{"id":8213,"date":"2009-01-23T16:36:19","date_gmt":"2009-01-23T16:36:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/?p=1175"},"modified":"2009-01-23T16:36:19","modified_gmt":"2009-01-23T16:36:19","slug":"de-massinissa-m-kadhafi-impressions-de-voyage-en-libye","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=8213","title":{"rendered":"\u00ab De Massinissa ? M. Kadhafi : impressions de voyage en Libye \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/OdileWattelCarte-Libye-8f85a.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-1176\" alt=\"\u00ab De Massinissa ? M. Kadhafi : impressions de voyage en Libye \u00bb\" src=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/OdileWattelCarte-Libye-8f85a.gif\" width=\"218\" height=\"102\" \/><\/a> L<\/strong>a Tripolitaine (Libye occidentale), capitale OEA (Tripoli) offre des vestiges spectaculaires de la civilisation romaine, qui a commenc? au temps de la deuxi?me guerre punique et a atteint son acm? sous l\u2019empereur \u00ab africain \u00bb, Septime S?v?re (193-211 ap. J. C.), originaire de Leptis Magna. Cette cit? de la petite Syrte servit aussi de refuge au grand aguellid masyle, Massinissa, entre 205 et 203 (av. J. C.), apr?s la victoire de son rival masaesyle, Syphax, le puissant souverain d\u2019un royaume couvrant le Maroc oriental et les deux tiers de l\u2019Alg?rie actuels. Ce dernier fit ainsi reculer ses fronti?res orientales en annexant la r?gion de Cirta (Constantine). L\u2019exil de Massinissa en Libye allait sceller l\u2019alliance de l\u2019aguellid et des Romains, d?s la fin de la deuxi?me guerre punique et permettre une revanche foudroyante du Masyle en 203, avec la reconqu?te de Cirta et la destruction du royaume masaesyle. Massinissa devint alors le ma?tre de tous les territoires compris entre la Maur?tanie (Maroc) et la province punique de Carthage, correspondant ? l\u2019Alg?rie orientale et la Tunisie occidentale.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/OdileWattelLibia-baefc.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-1177\" alt=\"\u00ab De Massinissa ? M. Kadhafi : impressions de voyage en Libye \u00bb\" src=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/OdileWattelLibia-baefc.gif\" width=\"218\" height=\"211\" \/><\/a>Si les Romains, en particulier, Scipion \u00ab l\u2019Africain \u00bb, jou?rent un r?le non n?gligeable dans cette revanche, Massinissa en fut le principal protagoniste : il fit une entr?e triomphale dans Cirta en 203 et r?tablit le pouvoir que sa famille exer?ait depuis au moins quatre g?n?rations. Dans les ann?es 220, son p?re, Gaia, s\u2019?tait empar? de ce territoire, jadis contr?l? par les Puniques, avant de s\u2019allier avec Carthage contre Syphax en 213. Massinissa lui-m?me avait combattu en 212-206 aux c?t?s des Carthaginois, contre les Romains en Espagne. Mais, suite ? son retour d?finitif en Afrique, en 206, il ne cessa de faire valoir ses droits ? la succession de son p?re, sans doute d?c?d? la m?me ann?e et de multiplier les initiatives pour promouvoir une Berb?rie unifi?e et ind?pendante. Ainsi, d?s l\u2019automne 206, s\u2019allia-t-il ? Baga, le roi des Maures, puis apr?s la restauration de l\u2019Etat masyle, vers 203-202, il entama la conqu?te des pays masaesyles, de 200 ? 193, avec l\u2019intention de devenir le ma?tre des destin?es de la Berb?rie. Dans les ann?es 174-150, les comptoirs (emporia) puniques et le territoire de Carthage constituaient les derniers p?les de son ambition, si les Romains n\u2019y avaient mis pas un terme en 148 , ann?e o? le vieil aguellid d?c?da ? l\u2019?ge de 90 ans !.<br \/>\nCe souverain fut un chef exceptionnel, dont le physionomie barbue, ? la chevelure abondante est r?v?l?e par l\u2019iconographie mon?taire. Son endurance ?tait exceptionnelle, puisqu\u2019? :85 ans, il ?tait encore capable de combattre ? cheval la journ?e enti?re. Une personnalit? pleine de contrastes, alliant les m?urs primitives d\u2019un chef de tribus aux fastes d\u2019un souverain de type hell?nistique, et parlant le latin aussi bien que le grec. Jamais le Maghreb ne fut plus pr?s de r?aliser une nation libre et de d?velopper une civilisation autonome que sous son r?gne : selon Tite-Live, Massinissa ?tait aussi x?nophobe ? l\u2019?gard des Ph?niciens que des Romains et souhaitait que \u00ab l\u2019Afrique appartienne aux Africains \u00bb. Strabon, quant ? lui, affirmait qu\u2019il \u00ab rendit les berb?res cultivateurs et les civilisa \u00bb. Les Romains qualifi?rent cette civilisation de \u00ab numide \u00bb. Un terme latin (numida), inconnu de l\u2019onomastique berb?re, qui caract?riserait le degr? d\u2019?volution de l\u2019Etat cr?? par Massinissa : un syncr?tisme r?ussi entre la civilisation berb?re et la tradition ?tatique carthaginoise. Le plus grand m?rite de Massinissa fut d\u2019int?grer un peuple de nomades dans un Etat moderne, par le biais de la s?dentarisation : administration, fiscalit?, diplomatie, urbanisation furent les r?alisations les plus spectaculaires de ce r?gime. La \u00ab r?volution politique \u00bb fut d\u2019imposer un Etat numide viable, gr?ce ? un budget financ? par des ressources r?guli?res, dot? d\u2019une diplomatie, d\u2019une arm?e et d\u2019une flotte permanentes. La \u00ab r?volution ?conomique \u00bb consista ? substituer l\u2019agriculture ? la vie pastorale et ? prot?ger les cultivateurs des incursions de nomades ; enfin la \u00ab r?volution culturelle \u00bb, fut d\u2019introduire le syst?me alphab?tique ph?nicien et de favoriser l\u2019apparition de l\u2019?criture \u00ab libyque \u00bb. Le culte de la personnalit? faisait aussi partie du syst?me politique, puisque Massinissa s\u2019identifia ? un dieu et instaura un culte dynastique, inspir? du mod?le hell?nistique. Son ambition ?tait de transmettre le tr?ne ? ses fils en ligne directe (la tradition lui en attribue quarante quatre !) ; ce qui allait ? l\u2019encontre de la r?gle agnatique en vigueur chez les Masyles. Les Romains, qui redoutaient la constitution d\u2019un \u00ab empire berb?re \u00bb se charg?rent de diviser ce royaume d?s 148 : Scipion Emilien, fils de Paul Emile, le vaincu de Cannes, adopt? par Scipion l\u2019Africain, fut le fossoyeur de la Numidie masyle : il divisa entre trois des fils de l\u2019aguellid un pouvoir que Massinissa avait rendu redoutable. La Numidie devint une province \u00ab satellite \u00bb de Rome sous Micipsa (148-118) et les vaines tentatives de Jugurtha, (l\u2019un des petits-fils de Massinissa), pour restaurer l\u2019Etat masyle unifi? furent ? l\u2019origine d\u2019un conflit sans issue contre Rome (112-105). St?phane Gsell a pu dire que, apr?s Massinissa, le Maghreb ne trouva pas d\u2019autre aguellid dou? de qualit?s aussi exceptionnelles : \u00ab Il fut le plus grand entre les plus grands souverains de la Berb?rie, l\u2019Almoravide Youssef ben Tachfine, l\u2019Almohade Abd el Moumen, le ch?rif marocain Moulay Isma?l, qui ? bien d\u2019autres ?gards lui ressembl?rent\u2026 \u00bb (Histoire de l\u2019Afrique du Nord, Paris, 1913-1928).<br \/>\nA titre personnel, nous pensons que Moammar El Kadhafi , pourrait s\u2019inscrire dans la lign?e de ce chef d\u2019Etat exceptionnel que fut Massinissa, au risque d\u2019?tre incomprise d\u2019une opinion publique mal inform?e sur la Libye. Un r?cent voyage dans ce pays, en tant qu\u2019accompagnateur d\u2019une association universitaire pour la promotion arch?ologique des pays m?diterran?ens, nous a permis de constater les aspects positifs et souvent inconnus du programme \u00ab jamahiryien \u00bb de M. El Kadhafi.<br \/>\nL\u2019Etat de masse (Jamahiriya) libyen a ?t? ?labor? apr?s la \u00ab r?volution de velours \u00bb de 1969, qui a renvers? sans effusion de sang le royaume d\u2019Idriss (1951-1969) par l\u2019un des officiers du Conseil de Commandement de la R?volution (CCR), M. El Kadhafi.<br \/>\nN? en 1942, dans une famille b?douine nomadisante de la r?gion de Syrte, o? il fit une partie des ses ?tudes primaires et secondaires, M. Kadhafi nourrit des ambitions politiques inspir?es du nass?risme pour son pays. Non-alignement, anti-communisme, ferveur islamiste, (mais ? l\u2019oppos? de l\u2019int?grisme musulman) restent les valeurs premi?res du leader, qui ?labora de 1969 ? 1978 un projet politique plus personnel, fond? sur une d?mocratie directe du peuple, bien ?loign?e du parlementarisme traditionnel : la \u00ab Jamahiriya \u00bb. Ce programme politique, qui n\u2019est pas sans similitudes avec celui de Massinissa, fut expos? dans les trois tomes du petit \u00ab Livre vert \u00bb, r?dig? entre 1969 et 1978. Le panarabisme est le premier objectif du leader pour redonner ? la nation arabe les moyens d\u2019effacer les traces de la domination occidentale. La r?unification du monde arabe est indissociable de l\u2019islam, m?me si le leader se m?fie de l\u2019int?grisme des religieux : \u00ab La religion de Mahomet est une chose. L\u2019Islam en est une autre\u2026Cela veut bien dire que l\u2019islam est la religion de l\u2019unit? et de la soumission ? Dieu \u00bb. La seconde composante de la doctrine \u00ab jamahiriyenne \u00bb est un appel vibrant ? un projet unitaire arabe, auquel seraient associ?es les masses populaires et qui fut ?nonc?, le 15 avril 1973, dans le discours de Zwara. Apr?s l\u2019?ph?m?re \u00ab R?publique arabe unie \u00bb de 1971-1973 (Libye-Egypte-Syrie), fut instaur?e la \u00ab R?publique arabe islamique \u00bb de 1974 (Libye-Tunisie), puis se multipli?rent les fusions syro- libyenne de 1980, libyo-tchadienne de 1981, suivies des trait?s de \u00ab fraternit? et de concorde \u00bb tuniso-alg?rien et de l\u2019Union arabo-africaine avec le Maroc en 1983. Ces projets d\u2019unions r?gionales, au nom de la nation arabe, connurent des fortunes diverses, mais se prolong?rent jusqu\u2019? une date r?cente avec la m?me d?marche volontariste : union du Maghreb arabe en 1989, Charte d\u2019int?gration soudano-libyenne en 1990, COMESSA (communaut? des 11 Etats sah?lo-sahariens en 1998). Enfin depuis juillet 2000, le projet d\u2019Union africaine d?fendu par M. El Kadhafi, n\u2019est pas sans rappeler les ambitions de Massinissa pour promouvoir \u00ab une Afrique aux Africains \u00bb.<br \/>\nLe troisi?me volet de la Jamahiriya reste sans aucun doute la r?ussite de la politique ?conomique : de tous les Etats sahariens, la Libye est le plus avanc? ?conomiquement, gr?ce ? l\u2019or noir (p?trole), la politique de grand travaux (grande rivi?re artificielle), la c?r?aliculture du d?sert, autant de correspondances avec la politique s?dentarisation des nomades de Massinissa. M. El Kadhafi et l\u2019aguellid masyle, au IIIe si?cle (av. J. C.) se sont appuy?s sur le mythe du \u00ab nomadisme \u00bb pour f?d?rer et solidifier leurs Etats respectifs. En Libye, le tribalisme s\u2019est institutionnalis? apr?s la r?volution de 1969 ; apr?s la seconde guerre mondiale, seul un Libyen sur quatre vivait sous la tente (en 1965 : un sur dix), le leader Kadhafi, lui a donn? ses titres de noblesse, en adoptant le mode de vie des B?douins (la tente de sa r?sidence de Tripoli), en arguant des \u00ab avantages de la tribu \u00bb dans le Livre vert (p.74 sq) et en appuyant le d?veloppement ?conomique du pays sur le client?lisme. Associ? ? la rente p?troli?re, le mythe \u00ab nomade \u00bb fut ? l\u2019origine du \u00ab take off \u00bb de l\u2019?conomie libyenne, depuis les ann?es 1986. S?dentarisation, restructuration urbaine, d?centralisation, renouveau agricole du Fezzan, niveau de vie par habitant dix fois sup?rieur ? celui des Alg?riens, autant de donn?es qui assimilent la Libye au club privil?gi? des Etats du Golfe et t?moignent par ailleurs de la compatibilit? entre la tradition nomade et l\u2019?conomie de march?.<br \/>\nSi les correspondances entre les objectifs politiques de Massinissa et de M. El Kadhafi ne doivent pas ?tre exag?r?s, sous peine de susciter des anachronismes historiques ?vidents, les similitudes entre ces deux personnages, sur certains points demeurent troublantes : les origines ethniques des deux hommes, le sentiment partag? que \u00ab l\u2019Afrique appartient aux Africains \u00bb, ainsi que cette d?termination r?ciproque de f?d?rer les Berb?res dans une union ?tatique ? caract?re r?gionaliste. Les difficult?s rencontr?es par les deux chefs d\u2019Etat pour mener ? bien cette entreprise semblent li?es ? la topographie de ces contr?es d\u2019Afrique du Nord : si ? premi?re vue, l\u2019orientation est-ouest du relief semble favoriser les communications entre les diff?rentes r?gions, la Berb?rie reste une zone de passage sans p?le f?d?rateur : l\u2019Ouest regarde vers l\u2019Atlantique et l\u2019Est vers la M?diterran?e orientale, l\u2019arri?re pays ?tant constitu? par un agr?gat de hauts plateaux et de plaines steppiques isol?es ; seule la frange littorale reste facile d\u2019acc?s, mais on ne doit pas oublier que mille cinq cents kilom?tres s?parent Tanger de Carthage. Dans ces conditions, on comprend mieux que le r?ve bien l?gitime d\u2019une unit? politique solide de la Berb?rie reste un projet plus ou moins utopique depuis l\u2019Antiquit?.<br \/>\n\u00ab La tribu est une famille qui s\u2019est agrandie sous l\u2019effet des naissances. Il s\u2019ensuit que la tribu constitue une grande famille. De m?me la nation est une tribu qui s\u2019est agrandie par l\u2019effet d?mographique. La nation est donc une grande tribu \u2026 \u00bb \u00ab Les avantages de la tribu Constituant une grande famille, la tribu garantit ? ses membres les m?mes bienfaits mat?riels et les m?mes avantages sociaux que la famille. Car la tribu est une famille au second degr?\u2026La tribu est un \u00ab parapluie \u00bb social naturel assurant la s?curit? dans la soci?t?. En vertu de ses traditions, elle garantit collectivement ? ses membres le paiement des ran?ons et des amendes ainsi que la vengeance et la d?fense, c\u2019est-?-dire une protection sociale&#8230;\u00bb (M. El Kadhafi, Le Livre vert)<br \/>\n<i>Odile Wattel-de Croizant (Agr?g?e d\u2019histoire ; Dr ?s Lettres et Sciences humaines ; Pr?sidente de l\u2019Association internationale d\u2019Europe ? l\u2019Europe, Paris)<\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Tripolitaine (Libye occidentale), capitale OEA (Tripoli) offre des vestiges spectaculaires de la civilisation romaine, qui a commenc? au temps de la deuxi?me guerre punique et a atteint son acm? sous l\u2019empereur \u00ab africain \u00bb, Septime S?v?re (193-211 ap. J. C.), originaire de Leptis Magna. 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