{"id":6722,"date":"2023-01-09T20:41:41","date_gmt":"2023-01-09T20:41:41","guid":{"rendered":"https:\/\/internationaldiplomat.com\/?p=6722"},"modified":"2023-01-09T20:41:41","modified_gmt":"2023-01-09T20:41:41","slug":"murillo-et-les-legendes-de-seville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=6722","title":{"rendered":"Murillo et les l\u00e9gendes de S\u00e9ville"},"content":{"rendered":"<p><strong> Murillo et les l\u00e9gendes de S\u00e9ville<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><em>par Jean Michel Wissmer<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p><em>Les \u00e9glises et les mus\u00e9es de S\u00e9ville abritent de nombreuses \u0153uvres de Bartolom\u00e9 Esteb\u00e1n Murillo (1617-1682), un peintre qui a fait toute sa carri\u00e8re dans cette magnifique capitale de l\u2019Andalousie, riche de l\u00e9gendes.<\/em><\/p>\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t orphelin de ses parents Murillo fut recueilli par un chirurgien-barbier, un m\u00e9tier qu\u2019exer\u00e7ait \u00e9galement son p\u00e8re. Cette curieuse association \u2013 qui aimerait \u00eatre op\u00e9r\u00e9 par son barbier\u00a0? \u2013 \u00e9tait pourtant courante dans l\u2019Espagne du XVIIe si\u00e8cle. Rappelons que c\u2019\u00e9tait \u00e9galement le m\u00e9tier du p\u00e8re de Cervant\u00e8s qui, en hommage \u00e0 son p\u00e8re ou par d\u00e9rision, affublera son don Quichotte d\u2019un plateau \u00e0 barbe en lieu et place d\u2019un heaume. Autre point commun\u00a0: comme Cervant\u00e8s, Murillo souhaita partir pour les Indes en qu\u00eate d\u2019une vie meilleure et de nouvelles opportunit\u00e9s, mais pour l\u2019un comme pour l\u2019autre, le projet ne se r\u00e9alisa pas; heureusement d\u2019ailleurs, car nous serions alors orphelins de <em>Don Quichotte<\/em>.<\/p>\n<p>Le tuteur barbier encouragera la carri\u00e8re artistique du jeune Bartolom\u00e9 Esteb\u00e1n qu\u2019il placera d\u2019un l\u2019atelier d\u2019un peintre. Murillo fut, comme Francisco de Zurbar\u00e1n, l\u2019un des peintres pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s des ordres religieux. Il est d\u2019ailleurs surtout connu pour ses Vierges au visage doux et entour\u00e9es d\u2019angelots. Elle est toujours repr\u00e9sent\u00e9e comme d\u00e9crite dans l\u2019Apocalypse de Saint-Jean, debout sur un croissant de lune, mais pas couronn\u00e9e d\u2019\u00e9toiles et sans la pr\u00e9sence du serpent, innovant ainsi par rapport \u00e0 l\u2019iconographie habituelle. Baign\u00e9e d\u2019une lumi\u00e8re divine, les mains crois\u00e9es sur la poitrine, la Vierge regarde vers le ciel dans un \u00e9lan dynamique.<\/p>\n<p>Il existe tant de versions de ce th\u00e8me que l\u2019on oublie parfois que Murillo est aussi l\u2019auteur de magnifiques portraits, de sc\u00e8nes bibliques et de sc\u00e8nes de genre o\u00f9 figurent de jeunes enfants pauvres, reflets d\u2019une Espagne mis\u00e9reuse et picaresque en plein Si\u00e8cle d\u2019Or.<\/p>\n<p>Il y a un lieu tr\u00e8s particulier \u00e0 S\u00e9ville\u00a0: l\u2019H\u00f4pital de la Charit\u00e9 o\u00f9 se trouvent plusieurs \u0153uvres de Murillo dont une magnifique <em>Multiplication des pains et des poissons<\/em>. On y d\u00e9couvre aussi les fameuses vanit\u00e9s de Juan de Vald\u00e8s Leal, un autre grand peintre baroque s\u00e9villan, des \u0153uvres qui font froid dans le dos \u2013 on y voit un \u00e9v\u00eaque rong\u00e9 par les vers \u2013 et qui sont autant d\u2019avertissements de notre fin in\u00e9luctable et qui devraient nous inciter \u00e0 la p\u00e9nitence et, pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 la charit\u00e9. Cet h\u00f4pital pour les d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par Miguel Ma\u00f1ara, afin, dit-on, d\u2019expier son pass\u00e9 de coureur de jupons col\u00e9rique et bagarreur. La l\u00e9gende raconte qu\u2019il aurait crois\u00e9 un jour son propre enterrement ce qui l\u2019aurait conduit \u00e0 une conversion radicale. Mais il fut surtout boulevers\u00e9 par la mort de sa femme en 1661, un \u00e9v\u00e9nement qui l\u2019avertissait qu\u2019une fin derni\u00e8re peut nous surprendre \u00e0 tout moment. On a longtemps consid\u00e9r\u00e9 Ma\u00f1ara comme le mod\u00e8le du personnage de don Juan, ce qui semble incompatible sur un plan chronologique d\u2019apr\u00e8s les sp\u00e9cialistes. Mais les l\u00e9gendes ont la vie dure et celle-ci fera le miel de l\u2019\u00e9crivain romantique Prosper M\u00e9rim\u00e9e, friand d\u2019espagnolades, quand il \u00e9crira <em>Les \u00c2mes du Purgatoire<\/em>, une r\u00e9\u00e9criture imaginaire de la vie de Ma\u00f1ara qui, en assistant \u00e0 une repr\u00e9sentation du <em>Don Juan<\/em> de Tirso de Molina (<em>El Burlador de Sevilla<\/em>) aurait dit\u00a0: je veux \u00eatre Don Juan\u00a0! On parlera alors de l\u2019H\u00f4pital de la Charit\u00e9 fond\u00e9 par Don Juan.<\/p>\n<p>Le Mus\u00e9e des Beaux-Arts de Cadix, une autre ville andalouse face \u00e0 l\u2019Atlantique, vivante et riche de tr\u00e9sors artistiques, conserve une \u0153uvre monumentale de Murillo\u00a0: <em>Les Noces mystiques de sainte Catherine<\/em>. Ce tableau pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019une des tr\u00e8s nombreuses \u0153uvres religieuses qui font le patrimoine artistique de l\u2019Espagne, mais elle a une histoire ou plut\u00f4t une l\u00e9gende, encore une.<\/p>\n<p>On raconte que Murillo croisa un jour une gitane.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je vais vous lire l\u2019avenir, caballero, tendez-moi votre main droite\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Murillo s\u2019ex\u00e9cuta, lui l\u2019homme de foi, mais comme tout bon Espagnol, un peu superstitieux.<\/p>\n<p>\u00ab Je me dois de vous mettre en garde \u00bb, poursuivit la gitane, un peu troubl\u00e9e, \u00ab vous avez de belles mains d\u2019artiste, mais j\u2019y vois un \u00e9v\u00e9nement qui est un avertissement : \u00e0 partir d\u2019aujourd\u2019hui, vous ne devrez plus jamais assister \u00e0 un mariage, il en va de votre vie \u00bb.<\/p>\n<p>Murillo, quelque peu secou\u00e9 et pourtant peu enclin \u00e0 croire tout ce que pouvait pr\u00e9dire une diseuse de bonne aventure, \u00e9couta cependant le conseil de la gitane et trouva mille excuses pour ne pas de se rendre \u00e0 des mariages.<\/p>\n<p>Le 3 avril 1682, alors qu\u2019il ex\u00e9cutait un tableau monumental, il tomba d\u2019un \u00e9chafaudage provoquant une rupture intestinale li\u00e9e \u00e0 une ancienne hernie. Il s\u2019agissait, on l\u2019aura sans doute devin\u00e9, du tableau du <em>Mariage mystique de Sainte Catherine<\/em>\u2026<\/p>\n<p>Cet accident ne manqua pas de frapper les esprits\u00a0encore longtemps ; on le comm\u00e9mora m\u00eame en 1862 par un concours de peintures organis\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie des Beaux-Arts de Cadix auquel participa Manuel Cabral Aguado Bejarano dont &lsquo;<em>La chute de Murillo<\/em> est&rsquo; expos\u00e9 dans cette m\u00eame ville et, comme un clin d\u2019\u0153il \u00e0 la l\u00e9gende, il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des fameuses noces de Murillo.<\/p>\n<ul>\n<li>S\u00e9ville, ville de l\u00e9gendes.<\/li>\n<li><strong>Jean Michel Wissmer<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<div class=\"portfolio-content\"><ul class=\"portfolio-area\"><li data-id=\"id-1\" data-type=\"cat-item-\" class=\"portfolio-item2\">\r\n <a class=\"image-zoom\" href=\"https:\/\/12h71.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/demokratisasyonjounalismE.jpg\" rel=\"prettyPhoto[gallery]\" title=\"12H71\"><div><span class=\"image-block\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/12h71.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/demokratisasyonjounalismE.jpg\" alt=\"12H71\" title=\"12H71\"\/><\/span><\/div><\/a>\r\n            <\/li>\r\n\t\t\t<\/ul><div class=\"clear\"><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Murillo et les l\u00e9gendes de S\u00e9ville par Jean Michel Wissmer Les \u00e9glises et les mus\u00e9es de S\u00e9ville abritent de nombreuses \u0153uvres de Bartolom\u00e9 Esteb\u00e1n Murillo (1617-1682), un peintre qui a fait toute sa carri\u00e8re dans cette magnifique capitale de l\u2019Andalousie, riche de l\u00e9gendes. 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