{"id":2280,"date":"2014-05-15T08:06:25","date_gmt":"2014-05-15T08:06:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/?p=2280"},"modified":"2014-05-15T08:06:25","modified_gmt":"2014-05-15T08:06:25","slug":"en-attendant-la-langue-africaine-2eme-partie-les-africains-entre-langue-francaise-et-langues-regionales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=2280","title":{"rendered":"En attendant la \u00ab Langue Africaine \u00bb  (2\u00e8me   partie)  Les Africains entre langue fran\u00e7aise et langues r\u00e9gionales"},"content":{"rendered":"<p>I \u2013 Ecrire les langues africaines.<br \/>\nMoustapha Fall r\u00e9sume la situation: \u00ab Parmi les dix-sept \u00e9tats d\u2019expression fran\u00e7aise,<br \/>\ncertains sont linguistiquement homog\u00e8nes comme le Rwanda et le Burundi o\u00f9 la langue dominante<br \/>\nest la langue maternelle malgr\u00e9 le fait que le fran\u00e7ais soit la langue de l\u2019administration. D\u2019autres<br \/>\nsont linguistiquement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, mais poss\u00e8dent une langue dominante, soit d\u00e9mographiquement,<br \/>\nsoit sociologiquement, comme le S\u00e9n\u00e9gal o\u00f9 le wolof est la langue dominante, la Mauritanie avec<br \/>\nl\u2019arabe, le Mali avec le malink\u00e9-bambara, le Niger avec le haoussa, le Gabon avec le fang. Enfin les<br \/>\nEtats linguistiquement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes sans langue dominante au niveau national comme la Guin\u00e9e, le<br \/>\nCameroun, la C\u00f4te d\u2019Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, le B\u00e9nin, le Tchad, le Congo et le Za\u00efre \u00bb.1<br \/>\nC\u2019est bien pour prot\u00e9ger cette richesse culturelle que sont les langues africaines que les<br \/>\n\u00e9crivains se doivent d\u2019\u00e9crire et de publier dans leur langue maternelle. D\u2019autant plus que d\u2019apr\u00e8s<br \/>\nles t\u00e9moignages ci-dessus, \u00e9crire dans une langue qui n\u2019est pas la sienne est souvent difficile. Selon<br \/>\nPeter Wutech Vakunta : \u00ab Le jeune Africain, \u00e9crivain en devenir, se voit tiraill\u00e9 entre la culture des<br \/>\nsiens et la civilisation du colonisateur. Donc la t\u00e2che de l\u2019\u00e9crivain africain consisterait \u00e0 pr\u00eater \u00e0 ses<br \/>\npersonnages une langue tout \u00e0 fait \u00e9trang\u00e8re au milieu qu\u2019il d\u00e9peint \u00bb2<br \/>\nPatrice Nganang insiste \u00e9galement sur la n\u00e9cessit\u00e9 pour les \u00e9crivains d\u2019\u00e9crire dans leur<br \/>\nlangue maternelle. Or, ce qui n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 possible pour les auteurs n\u00e9s avant ou juste apr\u00e8s les<br \/>\nind\u00e9pendances commence \u00e0 se r\u00e9aliser dans les pays dont la langue est codifi\u00e9e de mani\u00e8re stable et<br \/>\npeut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une langue nationale parl\u00e9e par un grand nombre de locuteurs.<br \/>\nTanella Boni cite quelques exemples : \u00ab Les questions linguistiques ne sont jamais tr\u00e8s<br \/>\nsimples&#8230; Je sais que des \u00e9crivains ont essay\u00e9 d\u2019\u00e9crire dans leur langue. On a l\u2019exemple fameux<br \/>\nde Ngugi Wa Tiong\u2019o au Kenya et celui de Boubacar Boris Diop au S\u00e9n\u00e9gal. Il existe des pays o\u00f9<br \/>\neffectivement, les langues locales sont des langues litt\u00e9raires. Je pense, par exemple, au swahili. Il y a<br \/>\naussi de la litt\u00e9rature en yoruba, en bambara et dans bien d\u2019autres langues \u00bb (Cha106).<br \/>\nOr, s\u2019il n\u2019y a pas de volont\u00e9 au niveau politique la situation reste tr\u00e8s al\u00e9atoire comme le<br \/>\nd\u00e9nonce Eric Jo\u00ebl B\u00e9kal\u00e9 pour le Gabon : \u00ab Il existe une litt\u00e9rature gabonaise foisonnante mais,<br \/>\nmalheureusement, le gouvernement n\u2019a pas encore pris en charge cette question&#8230; Tr\u00e8s peu d\u2019ouvrages<br \/>\ngabonais sont enseign\u00e9s dans les \u00e9coles. Tr\u00e8s peu de Gabonais lisent et les livres, qui effectivement<br \/>\nsont chers, ne se vendent pas&#8230; C\u2019est dramatique \u00bb. (Cha 118)<br \/>\nPatrice Nganang cite Aniceti Kitereza \u00ab qui a \u00e9crit son chef-d\u2019\u0153uvre Mr Myombekere and his<br \/>\nWife Bugonoka d\u2019abord en Bikerewe, avant de le traduire lui-m\u00eame en swahili, [\u2026] Ngugi qui \u00e9crit<br \/>\nen Kikuyu et en m\u00eame temps enseigne aux \u00c9tats-Unis, Boubacar Boris Diop qui \u00e9crit en wolof et en<br \/>\nm\u00eame temps, avec une \u00e9vidente facilit\u00e9, d\u00e9fend ses positions dans des revues suisses ou fran\u00e7aises en<br \/>\n. L\u2019auteur de ces lignes dit de lui-m\u00eame : \u00ab Je ma\u00eetrise quatre langues : fran\u00e7ais, anglais,<br \/>\nfran\u00e7ais \u00bb3<br \/>\nallemand et medumba qui est la langue de ma maman, de mes parents&#8230; Mon \u00e9criture se situe \u00e0 ce<br \/>\ncroisement \u00bb (Cha 63). On pourrait se demander pourquoi le principal paladin des langues africaines<br \/>\nn\u2019\u00e9crit pas en medumba qui est une langue codifi\u00e9e depuis quelques ann\u00e9es. Evidemment, lui aussi<br \/>\nfait partie de ces \u00e9crivains alphab\u00e9tis\u00e9s en fran\u00e7ais qui ne sont pas en mesure d\u2019utiliser leur propre<br \/>\nlangue \u00e0 l\u2019\u00e9crit.<br \/>\nC\u2019est pourquoi \u00ab on assiste d\u00e9sormais \u00e0 un effort d\u2019acquisition des langues vernaculaires<br \/>\npar les enfants de ces jeunes dont les parents avaient abandonn\u00e9 leurs langues locales \u00bb a d\u00e9clar\u00e9<br \/>\n.<br \/>\nl\u2019auteur de La Marseillaise de mon enfance, Jean-Martin Tchaptchet, qui ajoute : \u00ab De toutes fa\u00e7ons,<br \/>\nau Cameroun ou dans plusieurs pays africains, des politiques nouvelles sont con\u00e7ues et mises en<br \/>\n\u0153uvre pour la promotion des langues vernaculaires et la sauvegarde des cultures nationales \u00bb4<br \/>\nquelques d\u00e9cennies, certains \u00c9tats ont commenc\u00e9 avec grandes difficult\u00e9s d\u2019ins\u00e9rer les langues locales<br \/>\ndans l\u2019enseignement primaire, ce qui est le seul moyen d\u2019alphab\u00e9tiser les couches populaires. \u00ab Mais<br \/>\nles probl\u00e8mes techniques pos\u00e9s par la normalisation des langues africaines et leur insertion dans les<br \/>\nprogrammes scolaires n\u2019expliquent pas \u00e0 eux seuls les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les \u00c9tats dans la mise<br \/>\nen place de leur politique de revalorisation de ces langues \u00bb5<br \/>\nEug\u00e8ne \u00c9bod\u00e9 rench\u00e9rit : \u00ab Pour arriver \u00e0 l\u2019imposer, un d\u00e9sir objectiv\u00e9 de cette langue est<br \/>\nn\u00e9cessaire. Elle doit incarner une puissance reconnue, une culture pl\u00e9biscit\u00e9e au-del\u00e0 de ses fronti\u00e8res<br \/>\nnaturelles ; il faut toujours qu\u2019il y ait une volont\u00e9 politique&#8230; Si on veut d\u00e9passer les clivages anciens<br \/>\net trouver des v\u00e9hicules qui correspondent au g\u00e9nie des peuples africains, il faut promouvoir les<br \/>\nlangues africaines. Elles contiennent une magie particuli\u00e8re qui n\u2019est pas seulement fig\u00e9e dans des<br \/>\nidiomes complexes, mais elles restituent un g\u00e9nie propre et donnent une \u00e9paisseur suppl\u00e9mentaire \u00e0<br \/>\nleurs parlants \u00bb (Cha 44).<br \/>\nLes difficult\u00e9s auxquelles faire face ne manquent pas pour les organismes publics. Parmi<br \/>\ncelles-ci la balkanisation de l\u2019Afrique : \u00ab Des ethnies qui avaient et ont encore une langue africaine<br \/>\ncommune se retrouvent souvent, suite \u00e0 la division arbitraire du continent, dans des pays diff\u00e9rents<br \/>\navec des langues officielles diff\u00e9rentes. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on trouvera des Yoruba de part et d&rsquo;autre de<br \/>\nla fronti\u00e8re entre le Nig\u00e9ria \u00ab anglophone \u00bb et le B\u00e9nin \u00ab francophone \u00bb. Il en va ainsi des ethnies<br \/>\nfrontali\u00e8res entre le Togo \u00ab francophone \u00bb et le Ghana \u00ab anglophone \u00bb, entre le Ghana et la C\u00f4te<br \/>\nd&rsquo;Ivoire, etc. Alors qu&rsquo;on imaginerait difficilement des organismes inter-\u00e9tats vou\u00e9s \u00e0 la sauvegarde du<br \/>\npatrimoine des groupes linguistiques ainsi morcel\u00e9s, plusieurs blocs r\u00e9gionaux se sont constitu\u00e9s en<br \/>\nAfrique sur la base exclusive de l&rsquo;h\u00e9ritage linguistique colonial \u00bb6<br \/>\nA cela il faut ajouter la r\u00e9sistance d\u2019une couche de la population qui voit encore dans la langue<br \/>\nfran\u00e7aise, la langue du savoir et de la r\u00e9ussite : \u00ab Comment inciter un enfant \u00e0 apprendre \u00e0 lire en fon<br \/>\n(langue parl\u00e9e au B\u00e9nin), dit Manessy, s\u2019il n\u2019y a aucune litt\u00e9rature publi\u00e9e dans cette langue, aucun<br \/>\njournal, aucun roman, rien ? Comment convaincre un p\u00e8re d\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u2019envoyer son fils \u00e0 l\u2019\u00e9cole diola<br \/>\n(langue parl\u00e9e en Casamance) s\u2019il n\u2019a pas la certitude que cette langue lui ouvrira des portes que ne lui<br \/>\nouvre pas le fran\u00e7ais ? \u00bb7<br \/>\nDe plus, la mobilit\u00e9 de la population, surtout dans les grandes villes, posera d\u2019autres<br \/>\nprobl\u00e8mes. Est-ce que par exemple des parents dont la langue d\u2019origine est le fulfuld\u00e9 ou le medumba<br \/>\ninstall\u00e9s \u00e0 Yaound\u00e9 accepteront volontiers que leurs enfants soient alphab\u00e9tis\u00e9s en ewondo, la langue<br \/>\nlocale ? Et s\u2019ils se d\u00e9placent sur le littoral faudra-t-il changer de langue pour le bassa ? Il est vrai que<br \/>\nselon Patrice Nganang \u00ab les lointaines migrations des populations&#8230;[font] du continent africain une<br \/>\nterre de mille langues, de mille groupes, de mille nations, de 50 pays et d\u2019autant de pass\u00e9s, d\u00e9finissant<br \/>\nainsi nos a\u00efeuls et nos parents comme des hommes \u00e0 plusieurs histoires, passant avec aise de langue en<br \/>\nlangue, ces polyglottes que nous leurs fils sommes encore un peu&#8230; \u00bb. Il ajoute un plus loin : \u00ab C\u2019est<br \/>\nque, \u00e9crire sans la France, c\u2019est avant tout \u00e9crire par-del\u00e0 la francophonie : c\u2019est donc retrouver la<br \/>\nmobilit\u00e9 lat\u00e9rale de nos a\u00efeuls et de nos a\u00een\u00e9s qui de pays en pays, de terre en terre, et surtout de<br \/>\nlangue en langue se d\u00e9pla\u00e7aient, sans profession de foi pr\u00e9liminaire, au gr\u00e9 de l\u2019interlocuteur [&#8230;] et<br \/>\navec la m\u00eame dext\u00e9rit\u00e9 s\u2019exprimaient en medumba et en bassa autant qu\u2019en douala&#8230; \u00bb8<br \/>\nII\u2013 La langue fran\u00e7aise comme facteur d\u2019unit\u00e9.<br \/>\nrevenir \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine o\u00f9 la langue fran\u00e7aise reste encore un facteur d\u2019unit\u00e9 pour le<br \/>\ncontinent africain. \u00ab La langue fran\u00e7aise est, \u00e0 l\u2019exception des liens de la N\u00e9gritude, le seul trait<br \/>\nd\u2019union \u2013 trait solide et irr\u00e9vocable \u2013 existant entre un Fon et un S\u00e9r\u00e8re, un Malien, un Eburn\u00e9en, un<br \/>\nBantou, un S\u00e9n\u00e9galais, un Dahom\u00e9en et tous les Africains des ex-colonies fran\u00e7aises d\u2019Afrique<br \/>\nNoire \u00bb peut-on lire dans un essai de 19639<br \/>\n.<br \/>\n.<br \/>\n.<br \/>\nAvant d\u2019en arriver \u00e0 cette situation linguistique souhait\u00e9e par P. Nganang, il faut<br \/>\n. Est-ce que c\u2019est bien diff\u00e9rent aujourd\u2019hui ? D\u2019autant plus<br \/>\nsi, au facteur d\u2019unit\u00e9 on ajoute celui de moyen de communication national et international : \u00ab En ce<br \/>\nqui concerne les liens entre les pays africains, au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance de la majorit\u00e9 d\u2019entre<br \/>\neux, l\u2019id\u00e9e est n\u00e9e d\u2019\u00e9tablir des liens entre les pays francophones et ceux non francophones&#8230; Cela a<br \/>\npouss\u00e9 les pays africains \u00e0 cr\u00e9er, en mai 1963, l\u2019Organisation de l\u2019Unit\u00e9 Africaine (OUA) \u00e0 Addis-<br \/>\nAbeba. Les \u00e9tats qui n\u2019\u00e9taient pas francophones se sont aper\u00e7us que la plupart de leurs voisins \u00e9taient<br \/>\nfrancophones et qu\u2019on ne pouvait pas parler d\u2019unit\u00e9 africaine sans moyen de communication r\u00e9gionale<br \/>\net internationale \u00bb10<br \/>\nPour beaucoup d\u2019Africains la langue fran\u00e7aise reste malgr\u00e9 tout la langue qui permet la<br \/>\ncommunication entre les divers groupes linguistiques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque pays. C\u2019est un v\u00e9hicule<br \/>\ninterethnique en m\u00eame temps qu\u2019une langue internationale qui jouit d\u2019un statut de prestige en tant<br \/>\nque langue de la promotion sociale. \u00ab Dans notre pays il y a une soixantaine de dialectes. La langue<br \/>\nfran\u00e7aise est venue f\u00e9d\u00e9rer toutes les intelligences \u00bb d\u00e9clare Alfred Yambangba Sawadogo du<br \/>\nBurkina Faso (Cha 25). D\u00e9nis Amoussou-Yeye rench\u00e9rit : \u00ab Par ailleurs, le fran\u00e7ais dans ces pays est<br \/>\nloin d\u2019\u00eatre seulement la langue des \u00e9lites en contact permanent avec l\u2019ext\u00e9rieur, mais d\u2019une bonne<br \/>\ncat\u00e9gorie de gens qui l\u2019utilisent couramment pour communiquer avec leurs concitoyens, bien qu\u2019ils<br \/>\nn\u2019aient jamais l\u2019occasion de sortir de leur pays \u00bb11<br \/>\n\u00ab Le fran\u00e7ais est maintenant la principale langue qui permet aux Tchadiens de communiquer<br \/>\nd\u2019abord entre eux (du Nord au Sud et d\u2019Est en Ouest) ensuite avec l\u2019ext\u00e9rieur. Il est \u00e0 ce titre, un<br \/>\nfacteur de stabilit\u00e9, d\u2019unit\u00e9 et d\u2019ouverture \u00bb t\u00e9moigne N\u00e9tonon No\u00ebl Ndj\u00e9k\u00e9ry (cha 190). \u00ab La langue<br \/>\nfran\u00e7aise est presque une bou\u00e9e de secours. Un petit pays comme le Gabon (1 million 500 mille<br \/>\nhabitants) regroupe plus de quarante ethnolangues qui ne peuvent pas communiquer. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la<br \/>\nlangue fran\u00e7aise qu\u2019on y parvient \u00bb ajoute Justine Mintsa (Cha 120).<br \/>\nEn ce qui concerne le Congo, il faut souligner la conclusion \u00e0 laquelle sont arriv\u00e9s des<br \/>\nchercheurs canadiens de l\u2019Universit\u00e9 Laval et qui est cit\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s dans tous les ouvrages sur<br \/>\nl\u2019argument : \u00ab En raison des guerres civiles qui ont secou\u00e9 le pays, la langue fran\u00e7aise est devenue<br \/>\nune langue-refuge pour les diff\u00e9rentes factions arm\u00e9es. Les locuteurs incomp\u00e9tents en kituba (Sud)<br \/>\nen kikongo ou en lingala (Nord) pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019exprimer en fran\u00e7ais pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9. De<br \/>\npeur de r\u00e9v\u00e9ler leur origine ethnique, les Congolais passent au fran\u00e7ais, ce qui permet de conserver<br \/>\nl\u2019incognito \u00bb. Avec Ambroise Kom, \u00ab on ne saurait donc conclure \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence prochaine des<br \/>\nlangues africaines sur les langues europ\u00e9ennes et sur le fran\u00e7ais en particulier&#8230; A cause de son utilit\u00e9<br \/>\npratique, aucune langue africaine ne pourra voler la vedette au fran\u00e7ais dans un avenir pr\u00e9visible en<br \/>\nAfrique noire dite francophone. Pendant longtemps encore, le fran\u00e7ais sera l\u2019instrument indispensable<br \/>\nde communication entre les pays africains de langue fran\u00e7aise d\u2019une part, entre ces derniers et les<br \/>\nautres communaut\u00e9s du monde d\u2019autre part [&#8230;] La langue fran\u00e7aise est assur\u00e9ment l\u2019outil qui aura<br \/>\npermis \u00e0 des peuples aussi divers que tous ceux qui sont repr\u00e9sent\u00e9s ici d\u2019entrer en contact et de<br \/>\nd\u00e9couvrir de profondes affinit\u00e9s entre leur destin r\u00e9ciproque \u00bb12<br \/>\n\u00ab Il y a quand m\u00eame une v\u00e9rit\u00e9, ajoute Kangni Alem, la langue fran\u00e7aise peut-\u00eatre restera la<br \/>\nlangue internationale, la langue de la diplomatie dans les pays francophones africains. Les langues<br \/>\nnationales, peut-\u00eatre reviendront dans l\u2019enseignement, mais la langue fran\u00e7aise aura permis \u00e0 une<br \/>\ng\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivains de fournir un corpus litt\u00e9raire qui pourrait \u00eatre r\u00e9utilis\u00e9, retraduit dans les<br \/>\nlitt\u00e9ratures nationales. Le probl\u00e8me de l\u2019enseignement des langues nationales, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de<br \/>\ncorpus litt\u00e9raire \u00bb (Cha 199).<br \/>\nLes t\u00e9moignages en ce sens sont unanimes. Pour communiquer aujourd\u2019hui en Afrique aussi<br \/>\nbien \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un grand nombre d\u2019\u00c9tats qu\u2019entre ces \u00c9tats eux-m\u00eames, le fran\u00e7ais reste encore<br \/>\nune langue indispensable.<br \/>\nIII \u2013 Ecrire sa langue maternelle \u00e0 travers la langue fran\u00e7aise<br \/>\nDans leurs d\u00e9clarations, les \u00e9crivains postcoloniaux reconnaissent qu\u2019ils ont tendance \u00e0<br \/>\ntransposer les marques de leur culture dans leurs \u0153uvres. A la suite d\u2019Ahmadou Kourouma, le grand<br \/>\n.<br \/>\n.<br \/>\n.<br \/>\npr\u00e9curseur, la langue fran\u00e7aise n\u2019est plus consid\u00e9r\u00e9e seulement comme une langue de communication<br \/>\nmais aussi \u00ab comme un moyen de se retrouver soi-m\u00eame \u00bb. Ne pouvant \u00e9crire dans leur langue, ils<br \/>\ns\u2019approprient la langue fran\u00e7aise et transposent leur imaginaire, leur vision du monde dans une langue<br \/>\nbien \u00e0 eux, une langue qui utilise les expressions typiques locales traduites par des mots fran\u00e7ais.<br \/>\nCe qui s\u2019impose, c\u2019est le rythme, c\u2019est la cadence africaine que l\u2019on retrouve dans les ouvrages des<br \/>\nprincipaux \u00e9crivains africains.<br \/>\nA. Kourouma explique comment il parle sa langue maternelle, le malink\u00e9, \u00e0 travers la langue<br \/>\nfran\u00e7aise dans Les Soleils des Ind\u00e9pendances : \u00ab La succession des mots, les connotations qu\u2019ils<br \/>\nportent me g\u00eanaient, m\u2019emp\u00eachaient de faire sortir Fama. Il me fallait m\u2019approcher d\u2019une fa\u00e7on<br \/>\nd\u2019aborder les id\u00e9es qui corresponde au rythme de la phrase malink\u00e9 [&#8230;] Si les mots se suivaient dans<br \/>\nla succession malink\u00e9, si je pliais le fran\u00e7ais \u00e0 la structure de notre langue avec le respect de ses<br \/>\nproverbes et de ses images, alors le personnage apparaissait dans sa pl\u00e9nitude [&#8230;] Il ne s\u2019agit pas de<br \/>\ntraduire mais de bien saisir un sens, un rythme, une fa\u00e7on de percevoir et d\u2019exprimer&#8230; et de rendre<br \/>\ntout cela en fran\u00e7ais [&#8230;] La litt\u00e9rature autorise \u00e0 aller jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019on veut dans l\u2019usage de la langue<br \/>\ndans la mesure o\u00f9 la compr\u00e9hension est assur\u00e9e [&#8230;] La seule limite impos\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9crivain tient donc \u00e0 la<br \/>\ncompr\u00e9hension ; dans cette limite, il est libre de bousculer les codifications et de tordre la langue \u00bb13<br \/>\nDans une autre interview, il d\u00e9crit le processus d\u2019appropriation de la langue fran\u00e7aise : \u00ab J\u2019adapte la<br \/>\nlangue au rythme narratif africain&#8230; Ce livre s\u2019adresse \u00e0 l\u2019Africain. Je l\u2019ai pens\u00e9 en Malink\u00e9 et \u00e9crit en<br \/>\nfran\u00e7ais prenant une libert\u00e9 que j\u2019estime naturelle avec la langue classique&#8230; J\u2019ai donn\u00e9 libre cours \u00e0<br \/>\nmon temp\u00e9rament en distordant une langue classique trop rigide pour que ma pens\u00e9e s\u2019y meuve. J\u2019ai<br \/>\ndonc traduit le malink\u00e9 en fran\u00e7ais en cassant le fran\u00e7ais pour trouver et restituer le rythme africain. \u00bb<br \/>\nEn pliant la langue classique aux exigences de la pens\u00e9e malink\u00e9, en \u2018tordant\u2019 le fran\u00e7ais pour<br \/>\nexprimer ses id\u00e9es, Kourouma a donn\u00e9 \u00e0 son \u0153uvre un relief et une force extraordinaires. Il a ouvert<br \/>\nla voie \u00e0 toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivains qui ont trouv\u00e9 en lui le mod\u00e8le d\u2019\u00e9criture leur permettant<br \/>\nd\u2019\u00e9chapper au malaise diffus provoqu\u00e9 par le d\u00e9calage existant entre leur moi profond africain et la<br \/>\nlangue \u00e0 disposition pour l\u2019exprimer.<br \/>\n\u00ab Il m\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 moi-m\u00eame, \u00e9crit Florent Couao-Zotti, \u00e0 partir de certains clich\u00e9s qui<br \/>\nexistaient dans les langues africaines. Et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me dire que, pour \u00eatre re\u00e7u par mes lecteurs<br \/>\nafricains, il fallait me d\u00e9barrasser de la mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire occidentale, et m\u2019investir \u00e0 fond dans les<br \/>\nlangues africaines. La mani\u00e8re d\u2019\u00eatre de ces \u00e9crivains dans leur langue me transmettait la mani\u00e8re<br \/>\nd\u2019\u00e9crire dans la mienne \u00bb. Il poursuit un peu plus loin : \u00ab Lorsqu\u2019Ahmadou Kourouma a d\u00e9cid\u00e9, selon<br \/>\nses termes de \u2018malink\u00e9ser\u2019 le fran\u00e7ais, c\u2019est-\u00e0-dire de le subvertir \u00e0 partir de la mani\u00e8re de penser du<br \/>\nMalink\u00e9, je me suis dit qu\u2019on pouvait le faire \u00e9galement dans les langues de chez nous, c\u2019est-\u00e0-dire<br \/>\navec le mina, le fon, le yoruba, ces langues que je parle dans mon pays. [Il fallait], non pas juxtaposer<br \/>\nle fran\u00e7ais aux autres langues, mais de faire en sorte qu\u2019il y ait une osmose entre la langue fran\u00e7aise et<br \/>\nces langues, c\u2019est-\u00e0-dire de transcrire tout le v\u00e9cu des peuples de mon pays et leurs mani\u00e8res de vivre,<br \/>\ntous les jours, dans leur quotidiennet\u00e9. Je pense que c\u2019est l\u2019avenir de cette langue qui saura se traduire<br \/>\nde cette mani\u00e8re l\u00e0 \u00bb (Cha 21).<br \/>\nLes \u00e9crivains africains d\u00e9sormais ne se contentent plus de l\u2019imitation du mod\u00e8le litt\u00e9raire<br \/>\nfran\u00e7ais, ils doivent l\u2019adapter pour se l\u2019approprier ; ils y introduisent des mots et des expressions de<br \/>\nleur langue maternelle dont ils respectent parfois la syntaxe mais toujours le rythme. Ainsi, ils ont la<br \/>\nsensation d\u2019avoir un instrument en mesure de traduire leur mani\u00e8re de penser et leur mode de vie.<br \/>\nOusmane Diarra du Mali souligne l\u2019importance du rythme dans la vie africaine. Dans la danse<br \/>\nle rythme domine mais aussi dans tous les r\u00e9cits de toutes les langues africaines quelles qu\u2019elles<br \/>\nsoient, fulfuld\u00e9, medumba, bambara, wolof, lingala, malink\u00e9 et toutes les autres. \u00ab &#8230; J\u2019imagine ce<br \/>\nque la publication de mon dernier livre aurait donn\u00e9 s\u2019il \u00e9tait paru en bambara. Pourtant c\u2019est \u00e9crit en<br \/>\nbambara avec des mots fran\u00e7ais&#8230; Parce que c\u2019est le style bambara, je l\u2019ai \u00e9crit avec le son du tambour<br \/>\ndans ma t\u00eate \u00bb (Cha 140).<br \/>\nM\u00eame processus pour la Gabonaise Justine Mintsa : \u00ab Mais le fran\u00e7ais que nous utilisons n\u2019est<br \/>\npas le fran\u00e7ais de Moli\u00e8re, c\u2019est le fran\u00e7ais gabonais qui fonctionne avec nos m\u00e9taphores, avec tous<br \/>\nles codes de l\u2019oralit\u00e9. C\u2019est une nouvelle langue que nous avons recr\u00e9\u00e9e pour l\u2019adapter \u00e0 nos besoins<br \/>\nculturels [&#8230;] En tant qu\u2019\u00e9crivain, il m\u2019arrive parfois de trouver une belle expression&#8230; dans ma langue<br \/>\nque je n\u2019arrive pas \u00e0 rendre en fran\u00e7ais&#8230; mais je la rends en faisant \u2013 souffrir le fran\u00e7ais d\u2019origine, ou<br \/>\nen le malaxant de telle sorte qu\u2019il rentre dans ma r\u00e9alit\u00e9.\u00bb (Cha 124)<br \/>\n\u00ab J\u2019\u00e9cris en fran\u00e7ais, mais en me nourrissant de plus en plus de la litt\u00e9rature orale des grands<br \/>\npo\u00e8tes zarma \u00bb ajoute Alfred Dogb\u00e9 du Niger (Cha 157).<br \/>\nSarrouss, jeune po\u00e8te s\u00e9n\u00e9galais, rench\u00e9rit : \u00ab Dans ce que j\u2019\u00e9cris, il y a un m\u00e9lange de wolof<br \/>\net de fran\u00e7ais, et je cr\u00e9e m\u00eame une nouvelle langue. Cr\u00e9er des n\u00e9ologismes tels que les \u2018anamorsures\u2019<br \/>\nsonores est une mani\u00e8re pour moi de f\u00e9conder la langue fran\u00e7aise \u00bb. (Cha 157)<br \/>\nSi des \u00e9crivains du Mali, du Gabon, du S\u00e9n\u00e9gal, du Cameroun et d\u2019ailleurs adaptent la<br \/>\nlangue fran\u00e7aise \u00e0 leurs besoins pour restituer leur propre univers, leur propre exp\u00e9rience du monde,<br \/>\nil est \u00e9vident qu\u2019il y aura autant de vari\u00e9t\u00e9s de fran\u00e7ais litt\u00e9raires que de r\u00e9alit\u00e9s exprim\u00e9es. Le<br \/>\nfran\u00e7ais utilis\u00e9 par les \u00e9crivains bien que fortement marqu\u00e9 par les langues locales reste parfaitement<br \/>\ncompr\u00e9hensible pour m\u2019importe quel lecteur connaissant la langue fran\u00e7aise. Ce n\u2019est pas le cas pour<br \/>\ntous les fran\u00e7ais parl\u00e9s en Afrique. En effet, dans de nombreux pays africains le fran\u00e7ais est enseign\u00e9<br \/>\nd\u00e8s l\u2019\u00e9cole primaire mais il existe un autre mode d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la langue fran\u00e7aise et c\u2019est la rue. Ce<br \/>\nph\u00e9nom\u00e8ne se produit essentiellement dans les pays et les r\u00e9gions qui n\u2019ont pas de langue ethnique<br \/>\ndominante en mesure de servir de v\u00e9hicule de communication sur l\u2019ensemble du territoire comme par<br \/>\nexemple la C\u00f4te d\u2019Ivoire, le Sud du Cameroun, le Burkina Faso, le Congo etc.14<br \/>\nIV \u2013 Le Fran\u00e7ais Populaire Africain<br \/>\nles rues et sur les march\u00e9s des grandes villes africaines. Il est pratiqu\u00e9 surtout par les classes sociales<br \/>\nd\u00e9favoris\u00e9es dans les quartiers populaires et pr\u00e9caires. Ce fran\u00e7ais se d\u00e9veloppe en s\u2019impr\u00e9gnant des<br \/>\nlangues locales, en se \u2018vernaculisant\u2019, en fait en s\u2019africanisant et il est parl\u00e9 m\u00eame\/ surtout par ceux<br \/>\nqui ne parlent pas les langues locales. Cette appropriation du fran\u00e7ais par les non-lettr\u00e9s est un<br \/>\nph\u00e9nom\u00e8ne nouveau en Afrique. C\u2019est un outil, un moyen de communication qui a d\u00e9velopp\u00e9 ses<br \/>\npropres caract\u00e9ristiques avec de plus en plus de n\u00e9ologismes et qui r\u00e9pond \u00e0 diff\u00e9rents besoins. C\u2019est<br \/>\nune v\u00e9ritable langue v\u00e9hiculaire dans les grandes villes de pays comme le Cameroun, le Mali, les deux<br \/>\nCongo, le Burkina Faso et la C\u00f4te d\u2019Ivoire etc. o\u00f9 la cohabitation de nombreuses langues<br \/>\nvernaculaires cr\u00e9e les conditions d\u2019un parler local form\u00e9 par la surimpression du fran\u00e7ais aux langues<br \/>\nethniques. C\u2019est une langue qui se veut adapt\u00e9e aux besoins de ceux qui la parlent. Elle est essentielle<br \/>\ndans les transactions commerciales au niveau artisanal local. Elle peut \u00eatre aussi un moyen de<br \/>\ndiff\u00e9renciation sociale, comme cela se produit dans toutes les langues, des groupes sociaux ou tout<br \/>\nsimplement des jeunes d\u00e9sireux de s\u2019exprimer de mani\u00e8re \u00e0 n\u2019\u00eatre compris que par les membres du<br \/>\ngroupe. Ils fabriquent leur propre langage sur la base du fran\u00e7ais et des langues locales ; ce parler<br \/>\ns\u2019apparente \u00e0 l\u2019argot. \u00ab L\u2019Africain qui parle comme un toubab (Blanc) est rejet\u00e9 par son groupe : \u2019Il<br \/>\nest ridicule [&#8230;] Les entorses faites \u00e0 la langue \u2013 et volontairement \u2013 sont consid\u00e9r\u00e9es par leurs propres<br \/>\nauteurs comme une mani\u00e8re de manifester leur r\u00e9volte vis-\u00e0-vis d\u2019un ordre social qu\u2019ils<br \/>\nd\u00e9sapprouvent\u2019 \u00bb15<br \/>\nAu contraire l\u2019utilisation du fran\u00e7ais d\u2019Afrique peut avoir une fonction de mim\u00e9tisme. Comme<br \/>\nnous l\u2019avons vu ci-dessus, pour le Congo Kinshasa, des locuteurs de certaines ethnies, pour des<br \/>\nraisons de s\u00e9curit\u00e9, pr\u00e9f\u00e8rent ne pas avoir recours aux langues africaines dominantes ou v\u00e9hiculaires<br \/>\n\u00e9tant donn\u00e9 leurs fortes connotations sociales et s\u2019expriment en fran\u00e7ais qui devient ainsi une v\u00e9ritable<br \/>\nlingua franca16<br \/>\nCette langue n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec le fran\u00e7ais standard ; c\u2019est une langue orale, sans base<br \/>\n\u00e9crite, qui se transforme et se r\u00e9invente au gr\u00e9 des locuteurs. Nous n\u2019entrerons pas dans les d\u00e9tails<br \/>\nCe fran\u00e7ais, qu\u2019on appelle le Fran\u00e7ais Populaire Africain (FPA), s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 dans<br \/>\n.<br \/>\n.<br \/>\nde l\u2019analyse des composantes de ce Fran\u00e7ais Populaire d\u2019Afrique. De nombreuses \u00e9tudes, th\u00e8ses<br \/>\nuniversitaires, essais, excellents en g\u00e9n\u00e9ral, ont approfondi le probl\u00e8me et d\u00e9crit abondamment les<br \/>\nmultiples facettes de ce Fran\u00e7ais Populaire Africain.<br \/>\nL\u2019\u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par Moustapha Fall r\u00e9sume la situation : \u00ab Il faut tenir compte de trois<br \/>\nfacteurs essentiels pour mieux comprendre ce fran\u00e7ais d\u2019Afrique noire. D\u2019abord, il faut le situer<br \/>\ndans son contexte historique parce que ce fran\u00e7ais a subi de profondes transformations depuis les<br \/>\nind\u00e9pendances jusqu\u2019\u00e0 nos jours et il continue d\u2019\u00e9voluer en fonction des donn\u00e9es g\u00e9ographiques,<br \/>\nsociopolitiques voire \u00e9conomiques. Ensuite il faut tenir compte du contexte sociolinguistique qui<br \/>\nl\u2019a vu na\u00eetre, parce que ce fran\u00e7ais d\u2019Afrique noire est souvent le m\u00e9lange avec d\u2019autres langues<br \/>\nvernaculaires qui l\u2019influencent \u00e0 tous les niveaux. Enfin, il ne faut pas le comprendre en dehors de son<br \/>\ncontexte sociologique car ce fran\u00e7ais africain est l\u2019objet d\u2019usage en fonction de la formation scolaire,<br \/>\ndu degr\u00e9 d\u2019\u00e9ducation et des attitudes vis-\u00e0-vis de cet outil qui, pour certains Africains, est un symbole<br \/>\ndu n\u00e9o-colonialisme \u00bb17<br \/>\nQuelques nostalgiques de la puret\u00e9 de la langue classique d\u00e9plorent : \u00ab &#8230;prononciation<br \/>\napproximative, syntaxe r\u00e9prim\u00e9e, vocabulaire boursoufl\u00e9 ou supplici\u00e9, intonation, rythme et accent<br \/>\nenglu\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9coulement de la langue originelle du locuteur africain ; en tous cas des africanismes<br \/>\nphon\u00e9tiques, morphologiques, syntaxiques et lexicaux.. \u00bb18<br \/>\npr\u00e9cise : \u00ab Parce que la langue fran\u00e7aise est massacr\u00e9e, litt\u00e9ralement. Les petits, et les grands aussi,<br \/>\nparlent un fran\u00e7ais traduit des langues locales, m\u00eame chez ceux qui ne parlent pas les langues<br \/>\nlocales&#8230; \u00bb (Cha 85).<br \/>\nV \u2013 Analogies avec l\u2019\u00e9volution de la langue fran\u00e7aise<br \/>\nla Gaule romaine \u00bb pour reprendre l\u2019expression de G. Manessy. En effet, ce \u2018Fran\u00e7ais langue du<br \/>\ncolonisateur\u2019 n\u2019est pas sans rappeler le latin impos\u00e9 par les conqu\u00eates romaines en Gaule. Ce latin<br \/>\n\u2018langue du colonisateur\u2019 lui aussi, \u00e9tait parl\u00e9 par les \u00e9lites et les hommes de culture alors que le peuple<br \/>\nparlait le latin vulgaire c\u2019est-\u00e0-dire la langue des soldats, des colons et des marchands romains. Ce<br \/>\nparler, \u00e0 travers les bouleversements historiques et linguistiques, se transforme peu \u00e0 peu, en une<br \/>\nlangue qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec le latin classique. C\u2019est la \u2018langue vulgaire\u2019, cr\u00e9ation spontan\u00e9e du<br \/>\npeuple ; c\u2019est la langue de la vie quotidienne, de l\u2019usage pratique et de la sensation physique. D\u2019autre<br \/>\npart, la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale, tr\u00e8s morcel\u00e9e et ferm\u00e9e sur elle-m\u00eame va \u00eatre \u00e0 l\u2019origine d\u2019un tr\u00e8s grand<br \/>\nmorcellement linguistique : langues p\u00e9riph\u00e9riques non romanes comme breton, flamand, alsacien et<br \/>\nbasque et langues romanes dominantes, langue d\u2019O\u00efl au nord, langue d\u2019Oc au sud et franco-proven\u00e7al.<br \/>\nCes langues ne sont pas homog\u00e8nes mais compos\u00e9es d\u2019une infinit\u00e9 de dialectes et patois variant d\u2019un<br \/>\nvillage \u00e0 l\u2019autre. Tous ces dialectes qui \u00e9taient sur le m\u00eame plan \u00e0 l\u2019origine, eurent des fortunes<br \/>\nin\u00e9gales selon l\u2019importance du r\u00f4le politique du Seigneur local. Situation qui rappelle celle des pays<br \/>\nafricains bien qu\u2019\u00e0 une autre \u00e9chelle.<br \/>\nA c\u00f4t\u00e9 de cette dispersion linguistique, le facteur d\u2019unit\u00e9 est repr\u00e9sent\u00e9 par la royaut\u00e9, l\u2019Eglise<br \/>\net la bourgeoisie naissante. Paris devient le centre du pouvoir politique religieux et intellectuel.<br \/>\nDu XIe au XIIe si\u00e8cle une florissante litt\u00e9rature voit le jour en langue d\u2019Oc et en langue d\u2019O\u00efl. De<br \/>\nnombreux ouvrages en sont le t\u00e9moignage. A partir du Moyen-\u00e2ge, voulant enrichir la langue, les<br \/>\nscribes et les lettr\u00e9s et, au XVIe si\u00e8cle, les Po\u00e8tes de la Pl\u00e9iade forgent de nouveaux mots afin que la<br \/>\nlangue s\u2019adapte aux n\u00e9cessit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque. L\u00e0 encore, il est difficile de ne pas penser au travail que<br \/>\nles linguistes africains ont fait et font sur les langues locales pour leur permettre d\u2019exprimer le monde<br \/>\nmoderne19<br \/>\n.<br \/>\nQuand par l\u2019Ordonnance de Villers-Cotter\u00eats, en 1539, Fran\u00e7ois ler<br \/>\nde France comme langue officielle qui devra \u00eatre utilis\u00e9e dans tous les actes administratifs, pour<br \/>\nnombre de Bretons, Picards, Auvergnats, Proven\u00e7aux ou autres, il s\u2019agissait d\u2019une langue qu\u2019ils ne<br \/>\nconnaissaient pas plus que le latin : ils continu\u00e8rent encore longtemps \u00e0 parler la langue de leurs<br \/>\nanc\u00eatres comme le firent de nombreux Africains apr\u00e8s la colonisation.<br \/>\n.<br \/>\n. Mme Mambou Aim\u00e9e Gnali du Congo<br \/>\nOr il ne faut pas oublier que le fran\u00e7ais acad\u00e9mique est \u00ab n\u00e9 dans les mauvais lieux de<br \/>\nA la R\u00e9volution fran\u00e7aise de 1789 un nouveau concept de la langue voit le jour : il faut<br \/>\nimposer la langue nationale \u00e0 tous les Fran\u00e7ais car les autres langues et les dialectes sont des facteurs<br \/>\nde division, le \u2018dernier reste de la f\u00e9odalit\u00e9\u2019 selon Talleyrand. Situation paradoxale si on la compare<br \/>\navec la situation en Afrique. Pour les R\u00e9volutionnaires fran\u00e7ais les grands principes de libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9,<br \/>\nfraternit\u00e9 s\u2019appliquent aussi \u00e0 l\u2019unification linguistique et cette politique qui ne laisse pas de place<br \/>\naux langues r\u00e9gionales va provoquer leur lente d\u00e9cadence. Or pour les pays africains l\u2019unit\u00e9 est une<br \/>\nn\u00e9cessit\u00e9 g\u00e9ographique, politique et \u00e9conomique qui n\u2019exclut pas le droit \u00e0 la diff\u00e9rence culturelle.<br \/>\nEn fait, malgr\u00e9 une scolarisation de plus en plus d\u00e9velopp\u00e9e, la France provinciale va parler<br \/>\nses langues r\u00e9gionales, dialectes ou patois jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re guerre mondiale quand les soldats<br \/>\nprovenant de toutes les r\u00e9gions de France vont \u00eatre oblig\u00e9s de communiquer en fran\u00e7ais. La religion<br \/>\nr\u00e9form\u00e9e va participer \u00e0 la diffusion du fran\u00e7ais surtout dans l\u2019est du pays. En effet, \u00e0 la diff\u00e9rence<br \/>\ndes catholiques fid\u00e8les au latin, les protestants c\u00e9l\u00e8brent leur culte en fran\u00e7ais pour mieux \u00e9vang\u00e9liser<br \/>\nles populations comme ce sera le cas dans les pays africains quelques si\u00e8cles plus tard o\u00f9 les \u00e9coles<br \/>\nprotestantes choisiront la langue locale durant les premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019enseignement.<br \/>\nPar la suite, la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019enseignement primaire permettra aux Fran\u00e7ais de parler<br \/>\nfran\u00e7ais. Or la langue fran\u00e7aise d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est plus la langue du Moyen-\u00e2ge, ni m\u00eame celle de<br \/>\nLouis XIV qui florissait dans les cours europ\u00e9ennes. Une langue \u00e9volue sans cesse, s\u2019enrichit de<br \/>\ntermes \u00e9trangers, de n\u00e9ologismes en tous genres, subit les fluctuations de la politique, de l\u2019histoire<br \/>\net du progr\u00e8s. Evolution naturelle que les langues africaines n\u2019ont pas eu la possibilit\u00e9 de faire dans<br \/>\nla mesure o\u00f9 avec la colonisation et la diffusion \u00e0 outrance du fran\u00e7ais, elles sont rest\u00e9es fig\u00e9es \u00e9tant<br \/>\nrel\u00e9gu\u00e9es \u00e0 langue de communication familiale.<br \/>\nCe bref survol de l\u2019\u00e9volution de la langue fran\u00e7aise souligne, dans bien des cas, la similitude<br \/>\navec la situation des langues en Afrique francophone. Il suffit parfois de changer le mot \u2018latin\u2019 par le<br \/>\nmot \u2018fran\u00e7ais\u2019 pour passer de l\u2019occident moyen\u00e2geux \u00e0 l\u2019Afrique d\u2019aujourd\u2019hui en ce qui concerne les<br \/>\nlangues. Or, ce qui pour la France a requis plusieurs si\u00e8cles principalement \u00e0 cause du cloisonnement<br \/>\ndes r\u00e9gions, pour l\u2019Afrique pourrait se r\u00e9aliser bien plus rapidement gr\u00e2ce aux medias de toutes sortes.<br \/>\nVI \u2013 Quelle sera la langue du futur en Afrique ?<br \/>\nIl reste un gros probl\u00e8me qui pr\u00e9occupe justement les Africains. Comment conserver les<br \/>\nlangues locales, comment les pr\u00e9server de l\u2019englobement dans une aire linguistique qui peu \u00e0 peu<br \/>\nles an\u00e9antira ? En un mot, comment concilier le d\u00e9veloppement et la survie de plusieurs centaines de<br \/>\nlangues africaines avec l\u2019exigence d\u2019un minimum d\u2019unit\u00e9 linguistique d\u2019une part et avec la n\u00e9cessit\u00e9<br \/>\nd\u2019une ouverture sur le monde, de la marche avec le temps que repr\u00e9sentent encore le fran\u00e7ais et<br \/>\nl\u2019anglais ?<br \/>\nIl faudrait \u00e9viter que cette immense richesse que sont les langues africaines ne devienne des<br \/>\nobjets de mus\u00e9e et de folklore comme le sont devenues des langues comme le breton, le proven\u00e7al<br \/>\nou le basque et toutes les autres langues r\u00e9gionales fran\u00e7aises. Le r\u00f4le des familles africaines est<br \/>\nprimordial pour la conservation de ce patrimoine ainsi que celui de la tribu ou de la chefferie. Pour le<br \/>\nmedumba de Bangangt\u00e9 dans l\u2019Ouest du Cameroun, pour donner un exemple, un festival est organis\u00e9<br \/>\nchaque ann\u00e9e avec chants, danses, palabres, th\u00e9\u00e2tre et il permet aux Camerounais originaires des 13<br \/>\nvillages de langue medumba du d\u00e9partement du Nd\u00e9 dispers\u00e9s dans le pays et dans le monde de se<br \/>\nretrouver pour ces c\u00e9l\u00e9brations20<br \/>\ndans ces langues qui leur donnera une chance de survivre.<br \/>\nLe \u2018panafricanisme\u2019 de Cheik Anta Diop visait \u00e0 unir les Africains, \u00e0 glorifier le pass\u00e9 de<br \/>\nl\u2019Afrique et \u00e0 forger une identit\u00e9 africaine. \u00ab La v\u00e9ritable ind\u00e9pendance politique ne passe-t-elle<br \/>\npas par une ind\u00e9pendance culturelle et linguistique et, \u00e0 tout le moins, par une revitalisation de ces<br \/>\ncentaines de langues aujourd\u2019hui minoritaires ou non-officielles [&#8230;] C\u2019est alors que le pluriel du<br \/>\nmot ind\u00e9pendances, \u2018les ind\u00e9pendances\u2019, se traduirait plus encore dans un panafricanisme litt\u00e9raire<br \/>\nmultilingue \u00bb21<br \/>\n. Pourtant, malgr\u00e9 tous les efforts, ce n\u2019est que l\u2019enseignement r\u00e9alis\u00e9<br \/>\n.<br \/>\nC\u2019est \u00e0 Eug\u00e8ne \u00c9bod\u00e9 (Cha 47) que nous confierons la conclusion de cet essai :<br \/>\n\u00ab Les lettres africaines s\u2019\u00e9criront un jour dans une langue africaine. Et elles brilleront comme la langue<br \/>\nde Saro-Wiva. Elles illumineront le ciel des lettres comme la langue de Tutuola ou le r\u00e9cit de nos<br \/>\nfractures cont\u00e9es par Rachid Boudjedra. Elles auront la magnificence de la phrase de Marie Ndiaye ou<br \/>\nle miel de celle de Nimrod, voire l\u2019\u00e9clat-ma\u00eetre de celle de Gaston-Paul Effa. Elles auront la densit\u00e9<br \/>\net la gr\u00e2ce des romans de Tierno Mon\u00e9nembo ou la concision chirurgicale de V\u00e9ronique Tadjo. Elles<br \/>\niront de l\u2019Atlantique au Pacifique confortablement install\u00e9es dans les splendides bateaux barr\u00e9s par<br \/>\nFatou Diome, Malika Mokeddem et Nadine Gordimer, exploratrices de nos horizons apais\u00e9s&#8230; \u00bb.<br \/>\nVision d\u2019un futur radieux auquel on ne peut que souscrire.<br \/>\nMarie-Claude Bayle \u2013 avril 2014<br \/>\nMoustapha Fall, Le fran\u00e7ais d\u2019Afrique noire : probl\u00e9matique d\u2019un \u2018h\u00e9ritage linguistique\u2019,13 d\u00e9c 2010, xalimasn.com\/le-<br \/>\nfrancais-d\u2019afrique-noire-problem&#8230;\u200e)<br \/>\n1<br \/>\nPeter Wuteh Vakunta, L\u2019\u00e9crivain africain d\u2019expression fran\u00e7aise \u00e0 la crois\u00e9e des langues, Format Kindle, 27 d\u00e9cembre<br \/>\n2<br \/>\n2012<br \/>\nPatrice Nganang, \u00c9crire sans la France, Africultures 60, 21\/11\/2004.<br \/>\n3<br \/>\n4<br \/>\nJean-Martin Tchaptchet, interview, octobre 2013.<br \/>\n5<br \/>\nG. Manessy , La francophonie africaine, Le fran\u00e7ais hors de France , p.107.<br \/>\n6<br \/>\nAmbroise Kom, La langue fran\u00e7aise en Afrique noire postcoloniale- Mots Pluriels, Peuples Noirs \u2013 Peuples Africains, n\u00b0<br \/>\n12, 1979.<br \/>\nG. Manessy, cit\u00e9 par Ambroise Kom, op.cit., p.110.<br \/>\n7<br \/>\n8<br \/>\nPatrice Nganang, op.cit.<br \/>\n9<br \/>\nL\u2019Afrique Noire et la langue fran\u00e7aise, Erudit Universit\u00e9 de Montr\u00e9al et Laval, 1963.<br \/>\n10<br \/>\nAmal Madibbo, L\u2019introduction du Fran\u00e7ais en Afrique non-francophone : l\u2019exp\u00e9rience soudanaise, in Revue Sud Langues<br \/>\nn\u00b02, juin 2003. www.sudlangues.sn\/spip.php?article57\u200e<br \/>\nD\u00e9nis Amoussou Y\u00e9y\u00e9, La Nouvelle Tribune, nov. 2012<br \/>\n11<br \/>\n12<br \/>\nAmbroise Kom, op.cit<br \/>\n13<br \/>\nLa Francophonie africaine, Entretien avec A. Kourouma men\u00e9 par Mich\u00e8le Zalessky, Diagonales, p.144\/145<br \/>\nPar contre dans quelques pays comme le S\u00e9n\u00e9gal o\u00f9 le wolof est utilis\u00e9 par 95% de la population de Dakar, le Mali avec<br \/>\n14<br \/>\nle Malink\u00e9 ou le Centrafrique qui poss\u00e8de le Sango, le fran\u00e7ais en tant que langue v\u00e9hiculaire populaire se voit fortement<br \/>\nmenac\u00e9 par les langues africaines.<br \/>\nMoustapha Fall, op.cit.<br \/>\n15<br \/>\n16<br \/>\nAu Congo belge comme dans les colonies britanniques, chaque groupement ethnique a \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9 dans sa propre langue,<br \/>\nce qui a contribu\u00e9 \u00e0 creuser le foss\u00e9 qui les s\u00e9para\u00eet.<br \/>\nIbidem.<br \/>\n17<br \/>\n18<br \/>\nMudimb\u00e9 cit\u00e9 par Moustapha Fall<br \/>\n19<br \/>\ncf. aussi l\u2019\u0153uvre du Sultan Njoya, que Patrice Nganang a d\u00e9crite dans son roman Mont-Plaisant.<br \/>\nIl existe un rapport sur la P\u00e9rennisation du Festival des Arts et de la Culture Medumba, r\u00e9alis\u00e9 en 1999 par Jean-Martin<br \/>\n20<br \/>\nTchaptchet, \u00e0 la demande de Niat Njiferji Marcel, alors Coordinateur du Festival, \u00e0 l\u2019occasion de la 5e \u00e9dition de ce Festival \u00e0<br \/>\nBangangt\u00e9.<br \/>\nPierre Astier, Avant-propos, (Cha9).<br \/>\n21<br \/>\nR\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<br \/>\nABOA A. L. A., \u2018Langue fran\u00e7aise et identit\u00e9 culturelle ivoirienne\u2019, Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphouet Boigny de Cocody-Abidjan.<br \/>\nASTIER, P. (2010). Ind\u00e9pendances Cha-Cha, Paris : Magellan &amp; Cie.<br \/>\nBADIBANGA S. (2013). 50% de francophones en Afrique, Francophonie.<br \/>\nBAL W. (2014). Enjeux et atouts du fran\u00e7ais en Afrique noire. Paris : L\u2019Harmattan.<br \/>\nBAYLE, M.C, PREDESCU, E. (2005). Civiliza\u0163ie \u015fi cultur\u00e0 francez\u00e0, Constan\u0163a : Editur Funda\u0163iei \u2018Andrei \u015eaguna\u2019.<br \/>\nBETI M. (2005). Langue fran\u00e7aise et francophonie sont-elles compatibles ? Africultures ,65, p158<br \/>\nBHELY-QUENUM O. (1963),\u2019L\u2019Afrique noire et la langue fran\u00e7aise\u2019, Libert\u00e9, vol.5, n\u00b01.<br \/>\nDERIVE J. (2002), \u2019Quelques r\u00e9flexions sur les relations entre les cultures francophones et les cultures orales locales, Les<br \/>\n\u00e9tudes litt\u00e9raires francophones, \u00e9tat des lieux, Lieven d\u2019Hulst &amp; Jean-Marc Moura.<br \/>\nDIOP, C.A. (1979). Nations N\u00e8gres et culture. Paris : Pr\u00e9sence Africaine.<br \/>\nDUFOUR N. (2010). L\u2019Afrique \u00e9vite au fran\u00e7ais une \u00e9rosion mondiale. Le Temps, 24 novembre.<br \/>\nFOUDA, M. (2001). Je parle camerounais. Paris. : Karthala,<br \/>\nKONATE, M. (2010). L\u2019Afrique Noire est-elle maudite ? Paris : Fayard.<br \/>\nKOUROUMA, A. (1970). Les soleils des Ind\u00e9pendances. Paris : Seuil.<br \/>\nMABANCKOU, A. (2012). Le Sanglot de l\u2019Homme Noir. Paris : Fayard.<br \/>\nMABANCKOU A. (2006). La Francophonie, oui, le ghetto : non !. Le Monde, 19 mars.<br \/>\nMABANCKOU A. (2006). Les Grands d\u00e9bats du Blog. Congopage blog, 10 ao\u00fbt.<br \/>\nNGANANG, P. (2009). 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Source: http:\/\/www.france.diplomatie.fr\/francophonie\/mocton\/carte3.html.<br \/>\nFestival mondial des Arts et de la Culture : Lagos, 15 janvier-12 f\u00e9vrier 1977.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I \u2013 Ecrire les langues africaines. Moustapha Fall r\u00e9sume la situation: \u00ab Parmi les dix-sept \u00e9tats d\u2019expression fran\u00e7aise, certains sont linguistiquement homog\u00e8nes comme le Rwanda et le Burundi o\u00f9 la langue dominante est la langue maternelle malgr\u00e9 le fait que le fran\u00e7ais soit la langue de l\u2019administration. 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