{"id":403,"date":"2010-01-27T19:28:05","date_gmt":"2010-01-27T19:28:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/?p=403"},"modified":"2010-01-27T19:28:05","modified_gmt":"2010-01-27T19:28:05","slug":"decentralisation-quels-roles-pour-les-chefs-et-rois-traditionnels-en-afrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=403","title":{"rendered":"D\u00e9centralisation : quels r\u00f4les pour les \u00ab chefs et rois traditionnels \u00bb en Afrique ?"},"content":{"rendered":"<p>Le continent africain compte d\u00e9sormais un milliard d\u2019habitants. Ses dirigeants et ses experts s\u2019activent au sein de l\u2019Union Africaine en particulier, et des Nations Unies en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 trouver des solutions durables et \u00e9quitables aux graves crises politiques, financi\u00e8res, \u00e9conomiques, environnementales et autres qui affectent l\u2019humanit\u00e9. Sans tourner le dos \u00e0 ces probl\u00e8mes de gouvernance mondiale, deux auteurs africains \u2013 Camerounais, pour \u00eatre pr\u00e9cis \u2013, soul\u00e8vent les probl\u00e9matiques du pouvoir d\u2019Etat pr\u00e9-colonial africain et de sa place dans le processus de d\u00e9centralisation politique et administrative en cours de conception et\/ou de mise en \u0153uvre dans plus d\u2019un pays africain. Le Lamidat de Banyo et Les Bangangt\u00e9 de l\u2019Ouest Cameroun sont les titres de leurs deux livres parus r\u00e9cemment . Leurs auteurs sont respectivement Sa Majest\u00e9 Mohaman Gabdo Yahya et Thomas Tchatchoua. Ils traitent donc de ce sujet qu\u2019est le pouvoir d\u2019Etat africain pr\u00e9colonial\u00a0: essentiellement sous les angles historique, ethnologique et politique pour le premier\u00a0; ethnologique et historique pour le second. Ces deux livres bien r\u00e9fl\u00e9chis, bien \u00e9crits, parfois avec passion, mais toujours dans le respect et le souci de la bonne expression propres aux auteurs qui visent \u00e0 l\u2019enrichissement du savoir et \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la praxis, int\u00e9resseront d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre chaque lecteur. Particuli\u00e8rement sous l\u2019angle historique. Car pour la presque totalit\u00e9 des Africains, l\u2019ignorance de leur histoire en amont de la conqu\u00eate coloniale, est un drame qui fait mal, non seulement aux fondements de la personnalit\u00e9 individuelle, mais aussi \u00e0 ceux collectifs de la nation, pour ne pas dire du continent. Afin d\u2019aider \u00e0 une lecture sereine et int\u00e9ressante de ces deux livres que je recommande fortement, je veux apporter quelques indications, aussi bien sur leurs auteurs, sur la substance trait\u00e9e, sur les m\u00e9thodes de collecte des donn\u00e9es, que sur les d\u00e9fis qu\u2019ils soul\u00e8vent.<a href=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/shutterstock_62341357.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-38\" alt=\"International Newspapers\" src=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/shutterstock_62341357-300x225.jpg\" width=\"300\" height=\"225\" \/><\/a><br \/>\nNote sur les deux auteurs<br \/>\nMohaman Gabdo Yahya et Thomas Tchatchoua ne sont pas des professionnels de l\u2019histoire, de l\u2019ethnologie ou des sciences politiques. C\u2019est gr\u00e2ce, d\u2019une part \u00e0 leur formation universitaire, et d\u2019autre part aux fonctions politiques qu\u2019ils exercent ou ont exerc\u00e9 dans leur pays, qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 et sont en mesure d\u2019observer et d\u2019\u00e9tudier ce qui fait l\u2019objet de leurs ouvrages. Mohaman Gabdo Yahya est actuellement le Lamido, c\u2019est-\u00e0-dire le roi d\u2019un des Etats dont l\u2019existence date d\u2019avant la conqu\u00eate coloniale allemande du Cameroun et anglaise du Nigeria, le lamidat de Banyo. Son ressort territorial recouvre aujourd\u2019hui l\u2019arrondissement de Banyo, chef-lieu du D\u00e9partement de Mayo-Banyo. Il porte le titre de Sa Majest\u00e9 en tant que 16\u00e8me Lamido d\u2019une dynastie qui remonte jusqu\u2019\u00e0 1804. Il a fait ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures \u00e0 l\u2019Institut International d\u2019Administration Publique, \u00e0 l\u2019Institut des Sciences Sociales de Paris, et \u00e0 l\u2019Ecole Nationale d\u2019Administration et de Magistrature de Yaound\u00e9. Administrateur principal du travail, Directeur de l\u2019administration g\u00e9n\u00e9rale de la Caisse de pr\u00e9voyance sociale dans le secteur public, il \u00e9tait, avant son accession au tr\u00f4ne Directeur Administratif et Financier de la Soci\u00e9t\u00e9 les Minotiers du Cameroun. C\u2019est dire que ce \u00ab\u00a0Roi et Chef traditionnel\u00a0\u00bb est un intellectuel averti et rompu \u00e0 la compr\u00e9hension des sujets qu\u2019il traite. Le Lamidat de Banyo avait une superficie de 35 000 km2 vers la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle. Suite au partage entre la France et la Grande Bretagne du Cameroun comme butin de la premi\u00e8re guerre mondiale, la superficie du Lamidat, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 8600 km2. Il est aujourd\u2019hui peupl\u00e9 de 190.000 habitants. Thomas Tchatchoua est sorti de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 avec les dipl\u00f4mes de licence \u00e8s lettre et de Dipl\u00f4me d\u2019\u00e9tudes approfondies. Enseignant de carri\u00e8re, il est entr\u00e9 en politique au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019institution du multipartisme au Cameroun au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. La liste de son parti \u00e9tant sortie victorieuse aux \u00e9lections municipales de 1996, il fut \u00e9lu maire de l\u2019arrondissement de Bangangt\u00e9 qui se trouve \u00eatre aussi son village natal. Ce fut \u00e0 partir de cette position et de ses interactions avec le Sous-pr\u00e9fet repr\u00e9sentant le gouvernement central de la R\u00e9publique, et le \u00ab\u00a0Roi\u00a0\u00bb de Bangangt\u00e9, le Souverain traditionnel du royaume de Bangangt\u00e9 dont Tchatchoua est par ailleurs le sujet, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 en mesure de prendre conscience de la p\u00e9rennit\u00e9 des institutions pr\u00e9coloniales qu\u2019il traite dans son livre. La superficie du territoire du royaume de Bangangt\u00e9 s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 600 km2. Sa population est \u00e9valu\u00e9e \u00e0 75000 habitants non compris sa tr\u00e8s nombreuse diaspora \u00e9parpill\u00e9e au Cameroun, en Afrique centrale et en plusieurs r\u00e9gions du monde. Les deux auteurs \u00e9crivent donc en fortes positions de savoir, d\u2019autorit\u00e9 et d\u2019exp\u00e9rience.<br \/>\nSources historiques<br \/>\nJe retiens que Mohaman Gabdo Yahya structure son livre en cinq parties\u00a0: aper\u00e7u de deux si\u00e8cles d\u2019histoire, fondements et organisation du lamidat, \u00e9volution de la colonisation \u00e0 nos jours, perspectives de r\u00e9formes et conclusion. En dehors de quelques sources \u00e9crites en fran\u00e7ais, en anglais et en arabe, l\u2019auteur a recouru \u00e0 \u00ab\u00a0la tradition orale\u00a0\u00bb qu\u2019il juge \u00eatre \u00ab\u00a0une mine d\u2019or cach\u00e9e\u00a0\u00bb. Thomas Tchatchoua qui d\u00e9veloppe davantage la m\u00e9thodologie qu\u2019il a utilis\u00e9e, a aussi recouru \u00e0 la tradition orale. \u00ab\u00a0J\u2019ai notamment \u00e9cout\u00e9 les personnes \u00e2g\u00e9es, \u00e9crit-il, les notables, les reines et surtout les rois. Une bonne partie de l\u2019initiation de ces derniers, on le sait, consiste \u00e0 leur enseigner l\u2019histoire et les traditions du royaume\u2026je me r\u00e9jouis d\u2019avoir eu la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir que les faits historiques et \u00e9v\u00e9nements que je rapporte dans cet ouvrage sont absolument vrais en d\u00e9pit de l\u2019oralit\u00e9 de la plupart des sources\u2026C\u2019est une m\u00e9thode irrationnelle mais qui produit des r\u00e9sultats impressionnants.\u00a0\u00bb Son livre est divis\u00e9 en deux grandes parties\u00a0: la premi\u00e8re, le pays et les hommes, est beaucoup plus ethnologique, et la seconde la dynastie des Mveunga r\u00e9sume cinq si\u00e8cles de pouvoir royal des Bangangt\u00e9.<br \/>\nDe quoi s\u2019agit-il\u00a0?<br \/>\nEn raison de leur position d\u2019hommes politiques, ces deux auteurs n\u2019ont pas manqu\u00e9 de griffer ici et l\u00e0 dans leurs livres, des adversaires politiques. Mais le plus important de leur \u00e9tude porte sur le pouvoir royal traditionnel\u00a0: son historicit\u00e9, sa l\u00e9gitimit\u00e9, sa survivance et la n\u00e9cessit\u00e9 de sa prise en compte dans les politiques de d\u00e9centralisation. \u00ab\u00a0Beaucoup de th\u00e8ses et m\u00e9moires se sont appesantis sur le d\u00e9clin de la chefferie traditionnelle consid\u00e9r\u00e9e comme un vestige d\u2019un pass\u00e9 r\u00e9volu, \u00e9crit Mohaman Gabdo Yahya . Je pense pour ma part que le pouvoir traditionnel a une r\u00e9elle influence sur la classe socio-politique. Il ne laisse pas indiff\u00e9rent et nous assistons aujourd\u2019hui \u00e0 un renforcement de la chefferie traditionnelle et au retour des valeurs coutumi\u00e8res\u2026 \u00ab\u00a0Si l\u2019Etat peut lui apporter une base juridique de l\u00e9galit\u00e9, par contre c\u2019est la communaut\u00e9 socio-culturelle qui peut conf\u00e9rer aux autorit\u00e9s traditionnelles une reconnaissance identitaire et une l\u00e9gitimit\u00e9.\u00a0\u00bb Evaluant certaines des agressions dont cette institution a \u00e9t\u00e9 victime dans le pass\u00e9, l\u2019auteur du Lamidat de Banyo pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Les colonisateurs successifs, tant\u00f4t agressifs, tant\u00f4t admiratifs, mais toujours m\u00e9fiants, ont cherch\u00e9 \u00e0 instrumentaliser ces lamib\u00e9 (pluriel de lamido) qui ont \u00e9t\u00e9, pour la plupart, d\u00e9pos\u00e9s, exil\u00e9s ou assign\u00e9s \u00e0 r\u00e9sidence par les autorit\u00e9s coloniales, qui n\u2019avaient d\u2019autres l\u00e9gitimit\u00e9 que leur seule omnipotence. Pour eux, un bon chef devait \u00eatre docile, taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci. Ceux qui s\u2019opposaient ou se montraient hostiles au syst\u00e8me colonial \u00e9taient purement et simplement destitu\u00e9s sous divers pr\u00e9textes\u2026 \u00ab\u00a0\u2026 En effet, sous la colonisation tout comme sous le joug du parti unique, les chefs ont \u00e9t\u00e9 abaiss\u00e9s, marginalis\u00e9s et n\u2019ont pas pu r\u00e9agir ad\u00e9quatement pour leur \u00e9mancipation.\u00a0\u00bb Associant s\u00e9mantique, ethnologie et histoire, Tchatchoua, pr\u00e9sente les choses comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0Les termes \u00ab\u00a0rois\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0royaumes\u00a0\u00bb que j\u2019emploie dans la pr\u00e9sente \u00e9tude qui se veut un modeste essai d\u2019histoire et d\u2019ethnologie du peuple Bangangt\u00e9 de l\u2019Ouest du Cameroun peuvent avoir quelque chose de provocateur. Que viennent-ils chercher dans le Cameroun d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0? Cette incongruence apparente appelle n\u00e9cessairement une explication \u00e0 laquelle, d\u2019entr\u00e9e de jeu, j\u2019ai l\u2019obligation de me soumettre. \u00ab\u00a0Dans le contexte d\u2019une Afrique restructur\u00e9e et arbitrairement balkanis\u00e9e en 1885 \u00e0 la Conf\u00e9rence de Berlin, ces vocables peuvent, en effet, para\u00eetre r\u00e9trogrades ou nostalgiques. Avant la colonisation dont il faut dire qu\u2019elle a compromis de mani\u00e8re irr\u00e9versible le processus endog\u00e8ne de d\u00e9veloppement du continent, privant du coup l\u2019humanit\u00e9 d\u2019autres exp\u00e9riences, d\u2019autres mod\u00e8les de civilisation, l\u2019Afrique avait son propre d\u00e9coupage territorial et une organisation sociale qui lui appartenait en propre. C\u2019\u00e9tait un ensemble de royaumes plus ou moins stables, plus ou moins \u00e9tendus certes, mais qui, au fil des ans, \u00e0 la faveur des guerres ou sur la base des accords pacifiquement n\u00e9goci\u00e9s, fusionnaient pour constituer des entit\u00e9s de plus en plus grandes, de plus en plus viables .\u00a0\u00bb<br \/>\nPerspectives et d\u00e9fis<br \/>\nMohaman Gabdo Yahya et Thomas Tchatchoua n\u2019ont pas trait\u00e9 dans le d\u00e9tail certains archa\u00efsmes propres aux valeurs \u00e9thiques et \u00e0 l\u2019organisation sociale des royaumes de Banyo et de Bangangt\u00e9. Mais ils ne les ont pas occult\u00e9s. Bien que ce soit en passant, ils s\u2019expriment sur les probl\u00e8mes de la d\u00e9mocratie, des droits de l\u2019homme, de la condition f\u00e9minine, etc. Mohaman Gabdo Yahya \u00e9crit par exemple que\u00a0: \u00ab\u00a0Par le pass\u00e9 les chefs eux-m\u00eames, plus ou moins conscients, ont abus\u00e9 des adolescents en incorporant plusieurs dizaines comme \u00e9pouses et concubines. \u00ab\u00a0De nos jours, il convient d\u2019expurger de nos coutumes, toutes les pesanteurs socio-culturelles qui freinent l\u2019\u00e9panouissement de notre jeunesse, comme nous avons pu les r\u00e9pertorier dans nos r\u00e9solutions\u00a0: Appel de Douala pour le respect des droits de l\u2019enfant et la protection des enfants.\u00a0\u00bb Dans l\u2019ensemble, les deux auteurs ouvrent des perspectives, posent des probl\u00e8mes et lancent des d\u00e9fis. En termes de perspectives, Mohaman Gabdo Yahya et Thomas Tchatchoua apportent de la mati\u00e8re premi\u00e8re historique que les r\u00e9dacteurs de manuels scolaires pourraient utiliser, soit pour enrichir les manuels existant, soit pour en r\u00e9diger de nouveaux. Dans Le Lamidat de Banyo, Mohaman Gabdo Yahya apporte de nombreuses propositions qui pourraient servir aux travaux de r\u00e9flexion et de r\u00e9formes sur ce que devrait \u00eatre le r\u00f4le de la chefferie traditionnelle au sein de la R\u00e9publique, au Cameroun et ailleurs en Afrique. Parmi les probl\u00e8mes pos\u00e9s par les deux auteurs, j\u2019en vois un qui ne devrait pas \u00e9chapper aux concepteurs de la d\u00e9centralisation administrative. Il s\u2019agit du partage des pouvoirs entre les trois autorit\u00e9s charg\u00e9es de l\u2019administration des populations. Mohaman Gabdo Yahya, en tant que prince r\u00e8gnant, indique les diff\u00e9rentes activit\u00e9s qu\u2019il m\u00e8ne actuellement aux niveaux local, r\u00e9gional et m\u00eame transfrontalier en mati\u00e8res de gestions \u00e9conomique, de r\u00e8glement de conflits, de protection de la s\u00e9curit\u00e9, etc. et ce qui pourrait \u00eatre d\u00e9volu \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 traditionnelle dans le cadre d\u2019une r\u00e9forme g\u00e9n\u00e9rale. \u00ab\u00a0Ceux qui veulent confiner les Chefs dans des r\u00f4les folkloriques, \u00e9crit Mohaman Gabdo Yahya, disent que je suis un Lamido atypique qui s\u2019ing\u00e8re dans le fonctionnement des services publics. En r\u00e9alit\u00e9, je ne cherche pas \u00e0 jouer un r\u00f4le de censeur, de gendarme ou de justicier, mais simplement \u00e0 avoir un droit de regard dans les d\u00e9rives et dysfonctionnement qui affectent la vie de mes concitoyens. Abdiquer devant des pr\u00e9jug\u00e9s et le qu\u2019en dira-t-on pour se cantonner dans le seul r\u00f4le du chef de village (au sens restrictif et p\u00e9joratif du terme) ne correspond pas au profil que je me fais d\u2019un Lamido digne de ce titre.\u00a0\u00bb C\u00f4t\u00e9 d\u00e9fis, nos deux auteurs ne se r\u00e9fugient point dans une qu\u00eate identitaire. Comme S.M.\u00a0Mohaman Gabdo Yahya l\u2019exprime dans le cadre de la nation camerounaise cr\u00e9\u00e9e par la colonisation. \u00ab\u00a0C\u2019est par l\u2019affirmation et le respect de chaque identit\u00e9 ethnoculturelle que le Cameroun se construira, en f\u00e9d\u00e9rant les particularit\u00e9s et les forces centrip\u00e8tes. L\u2019int\u00e9gration est la seule voie possible, l\u2019assimilation \u00e9tant utopique et dangereuse. La vari\u00e9t\u00e9 des arbres fait la beaut\u00e9 d\u2019une for\u00eat et la diversit\u00e9 de ses essences en fait la richesse. Notre pays reconnu comme un microcosme de l\u2019Afrique, devrait en tirer un meilleur parti et non chercher \u00e0 transformer ce potentiel en handicap\u00a0\u00bb. D\u00e9passant les dimensions de cette nation pour se situer au niveau mondial, Tchatchoua Thomas \u00e9crit au sujet de l\u2019identit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Chaque peuple devrait ressentir cet ardent besoin de pr\u00e9server son identit\u00e9 afin que le monde ne ressemble pas \u00e0 de p\u00e2les clich\u00e9s des m\u00eames civilisations. \u00ab\u00a0Ce devoir de retourner \u00e0 ses propres racines s\u2019impose au peuple noir, plus qu\u2019aux autres civilisations du monde. Parce qu\u2019il est malade de son identit\u00e9 perdue et donne justement la ridicule impression de singer le monde. C\u2019est sur ses terres que l\u2019on vient exp\u00e9rimenter toutes les th\u00e9ories nouvelles. C\u2019est l\u00e0 aussi que tous les d\u00e9chets se d\u00e9versent. La poubelle universelle, n\u2019est-ce pas\u00a0?\u00a0\u00bb Par ailleurs, et s\u2019appuyant sur la vivisection coloniale qui a s\u00e9par\u00e9 des communaut\u00e9s ethniques et culturelles par des fronti\u00e8res artificielles \u2013 le cas vivant et actuel du Lamidat de Banyo qui s\u2019\u00e9tendait avant la conqu\u00eate allemande \u00e0 l\u2019Emirat de Yola au Nigeria \u2013 Mohaman Gabdo Yahya envisage \u00e0 juste titre le probl\u00e8me de la nationalit\u00e9 en Afrique dans le cadre d\u2019un panafricanisme bas\u00e9 sur l\u2019unit\u00e9 politique du continent. Il consid\u00e8re que dans la pratique, ce panafricanisme apporterait des soins aux blessures provoqu\u00e9es par la balkanisation du continent africain, et partant, apporterait un cadre pour l\u2019\u00e9laboration de solutions durables aux probl\u00e8mes de la paix, de la stabilit\u00e9 et du progr\u00e8s en Afrique. Il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis que les Etats africains ont retrouv\u00e9 leur souverainet\u00e9 nationale, la gestion des fronti\u00e8res artificielles subs\u00e9quentes \u00e0 leur balkanisation et la ma\u00eetrise des rivalit\u00e9s et conflits interethniques sont au centre de leurs pr\u00e9occupations\u2026. \u00ab\u00a0\u2026. Lorsque Kwame Nkrumah \u00e9crivit \u201c Africa Must Unite \u201d, il a \u00e9t\u00e9 pris pour un utopiste, un illumin\u00e9\u00a0; aujourd\u2019hui, il nous appara\u00eet en leader panafricain \u00e9clair\u00e9 qui avait per\u00e7u tr\u00e8s t\u00f4t les dangers de la balkanisation de notre continent. Nos Chefs d\u2019Etat, tous nos Chefs d\u2019Etat africains, devraient transcender les \u00e9go\u00efsmes nationaux \u00e9troits, pour privil\u00e9gier l\u2019\u00e9panouissement des peuples \u00e0 la place d\u2019une vell\u00e9it\u00e9 illusoire d\u2019expansion territoriale ruineuse.\u00a0\u00bb Et Tchatchoua Thomas exprime la m\u00eame vision de l\u2019Afrique quand il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Le panafricanisme qui a fait tant r\u00eaver est malade de l\u2019\u00e9go\u00efsme des hommes et des peuples. Pour sortir du sous-d\u00e9veloppement et s\u2019affirmer aux yeux des autres nations du monde, l\u2019unit\u00e9 du continent n\u2019a pourtant pas encore d\u2019alternative. Parce que nous avons \u00e9t\u00e9 divis\u00e9s au gr\u00e9 des int\u00e9r\u00eats de ceux qui nous ont colonis\u00e9s. Parce que nos Etats sont rarement des entit\u00e9s viables.\u00a0\u00bb<br \/>\nConclusion\u00a0: un acteur absent<br \/>\nVoil\u00e0 les probl\u00e8mes d\u2019une r\u00e9trospective et d\u2019une prospective de la d\u00e9centralisation soulev\u00e9s sous diverses facettes \u2212 continentale, nationale et locale\u00a0: socio-culturelle et politique\u00a0; traditionnelle et moderne. Parfois avec force, sans \u00eatre pour autant des revendications rebelles. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9volution du Cameroun se fera avec les autorit\u00e9s traditionnelles ou ne se fera pas\u00a0\u00bb affirme S.M.\u00a0Mohaman Gabdo Yahya. Et Thomas Tchatchoua d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0A Bangangt\u00e9, comme dans bien d\u2019autres royaumes, le pouvoir traditionnel est une r\u00e9alit\u00e9 vivante dont il est int\u00e9ressant d\u2019examiner les contours et la mat\u00e9rialit\u00e9 aux fins de voir ce que la r\u00e9publique peut en tirer pour mieux se b\u00e2tir, ou simplement pour les conserver comme reliques d\u2019une \u00e9poque qui attesteront plus tard que nous avons v\u00e9cu. On ne le dira jamais assez\u00a0: point d\u2019avenir pour des peuples sans histoire .\u00a0\u00bb Tout cela \u00e9tant \u00e9crit, je dois souligner que dans les deux ouvrages, il y a un acteur absent\u00a0: le pouvoir municipal \u00e9lu. Il a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 ou maltrait\u00e9 comme s\u2019il n\u2019existe pas. Tchatchoua Thomas, ancien maire de Bangangt\u00e9, ne nous confie pas les le\u00e7ons sp\u00e9cifiques tir\u00e9es de son exp\u00e9rience. Sa Majest\u00e9 Mohaman Gabdo Yahya fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des Gouverneurs, des Pr\u00e9fets et des Sous-pr\u00e9fets. Mais quid des Maires<strong>\u00a0?<\/strong><br \/>\n<strong>Jean Martin Tchapchet<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le continent africain compte d\u00e9sormais un milliard d\u2019habitants. Ses dirigeants et ses experts s\u2019activent au sein de l\u2019Union Africaine en particulier, et des Nations Unies en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 trouver des solutions durables et \u00e9quitables aux graves crises politiques, financi\u00e8res, \u00e9conomiques, environnementales et autres qui affectent l\u2019humanit\u00e9. 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