{"id":413,"date":"2009-09-07T19:37:50","date_gmt":"2009-09-07T19:37:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/?p=413"},"modified":"2009-09-07T19:37:50","modified_gmt":"2009-09-07T19:37:50","slug":"le-salon-africain-du-livre-migrations-et-pensee-noire-larrivee-du-president-obama","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=413","title":{"rendered":"Le Salon africain du livre MIGRATIONS ET &quot; PENS\u00c9E NOIRE &quot; : L\u2019ARRIV\u00c9E DU PR\u00c9SIDENT OBAMA"},"content":{"rendered":"<p>Monsieur Fonkoua Romuald, vous \u00eates auteur de nombreux ouvrages sur les litt\u00e9ratures des Antilles et d\u2019Afrique, sur la critique litt\u00e9raire, les Voyages et d\u2019autres sujets. Vous \u00eates aussi Directeur du D\u00e9partement des litt\u00e9ratures fran\u00e7aises \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg et vous avez particip\u00e9 \u00e0 plus d\u2019un d\u00e9bat au cours du pr\u00e9sent sixi\u00e8me Salon africain du Livre de Gen\u00e8ve. Par ailleurs, ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que vous venez \u00e0 Gen\u00e8ve pour cet \u00e9v\u00e9nement. Je souhaiterai que vous nous disiez ce que vous pensez de ce Salon africain en g\u00e9n\u00e9ral, mais surtout de la partie o\u00f9 un espace est offert aux \u00e9crivains, aux \u00e9diteurs africains et au public dans toute sa diversit\u00e9 pour s\u2019exprimer sur diff\u00e9rents sujets.<a href=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/arton466-befc2.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-414\" alt=\"Monsieur Fonkoua Romuald\" src=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/arton466-befc2.png\" width=\"128\" height=\"170\" \/><\/a><br \/>\nFonkoua Romuald. Je pense que l\u2019initiative d\u2019organiser dans le cadre du Salon international du livre et de la presse de Gen\u00e8ve un Salon africain du livre est une tr\u00e8s bonne chose, parce que \u00e7a permet de r\u00e9unir en un seul endroit, un certain nombre d\u2019\u00e9crivains que l\u2019on sait \u00e9parpill\u00e9s un peu partout dans le monde. Il y a ceux qui viennent d\u2019Afrique, d\u2019Europe, d\u2019Am\u00e9rique du Nord, des Cara\u00efbes.<br \/>\nC\u2019est donc un lieu de rencontre. D\u2019abord un lieu de rencontre pour ces \u00e9crivains entre eux, ce qui n\u2019arrive pas souvent\u00a0; ensuite entre les \u00e9crivains et les \u00e9diteurs\u00a0; les \u00e9diteurs de ces litt\u00e9ratures, qu\u2019ils viennent d\u2019Afrique ou qu\u2019ils viennent d\u2019Europe\u00a0; enfin et surtout un lieu de rencontre entre les auteurs et les \u00e9diteurs avec le public et tout particuli\u00e8rement avec le public suisse et genevois qui, je crois, est assez attir\u00e9 par la litt\u00e9rature africaine. Je redis donc que le Salon africain du livre est une tr\u00e8s bonne initiative.<br \/>\nLes migrations\u00a0: th\u00e8me vieux comme l\u2019Afrique et l\u2019Europe<br \/>\nCette ann\u00e9e, le th\u00e8me des Migrations a \u00e9t\u00e9 choisi comme sujet principal de r\u00e9flexion du Salon. Est-ce que vous pourriez nous dire ce que vous pensez de ce th\u00e8me.<br \/>\nFonkoua Romuald. Le th\u00e8me des migrations est aujourd\u2019hui d\u2019actualit\u00e9 dans toute la presse en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Belgique, en France et en Suisse. C\u2019est un th\u00e8me d\u2019actualit\u00e9, mais ce n\u2019est pas un th\u00e8me nouveau. C\u2019est un th\u00e8me qui est vieux comme l\u2019Afrique, c\u2019est un th\u00e8me qui est vieux comme l\u2019Europe puisque les migrations entre l\u2019Afrique et l\u2019Europe remontent au moins jusqu\u2019au Moyen Age pour ne pas aller beaucoup plus loin. Je r\u00e9p\u00e8te donc que le sujet en soi n\u2019est pas un sujet nouveau.<br \/>\nToutefois, l\u2019int\u00e9r\u00eat de le faire aujourd\u2019hui \u00e0 ce Salon permet de regarder les choses avec la distance critique n\u00e9cessaire \u00e0 travers plusieurs aspects. Le premier est essentiellement litt\u00e9raire\u00a0: les migrations conduisent \u00e0 la production d\u2019un certain nombre d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires en langues europ\u00e9ennes, ce qui montre tr\u00e8s bien que les \u00e9crivains ont d\u00fb faire le chemin qui les a conduits de leurs pays d\u2019origine en Afrique en particulier aux pays occidentaux dont ils ont appris la langue et \u00e0 partir desquels ils peuvent produire de la litt\u00e9rature. Cela ne veut pas dire que les litt\u00e9ratures en langues africaines n\u2019existent pas. Au contraire, elles existent bien, mais il faudrait montrer comment ces deux aspects des litt\u00e9ratures africaines (en langues africaines et en langues europ\u00e9ennes) se compl\u00e8tent.<br \/>\nMigrations et politique\u00a0: accepter l\u2019\u00e9vidence historique<br \/>\nLe second aspect est beaucoup plus politique. Je crois qu\u2019en faisant des migrations, le th\u00e8me de ce sixi\u00e8me Salon du livre africain de Gen\u00e8ve, il s\u2019agit de mettre l\u2019accent sur une des d\u00e9rives, \u00e0 mon sens, qui est celle des politiques occidentales contemporaines. L\u2019Europe a fini par oublier sa propre histoire, qui est associ\u00e9e \u00e0 l\u2019Afrique &#8211; qu\u2019elle le veuille ou non &#8211; gr\u00e2ce ou \u00e0 cause des voyages\u00a0; des d\u00e9placements des Europ\u00e9ens et de leur besoin de connaissance et de conqu\u00eate du monde. C\u2019est bien parce qu\u2019il y a eu un d\u00e9placement de l\u2019Occident vers le non Occident, qu\u2019il y a eu en retour, si j\u2019ose dire, l\u2019arriv\u00e9e du non-Occidental en Occident. A un moment donn\u00e9, il faut bien que l\u2019Occident assume cette histoire qui est aussi la sienne. De toutes les fa\u00e7ons, si elle ne l\u2019assume pas aujourd\u2019hui, elle sera oblig\u00e9e de l\u2019assumer demain parce qu\u2019il y aura toujours le poids de cette pouss\u00e9e migratoire qui conduit \u00e9videmment aux mutations sociales. Il me semble que c\u2019est une \u00e9vidence. Il suffit de la regarder en face.<br \/>\nN\u00e9cessit\u00e9 in\u00e9luctable de l\u2019int\u00e9gration des histoires de l\u2019Afrique et de l\u2019Europe Est-ce que demain ce sera trop tard pour les Europ\u00e9ens de prendre conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019int\u00e9gration de nos histoires communes, non seulement par le biais du probl\u00e8me des migrations mais aussi de la colonisation\u00a0?<br \/>\nFonkoua Romuald. Est-ce que ce sera trop tard\u00a0? Il n\u2019est jamais trop tard pour bien faire. Seulement, il y a un certain nombre de chances que l\u2019on aura laiss\u00e9es passer si l\u2019on ne prend pas en compte le probl\u00e8me aujourd\u2019hui. Parce qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des migrations, il y a les concurrences des jeux migratoires.<br \/>\nCeux qui migrent par exemple, de l\u2019Afrique vers l\u2019Europe, ne migrent que vers l\u00e0 o\u00f9 on leur offre la possibilit\u00e9 de migrer. Si l\u2019Europe ferme les portes, les migrants vont faire ce que font tous les migrants\u00a0: ils vont migrer vers l\u00e0 o\u00f9 on a les conditions de possibilit\u00e9 de l\u2019accueil. Dans ce genre de ph\u00e9nom\u00e8ne qui est somme toute un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel, il y a d\u2019autres zones de migration plus acceptable aujourd\u2019hui que l\u2019Europe. L\u2019Am\u00e9rique du Nord, par exemple, est devenue depuis un certain nombre d\u2019ann\u00e9es, j\u2019allais dire, une zone de migration acceptable. Non pas que ce soit les portes grand ouvertes, mais il y a des crit\u00e8res qui permettent en quelque sorte de pouvoir tr\u00e8s normalement tenter une installation hors d chez soi\u00a0; une compr\u00e9hension de l\u2019ensemble de tous les peuples qui, tous \u00e9trangers au d\u00e9part, vont exactement l\u00e0 o\u00f9 ils trouvent leurs int\u00e9r\u00eats (si on excepte bien s\u00fbr la longue p\u00e9riode de l\u2019esclavage). Il faudrait que les int\u00e9r\u00eats soient des int\u00e9r\u00eats commun\u00e9ment compris pour qu\u2019il y ait migrations satisfaisantes. Or, on a coutume de faire comme si les migrants qui venaient du Sud pour la plupart, \u00e9taient tous des gens qui, anciens barbares &#8211; bien s\u00fbr, anciens sauvages, anciens primitifs, n\u2019\u00e9taient que des \u00eatres compl\u00e8tement pervertis et qui n\u2019avaient rien \u00e0 apporter \u00e0 la civilisation ou \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re. Or c\u2019est compl\u00e8tement faux.<br \/>\nMigrations au nom d\u2019int\u00e9r\u00eats commun\u00e9ment compris et bien commun\u00e9ment compris<br \/>\nJe crois qu\u2019il faudrait regarder les choses pour ce qu\u2019elles sont, \u00e0 savoir que le d\u00e9placement du Sud vers le Nord est une chance \u00e0 la fois pour le Nord et pour le Sud. C\u2019est une chance pour le Nord, parce qu\u2019il y a des r\u00e9gulations \u00e9conomiques qu\u2019il faut satisfaire. C\u2019est aussi une chance pour le Sud, parce que c\u2019est aussi une condition de d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Le flux mon\u00e9taire qui passe entre le Nord et le Sud passe bien par le ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire. S\u2019il n\u2019y a pas de ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire, il n\u2019y a pas de ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9veloppement des pays du Sud. Lorsqu\u2019on voit le fonctionnement de certains pays comme le Mali, on saisit tr\u00e8s bien la force et le r\u00f4le des migrants dans le d\u00e9veloppement \u00e9conomique. C\u2019est exactement la m\u00eame chose pour Ha\u00efti en ce qui concerne les migrants qui vont aux Etats Unis. Comme ce fut le cas en Guin\u00e9e sous la dictature d\u2019Ahmed S\u00e9kou Tour\u00e9. La fuite des cerveaux, l\u2019id\u00e9ologie marxiste mal assimil\u00e9e et donc mal appliqu\u00e9e, les erreurs de gestion \u00e9conomique ont \u00e9t\u00e9 compens\u00e9es par les flux mon\u00e9taires qui partaient de pays d\u2019adoption des Guin\u00e9ens de l\u2019ext\u00e9rieur comme la C\u00f4te d\u2019Ivoire et le Mali, ou de l\u2019Europe et des Etats Unis vers la Guin\u00e9e.<br \/>\nUn autre sujet qui a fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat a \u00e9t\u00e9 celui de \u00a0\u00bb l\u2019existence d\u2019une pens\u00e9e noire dans le monde \u00ab\u00a0. Que voulait dire ce d\u00e9bat\u00a0?<br \/>\nFonkoua Romuald. C\u2019est la r\u00e9f\u00e9rence au num\u00e9ro du hors s\u00e9rie du journal fran\u00e7ais Le Point qui a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 au mois de mars et avril \u00e0 un sujet qui \u00e9tait intitul\u00e9 \u00a0\u00bb La pens\u00e9e noire \u00ab\u00a0. Pour y avoir collabor\u00e9 d\u2019assez pr\u00e8s, avoir vu en gestation le num\u00e9ro, avoir conseill\u00e9 la r\u00e9dactrice en chef de ce num\u00e9ro, je peux dire que \u00e7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile de monter ce dossier sur la pens\u00e9e noire. Que le num\u00e9ro ait un titre discutable est une certitude. Il le restera de toute fa\u00e7on.<br \/>\nProbl\u00e9matique de la pens\u00e9e noire<br \/>\nPour une raison qui est assez simple pour moi &#8211; m\u00eame s\u2019il y en a plusieurs\u00a0-, c\u2019est que la notion de pens\u00e9e noire est une notion probl\u00e9matique en soi. Je ne suis pas s\u00fbr qu\u2019il y a deux ans, l\u2019on aurait fait un num\u00e9ro comme \u00e7a. \u00c7a n\u2019aurait jamais march\u00e9 de toutes les fa\u00e7ons. Elle est probl\u00e9matique en soi parce que d\u00e8s que l\u2019on prononce le mot noir, tout le monde entend la couleur. Evidemment \u00e7a renvoie tout de suite aux notions de racisme, un peu comme s\u2019il y avait un racisme \u00e0 rebours contre un racisme ancien qui \u00e9tait le racisme blanc. Il faut juste situer la parution du num\u00e9ro dans la perspective de cette \u00e9poque que certains s\u2019accordent \u00e0 consid\u00e9rer &#8211; \u00e0 tort ou \u00e0 raison, pour s\u2019en r\u00e9jouir ou le regretter &#8211; comme une p\u00e9riode postraciale.<br \/>\nBarack Obama et la conjonction de deux p\u00e9riodes historiques<br \/>\nJe crois que ce num\u00e9ro a pu exister \u00e0 cause des circonstances historiques nouvelles. A savoir qu\u2019il y a un fait qui vient de se produire aux Etats-Unis et que personne ne peut oublier\u00a0: l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir, aux Etats-Unis d\u2019un Noir. On peut dire tout ce qu\u2019on veut, de ce ph\u00e9nom\u00e8ne l\u00e0 &#8211; je ne discute pas de la politique am\u00e9ricaine des Etats-Unis\u00a0-, ce fait l\u00e0 en soi, est un fait qui permet de faire conjoindre deux p\u00e9riodes de l\u2019histoire qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 interrompues. La premi\u00e8re, c\u2019est la guerre d\u2019ind\u00e9pendance aux Etats-Unis qui a \u00e9t\u00e9 aussi une guerre contre l\u2019esclavage, et qui a permis la lib\u00e9ration des esclaves, et qui a \u00e9t\u00e9 aux Etats-Unis le premier moment o\u00f9 les Noirs ont eu acc\u00e8s &#8211; m\u00eame si \u00e7a n\u2019a dur\u00e9 qu\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es -\u00e0 des droits civiques. Et un second moment qui est celui de la lib\u00e9ration des Africains qui commence au milieu des ann\u00e9es cinquante du si\u00e8cle dernier par les ind\u00e9pendances. Que ces ind\u00e9pendances aient \u00e9t\u00e9 bien ou mal acquises, bien ou pas profitables, c\u2019est une autre question. Mais ces deux p\u00e9riodes qui sont conjointes l\u00e0, \u00e0 savoir que la revendication pour les droits civiques par les Noirs am\u00e9ricains, et la revendication pour la libert\u00e9 des Africains va permettre en quelque sorte que l\u2019on puisse se poser une question essentielle, qui est celle de la repr\u00e9sentation des Noirs dans le monde.<br \/>\nHistoire coloniale n\u2019est que le prolongement de l\u2019histoire de l\u2019esclavage<br \/>\nEt cette repr\u00e9sentation des Noirs dans le monde passe par la reconnaissance d\u2019une exp\u00e9rience commune \u00e0 tous les Noirs dans le monde &#8211; qu\u2019ils le veuillent ou non\u00a0; qu\u2019ils en aient conscience ou non\u00a0; que leurs familles aient subi ou pas, de fa\u00e7on intime ou collective, une partie de cette histoire. C\u2019est quoi\u00a0? C\u2019est que l\u2019histoire de l\u2019esclavage permet justement aux Africains de se retrouver aux Etats-Unis. Que l\u2019histoire de la colonisation en Afrique est une histoire qui proc\u00e8de des diff\u00e9rentes cha\u00eenes qui ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues durant l\u2019esclavage, et qui permettent de m\u00e9conna\u00eetre l\u2019identit\u00e9 des Noirs. En somme, l\u2019histoire coloniale n\u2019est que le prolongement de l\u2019histoire de l\u2019esclavage, qui n\u2019est, elle-m\u00eame, que le prolongement de l\u2019histoire du d\u00e9ni d\u2019homme.<br \/>\n\u00a0\u00bb Pens\u00e9e noire \u00a0\u00bb\u00a0: expression du refus du d\u00e9ni d\u2019homme\u00a0; expression de la n\u00e9cessit\u00e9 de libert\u00e9 et des luttes pour \u00eatre reconnu pour ce que l\u2019on est en soi<br \/>\nD\u2019une certaine fa\u00e7on, qu\u2019on le veuille ou non, ces Noirs vont se retrouver avec une exp\u00e9rience commune dont ils n\u2019avaient pas v\u00e9ritablement conscience. Et je crois que le moment o\u00f9 la prise de conscience se fait, c\u2019est au lendemain de la seconde guerre mondiale quand un certain nombre de Noirs se retrouvent et se disent\u00a0: \u00a0\u00bb On ne parle peut-\u00eatre pas les m\u00eames langues, on ne vient pas des m\u00eames r\u00e9gions, mais il se trouve que l\u2019on a quelque chose en commun. C\u2019est une histoire de l\u2019exp\u00e9rience du d\u00e9ni commune \u00ab\u00a0. Et cette histoire commune de l\u2019exp\u00e9rience du d\u00e9ni, c\u2019est une histoire qui fait que tous les Noirs, quelles que soient leurs couleurs d\u2019ailleurs, mul\u00e2tre, noire, m\u00e9tisse etc., vont se rendre compte qu\u2019\u00e0 un moment donn\u00e9 de leur r\u00e9volution historique, on leur a d\u00e9ni\u00e9 toute esp\u00e8ce d\u2019existence, toute identit\u00e9 humaine, tout droit \u00e0 l\u2019existence. Et donc ce d\u00e9ni, va donner lieu \u00e0 des prises de positions\u00a0; \u00e0 des discours\u00a0; \u00e0 des revendications\u00a0; \u00e0 des luttes qui, au fond, permettent en quelque sorte d\u2019\u00e9tablir aujourd\u2019hui l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y a, qu\u2019il y a eu &#8211; je ne suis pas s\u00fbr qu\u2019il y aura\u00a0-, la construction de ce que l\u2019on pourra appeler une pens\u00e9e noire. Ce qui \u00e0 mon point de vue, revient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019expression du refus du d\u00e9ni, \u00e0 l\u2019expression du refus de la souffrance, \u00e0 l\u2019expression de la n\u00e9cessit\u00e9 de libert\u00e9, \u00e0 l\u2019expression de la n\u00e9cessit\u00e9 de luttes pour \u00eatre reconnus pour ce que l\u2019on est en soi, \u00e0 savoir que l\u2019on est un homme, que l\u2019on est un \u00eatre vivant, que l\u2019on est un individu en tant que tel et qui doit en tant que tel faire partie de l\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9, ni plus ni moins.<br \/>\nJe crois que c\u2019est \u00e7a qui fait l\u2019unit\u00e9 de cette pens\u00e9e noire, et c\u2019est \u00e7a qui fait en m\u00eame temps la diversit\u00e9 de cette pens\u00e9e noire. Parce que dans cette pens\u00e9e noire, il n\u2019y a pas que des bons\u00a0: lib\u00e9rateurs des Noirs, il n\u2019y a pas que des nobles lib\u00e9rateurs des Noirs. Il y a \u00e9galement des antis\u00e9mites, il y a \u00e9galement des gens qui ne sont pas fr\u00e9quentables du tout. Mais c\u2019est bien ce qui fait la caract\u00e9ristique de cette pens\u00e9e. C\u2019est que en soi, elle est d\u00e9j\u00e0 humaine, y compris dans cette diversit\u00e9 l\u00e0.<br \/>\nMerci beaucoup.<br \/>\nPropos recueillis par Tchaptchet Jean-Martin* au cours du Salon Africain du livre de Gen\u00e8ve<br \/>\n* Ecrivain et conseiller en coop\u00e9ration internationale ** Directrice g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019association Espace Afrique International<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Monsieur Fonkoua Romuald, vous \u00eates auteur de nombreux ouvrages sur les litt\u00e9ratures des Antilles et d\u2019Afrique, sur la critique litt\u00e9raire, les Voyages et d\u2019autres sujets. 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