{"id":8250,"date":"2010-05-28T02:04:24","date_gmt":"2010-05-28T02:04:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/?p=486"},"modified":"2010-05-28T02:04:24","modified_gmt":"2010-05-28T02:04:24","slug":"les-nations-unies-de-la-poesie-feminine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=8250","title":{"rendered":"Les \u201cNations Unies\u201d de la po\u00e9sie f\u00e9minine"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-487\" alt=\"JMW-Poesie-25a93\" src=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/JMW-Poesie-25a93.gif\" width=\"218\" height=\"271\" \/><br \/>\nUn grand projet que l\u2019on pourrait qualifier de \u00ab\u00a0onusien\u00a0\u00bb a vu le jour au Mexique sous l\u2019\u00e9gide de son Ph\u00e9nix, Sor Juana In\u00e9s de la Cruz (1648-1695). Reconnue comme la plus grande po\u00e9tesse de l\u2019\u00e9poque coloniale hispano-am\u00e9ricaine, cette religieuse \u00e9crivit une \u0153uvre d\u2019une surprenante audace et d\u2019une grande vari\u00e9t\u00e9, n\u2019h\u00e9sitant pas &#8211; malgr\u00e9 son statut de nonne clo\u00eetr\u00e9e &#8211; \u00e0 composer des po\u00e8mes d\u2019amour profane, des pi\u00e8ces de cape et d\u2019\u00e9p\u00e9e et m\u00eame des satires sexuelles, cela \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de textes religieux et de chants de f\u00eates.<br \/>\nConsid\u00e9r\u00e9e comme la premi\u00e8re f\u00e9ministe d\u2019Am\u00e9rique en raison de ses positions en faveur du droit des femmes \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00e9tude et \u00e0 la connaissance, elle eut maille \u00e0 partir avec sa hi\u00e9rarchie religieuse qui finit par la juger en secret et \u00e0 lui imposer le silence. Son \u0153uvre fut cependant publi\u00e9e de son vivant en Espagne avec un immense retentissement. Tomb\u00e9e quelque peu dans l\u2019oubli, elle fut \u00ab\u00a0red\u00e9couverte\u00a0\u00bb il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es et, depuis, le Mexique n\u2019a cess\u00e9 de la c\u00e9l\u00e9brer \u00e0 l\u2019occasion de multiples rencontres, colloques et publications. La derni\u00e8re initiative en date est n\u00e9e dans le village m\u00eame o\u00f9 Sor Juana vit le jour, San Miguel Nepantla, \u00e0 une cinquantaine de kilom\u00e8tres de Mexico. On la doit au Centre Culturel Sor Juana In\u00e9s de la Cruz install\u00e9 autour des vestiges de la maison de la po\u00e9tesse. L\u2019objectif de ce projet international est double\u00a0: mieux faire conna\u00eetre Sor Juana \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et inviter les pays int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 proposer une po\u00e9tesse nationale d\u2019envergure qui serait \u00e0 son tour pr\u00e9sent\u00e9e au Mexique.<br \/>\nCe projet ambitieux appel\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e2mes jumelles de Sor Juana\u00a0\u00bb sugg\u00e8re qu\u2019il existe une communaut\u00e9 d\u2019\u00e2me, une sensibilit\u00e9 que partagent des femmes de tous les pays et de tous les horizons, sensibilit\u00e9 exprim\u00e9e \u00e0 travers des po\u00e8mes souvent inspir\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience amoureuse ou religieuse. La vogue des \u00ab\u00a0\u00e9tudes de genre\u00a0\u00bb a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019une femme &#8211; en raison du contexte social et culturel qui l\u2019entoure &#8211; ne peut \u00e9crire tout \u00e0 fait comme un homme.<br \/>\nCe projet a d\u00e9j\u00e0 suscit\u00e9 beaucoup d\u2019enthousiasme et 19 pays aussi vari\u00e9s que l\u2019Inde, la Gr\u00e8ce ou le Japon ont r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel. Les pays latino-am\u00e9ricains sont pour l\u2019instant particuli\u00e8rement bien repr\u00e9sent\u00e9s, et l\u2019on pourra citer Alfonsina Storni pour l\u2019Argentine (bien que n\u00e9e au Tessin)\u00a0; Jer\u00f3nima de Velasco pour l\u2019Equateur\u00a0; Altagracia Savi\u00f1\u00f3n pour la R\u00e9publique Dominicaine\u00a0; Gabriela Mistral pour le Chili et Maria Firmina Dos Reis pour le Br\u00e9sil. Quant \u00e0 l\u2019Espagne, elle est d\u00e9fendue par Rosal\u00eda de Castro. Toutes ces po\u00e9tesses \u00e9crivirent au XIXe et au XXe si\u00e8cles, ce qui est aussi le cas de la plupart des autres po\u00e9tesses s\u00e9lectionn\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent.<br \/>\nDans l\u2019\u00e9tat actuel du projet, seules cinq po\u00e9tesses appartiennent \u00e0 d\u2019autres \u00e9poques. C\u2019est le cas de deux contemporaines de Sor Juana et religieuses comme elle, la Portugaise Sor Violante do C\u00e9u et la Colombienne Madre Castillo.<br \/>\nQuant au XVIe si\u00e8cle, il est repr\u00e9sent\u00e9 par la Fran\u00e7aise Louise Lab\u00e9 et l\u2019Italienne Vittoria Colonna. Pour le moment, le XVIIIe si\u00e8cle est encore le parent pauvre mais il est vrai que ce si\u00e8cle fut avant tout pour les femmes celui des romans \u00e9pistolaires et moins celui de la po\u00e9sie.<br \/>\nPlus loin dans le temps nous trouvons la Japonaise Ono no Komachi, po\u00e9tesse du IXe si\u00e8cle, consid\u00e9r\u00e9e dans son pays comme l\u2019une des \u00ab\u00a0Six Immortels\u00a0\u00bb de la po\u00e9sie. Son \u0153uvre est inspir\u00e9e par l\u2019amour et la d\u00e9sillusion\u00a0; certains de ses po\u00e8mes auraient pu \u00eatre sign\u00e9s par une \u00ab\u00a0\u00e2me jumelle\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9poque baroque, comme le prouvent ces vers\u00a0: \u00ab\u00a0Si seulement j\u2019avais su que j\u2019\u00e9tais en train de r\u00eaver, jamais je ne me serais r\u00e9veill\u00e9e\u00a0\u00bb.<br \/>\nLa Suisse n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e et les Suisses eux-m\u00eames vont peut-\u00eatre d\u00e9couvrir l\u2019\u00e9tonnante po\u00e9tesse qui les repr\u00e9sente. Il s\u2019agit d\u2019Alice de Chambrier n\u00e9e \u00e0 Neuch\u00e2tel en 1861 et morte \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 21 ans d\u2019un coma diab\u00e9tique. Ayant commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire \u00e0 16 ans, cette jeune fille nous a l\u00e9gu\u00e9 une \u0153uvre d\u2019une maturit\u00e9 et d\u2019une beaut\u00e9 remarquables dont l\u2019inspiration est clairement romantique. Elle composa pr\u00e8s de 200 po\u00e9sies, des nouvelles et r\u00e9cits et des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre. Comme Sor Juana, elle fut en quelque sorte \u00ab\u00a0red\u00e9couverte\u00a0\u00bb il y a peu, et ces vers de son po\u00e8me \u00ab\u00a0Amiti\u00e9\u00a0\u00bb prouvent \u00e0 quel point on peut la consid\u00e9rer comme une \u00ab\u00a0\u00e2me jumelle\u00a0\u00bb de la po\u00e9tesse mexicaine.<br \/>\nPeut-\u00eatre existe-t-il une \u00e2me sur la terre<br \/>\nPour la mienne cr\u00e9\u00e9e, et dont elle est la s\u0153ur\u00a0:<br \/>\nHeureuse et fortun\u00e9e, ou pauvre et solitaire,<br \/>\nElle me comprendrait et lirait dans mon c\u0153ur<br \/>\nCe projet qui devrait mobiliser les Autorit\u00e9s culturelles des pays concern\u00e9s est, esp\u00e9rons-le, vou\u00e9 \u00e0 un bel avenir. C\u2019est ce que nous souhaitons \u00e0 ces \u00ab\u00a0Nations Unies\u00a0\u00bb de la po\u00e9sie f\u00e9minine\u00a0!<br \/>\n<i><strong>Jean-Michel Wissmer<\/strong><\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un grand projet que l\u2019on pourrait qualifier de \u00ab\u00a0onusien\u00a0\u00bb a vu le jour au Mexique sous l\u2019\u00e9gide de son Ph\u00e9nix, Sor Juana In\u00e9s de la Cruz (1648-1695). 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