab\u00a0Cette priorit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 la langue fran\u00e7aise ne doit pas, cependant emp\u00eacher d\u2019enseigner \u00e9galement certains dialectes devenus langues parce qu\u2019ils ont effectivement une morphologie, une structure linguistique, un fondement grammatical d\u00e9sormais incontestable et qu\u2019ils sont parl\u00e9s par la majorit\u00e9 des populations de quelques-uns de nos pays. Tel est, par ex., le cas du wolof au S\u00e9n\u00e9gal, du bantou au Congo, du yorouba au Nigeria, d\u2019\u00e9w\u00e9 au Togo et fon au Dahomey\u00a0\u00bb[xx].<br \/>\nLa difficult\u00e9 vient de la profusion des langues nationales et locales en usage en Afrique. Voici, \u00e0 titre d\u2019exemple, quelle est la situation dans quelques pays africains dont l\u2019une des langues officielles est le fran\u00e7ais. Il y a plus d\u2019une quarantaine de langues nationales au B\u00e9nin dont le <em>fongb\u00e9<\/em> est la plus parl\u00e9e dans le Centre et le Sud. La R\u00e9publique Centrafrique utilise le <em>sango<\/em>\u00a0 comme langue africaine officielle, avec quinze langues nationales et 120 parlers. En R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo, on compte 221 langues dont 4 ont le statut de langues nationales\u00a0: le <em>tshilula<\/em>, le <em>lingala<\/em> \u00e0 l\u2019ouest, le <em>swahili<\/em> \u00e0 l\u2019est servent de langues v\u00e9hiculaires. Le <em>kikong<\/em>o au sud s\u2019\u00e9tend jusqu\u2019au Gabon qui a, en outre, une vingtaine d\u2019autres langues dont le <em>tsogo<\/em> au centre, le <em>fang<\/em> au nord-ouest et le <em>punu<\/em>\u00a0 au sud sont les plus diffuses. La R\u00e9publique du Congo a une quarantaine de langues dont le <em>kituba<\/em> et le <em>lingala<\/em>. En C\u00f4te d\u2019Ivoire, il y a plus de soixante langues indig\u00e8nes dont le <em>s\u00e9noufo<\/em> et le <em>dioula<\/em> sans oublier le <em>malink\u00e9<\/em> si cher \u00e0 Ahmadou Kourouma[xxi]. Pourtant d\u2019apr\u00e8s Tanella Boni \u00ab\u00a0en C\u00f4te d\u2019Ivoire il n\u2019y a pas de litt\u00e9rature en langue nationale\u00a0\u00bb (Cha 102).<br \/>\nAu S\u00e9n\u00e9gal, il y a 13 langues nationales reconnues dont le <em>wolof, le peul<strong>[xxii]<\/strong>, le mandingue<\/em>. Parmi les langues r\u00e9gionales on note le <em>bambara<\/em> et aussi le <em>malink\u00e9<\/em>. Mme Khadi Hane d\u00e9plore la situation\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Je suis Peule. Dans ma famille nous parlons peul, mais j\u2019ai suivi l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise [&#8230;]. Les langues africaines je ne les \u00e9cris pas. Il y a plusieurs langues au S\u00e9n\u00e9gal. Je parle le peul \u2013 il y a un alphabet peul, il y a un alphabet wolof, mais je n\u2019ai appris \u00e0 \u00e9crire ni en peul ni en wolof. J\u2019ai appris \u00e0 \u00e9crire en fran\u00e7ais \u00bb (Cha174). N\u2019Dongo t\u00e9moigne dans le m\u00eame sens\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0J\u2019aurais pu \u00e9crire en arabe, j\u2019aurais pu \u00e9crire en anglais&#8230; Ma langue, aussi \u2013 le peul \u2013 ne s\u2019\u00e9crit pas. C\u2019est une langue phon\u00e9tique. Mais j\u2019aurais pu inventer une langue pour l\u2019\u00e9crire.\u00a0\u00bb (Cha 180). Ousmane Diarra du Mali d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Je peux \u00e9crire en fran\u00e7ais\u00a0 ou dans ma langue maternelle. J\u2019\u00e9cris quelle que soit la langue. C\u2019est en fran\u00e7ais que j\u2019ai appris \u00e0 \u00e9crire \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ce n\u2019est pas en Banbara. Le fran\u00e7ais contribue en grande partie \u00e0 m\u00e9tisser l\u2019homme de culture banbara que je suis\u00a0\u00bb (Cha 142).<br \/>\nAu Burkina Faso, le bambara fait partie de la soixantaine de langues nationales dont <em>le fulfuld\u00e9, le dioula et le moor\u00e9<\/em> sont les trois principales.<br \/>\nLe Cameroun dont on dit qu\u2019il r\u00e9sume l\u2019Afrique \u00e0 lui tout seul, pr\u00e9sente un \u00e9ventail de 200 \u00e0 300 langues. Dans les r\u00e9gions du Nord, de l\u2019extr\u00eame nord et une partie de l\u2019Adamaoua le <em>fulfuld\u00e9<\/em> domine comme langue v\u00e9hiculaire mais on a pu d\u00e9nombrer plus de 80 aires linguistiques dans ces r\u00e9gions. La situation se pr\u00e9sente aussi morcel\u00e9e dans le Nord-Ouest et le Sud-Est o\u00f9 domine le <em>boulou<\/em> au milieu d\u2019une soixantaine de dialectes. Dans la Province de l\u2019Ouest, sur 12 autres langues recens\u00e9es dominent <em>le shu pamon<\/em> de Foumban et le <em>medumba<\/em> de Bangangt\u00e9. Dans celle du Littoral sept aires linguistiques sont domin\u00e9es largement par le <em>bassa<\/em> que l\u2019on retrouve aussi dans la Province du Centre.\u00a0 L<em>\u2019ewondo<\/em> domine la r\u00e9gion de Yaound\u00e9 et le b\u00e9ti la Province Sud[xxiii].<br \/>\nLe Camerounais Ebod\u00e9 fait le point\u00a0: \u00ab\u00a0Le Cameroun compte 200 langues\u00a0: c\u2019est une richesse regard\u00e9e comme un obstacle d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de s\u2019unir et de fonder une exp\u00e9rience politique commune. Chacun se repliant sur sa langue \u00e9vite l\u2019autre. Or, le carrefour cr\u00e9e une soci\u00e9t\u00e9 et quelques langues peuvent ainsi s\u2019imposer comme des langues de coh\u00e9sion ou d\u2019exploration \u2018po\u00e9litique\u2019&#8230; En Afrique centrale, il y a des langues comme le lingala parl\u00e9 dans les deux Congo qui pourraient jouer ce r\u00f4le&#8230;\u00a0\u00bb (Cha 44).<br \/>\nCette complexit\u00e9 linguistique constat\u00e9e en ces pays peut, en un certain sens, justifier le choix, en un premier temps, de la langue fran\u00e7aise comme langue nationale. Malheureusement, ce qui, \u00e0 l\u2019origine \u00e9tait un repli dict\u00e9 par une n\u00e9cessit\u00e9 historique serait devenu par la suite, selon certains, un choix politique entrainant la lente asphyxie des langues africaines. En effet, selon Moussa Konat\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2me d\u2019un peuple se loge dans sa langue, or les langues africaines, souvent rel\u00e9gu\u00e9es au second plan alors qu\u2019elles ont pour vocation de devenir officielles et nationales, sont encore souvent consid\u00e9r\u00e9es comme des dialectes par l\u2019Occident, qui s\u2019emploie \u00e0 en contrer l\u2019enseignement&#8230; En Afrique noire, les langues transfrontali\u00e8res comme le pular, le bambara, le swahili, le yoruba ont toujours exist\u00e9 et n\u2019ont cess\u00e9 de se r\u00e9pandre. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019\u00e9riger arbitrairement une langue en outil exclusif, mais de prot\u00e9ger la diversit\u00e9 linguistique et culturelle du continent\u00a0\u00bb[xxiv] .<br \/>\nD\u2019apr\u00e8s ces t\u00e9moignages, nous pouvons constater qu\u2019un certain nombre de langues africaines dominent par le nombre de locuteurs, par la litt\u00e9rature \u00e9crite et orale d\u00e9j\u00e0 existante, par la pr\u00e9pond\u00e9rance politique et sociale et par leur potentiel d\u2019expansion. C\u2019est le cas, pour n\u2019en citer que quelques unes, du wolof, du swahili, du lingala, de l\u2019ewondo, du malinka et surtout du peul que l\u2019on retrouve sous diff\u00e9rents noms et dialectes un peu partout dans l\u2019Afrique de l\u2019Ouest. C\u2019est d\u2019ailleurs le fulfuld\u00e9 que l\u2019UPC et F\u00e9lix Moumi\u00e9 avaient choisi comme langue officielle du futur Cameroun ind\u00e9pendant.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>IV &#8211; Trouver une solution.<\/strong><br \/>\nCependant, choisir d\u2019enrichir et d\u2019imposer quelques langues africaines privil\u00e9gi\u00e9es ne semble pas apporter une solution imm\u00e9diate au probl\u00e8me des langues en Afrique. En effet, former des jeunes Africains seulement en une langue africaine, c\u2019est courir le risque de maintenir isol\u00e9s les diff\u00e9rents groupes linguistiques, d\u2019accentuer le foss\u00e9 qui les d\u00e9pare et de les couper des courants d\u2019\u00e9changes internationaux.<br \/>\nLe fran\u00e7ais est donc, malgr\u00e9 tout, \u00e0 ce jour, la seule langue \u00e9crite qui permette aux pays africains francophones de communiquer entre eux et avec le reste du monde. C\u2019est aussi le seul outil dont disposent leurs \u00e9crivains pour la cr\u00e9ation litt\u00e9raire avec\u00a0 une audience nationale et internationale. Il n\u2019en reste pas moins que tous, m\u00eame les plus favorables \u00e0 l\u2019utilisation de la langue fran\u00e7aise, regrettent d\u2019\u00eatre mutil\u00e9s d\u2019une partie d\u2019eux-m\u00eames, d\u2019\u00eatre coup\u00e9s de leurs origines, de leur langue maternelle qui, seule, aurait la facult\u00e9 de traduire pleinement leur moi profond. C\u2019est pourquoi, tout en conservant le fran\u00e7ais comme langue internationale, les Africains commencent \u00e0 revaloriser leurs langues r\u00e9gionales et \u00e0 en revendiquer certaines comme langues nationales et m\u00eame panafricaines.<br \/>\nComment concilier ces deux aspects de la r\u00e9alit\u00e9 africaine\u00a0? Les romanciers d\u2019une part et la population d\u00e9favoris\u00e9e des grandes villes d\u2019autre part vont, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, apporter une solution qui, au fil des si\u00e8cles, pourrait aboutir \u00e0 une \u00ab\u00a0langue africaine\u00a0\u00bb.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n[i]Amal Madibbo, <em>L\u2019introduction du Fran\u00e7ais en Afrique non-francophone\u00a0: l\u2019exp\u00e9rience soudanaise<\/em>, in Revue Sud Langues n\u00b02, juin 2003. www.sudlangues.sn\/spip.php?article57\u200e<br \/>\n[ii]Moussa Konat\u00e9, <em>L\u2019Afrique noire est-elle maudite<\/em>, Fayard, Paris 2010, p.83, note 1.<br \/>\n[iii]Cheikh Anta Diop,<em>L\u2019unit\u00e9 culturelle de l\u2019Afrique Noire<\/em>,\u00a0 Pr\u00e9sence Africaine, 1982. In M. Konat\u00e9, op.cit.<br \/>\n[iv] A noter que dans les territoires ex-anglais la situation se pr\u00e9sente diff\u00e9remment dans la mesure o\u00f9 les langues maternelles locales sont employ\u00e9es d\u00e8s le d\u00e9but de la scolarisation pour une dur\u00e9e variable d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\n[v]Sandra Coulibaly, 7<sup>e<\/sup> Salon Africain du Livre, de la Presse et de la Culture de Gen\u00e8ve 2010.<br \/>\n[vi]R. Boudjedra,\u00a0Diagonales, Entretien.<br \/>\n[vii]Alain Mabanckou, <em>La Francophonie, oui, le ghetto, non\u00a0!,<\/em> Le Monde, 19 mars 2006.<br \/>\n[viii]Alain Mabanckou, <em>Le Sanglot de l\u2019Homme Noir<\/em>, Fayard, Paris 2012.<br \/>\n[ix]Ind\u00e9pendances Cha-Cha, \u2018Miniatures\u2019, Magellan &amp; Cie, Paris 2010. Pour \u00e9viter une surcharge de notes, nous indiquerons directement dans le texte les pages de r\u00e9f\u00e9rence sous la forme (Cha p).<br \/>\n[x] Sandra Coulibaly, op.cit.<br \/>\n[xi]. Mabanckou Alain, \u2018La Francophonie, oui, le ghetto\u00a0: non\u00a0!\u2019, <em>Le Monde<\/em>, 19 mars 2006, Les Grands d\u00e9bats du Blog, Congopage blog, 10 ao\u00fbt 2006.<br \/>\n[xii]Ambroise Kom, <em>La langue fran\u00e7aise en Afrique Noire postcoloniale<\/em>, 1979.<br \/>\n[xiii]Alain Mabanckou, <em>Le Sanglot de l\u2019Homme Noir,<\/em> op.cit., p.135 et 138.<br \/>\n[xiv]Moussa Konat\u00e9, op.cit., p.209<br \/>\n[xv],Alain Mabanckou, <em>Le Sanglot de l\u2019Homme Noir,<\/em> op.cit., p. 137 et 155.<br \/>\n[xvi]Moussa Konat\u00e9, op.cit., p.211<br \/>\n[xvii]cf. <em>La Marseillaise de mon Enfance<\/em>, L\u2019Harmattan, Paris, 2004. L\u2019auteur, Jean-Martin Tchaptchet , relate sa vie d\u2019\u00e9colier \u00e0 Bangangt\u00e9 et de coll\u00e9gien \u00e0 Yaound\u00e9 o\u00f9 , peu \u00e0 peu, les valeurs nouvelles de la soci\u00e9t\u00e9 coloniale l\u2019\u00e9loignent de son milieu d\u2019origine et de sa culture.<br \/>\n[xviii]Moussa Konat\u00e9, op.cit., p.212.<br \/>\n[xix]Cheikh Anta Diop, <em>Nations N\u00e8gres et Culture<\/em>, Pr\u00e9sence Africaine, Paris, Dakar 1979.<br \/>\n[xx]<em>L\u2019Afrique noire et la langue fran\u00e7aise<\/em>, Erudit Universit\u00e9 de Montr\u00e9al et Laval, 1963.<br \/>\n[xxi]Cf. l\u2019article d\u2019Ariane Poissonnier, <em>Afrique francophone\u00a0: guerre des langues ou cohabitation solidaire<\/em>, mars 2010, www.rfi.fr\/&#8230;\/20100319-<strong>afrique<\/strong>&#8211;<strong>francophone<\/strong>-guerre-<strong>langues<\/strong>-cohabitati&#8230;\u200e<br \/>\n[xxii]Le Peul, poular pular, ou foulfould\u00e9, fulfuld\u00e9 est une langue parl\u00e9e dans une vingtaine de pays africains\u00a0; elle change de nom et varie selon les r\u00e9gions.<br \/>\n[xxiii]cf. <em>Les cultures du Cameroun, Paix et diversit\u00e9<\/em>, Collection Rencontres et Terres d\u2019Afrique, Delta papiers, Paris, d\u00e9cembre 2007, Aires linguistiques nationales du Cameroun,\u00a0 p.218.<br \/>\n[xxiv]Moussa Konat\u00e9, op.cit., p.206.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment les Africains per\u00e7oivent-ils la langue fran\u00e7aise et de quelle mani\u00e8re ils l\u2019utilisent\u00a0? 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