{"id":8258,"date":"2011-08-16T22:27:04","date_gmt":"2011-08-16T22:27:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/?p=731"},"modified":"2011-08-16T22:27:04","modified_gmt":"2011-08-16T22:27:04","slug":"interview-dalain-leroy-secretaire-general-adjoint-de-lo-n-u-ex-patron-des-operations-du-maintien-de-la-paix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=8258","title":{"rendered":"Interview d\u2019Alain Leroy, Secr\u00e9taire-g\u00e9n\u00e9ral adjoint de l\u2019O.N.U., ex patron des op\u00e9rations du maintien de la paix"},"content":{"rendered":"<p><i><a href=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/shutterstock_62341357.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-38\" alt=\"International Newspapers\" src=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/shutterstock_62341357-300x225.jpg\" width=\"300\" height=\"225\" \/><\/a>Apr\u00e8s une carri\u00e8re dans le secteur priv\u00e9, -notamment 10 ans au sein du groupe p\u00e9trolier fran\u00e7ais Total, Alain Leroy entre dans la fonction publique en 1990. Il occupe le poste de sous-pr\u00e9fet, directeur de cabinet du pr\u00e9fet de l\u2019Eure-et-Loir (Chartres), avant d\u2019occuper celui de sous-pr\u00e9fet d\u2019Avallon (Yonne). Il devient chef de cabinet du Ministre de l\u2019Agriculture, Jean-Pierre Soisson, puis conseiller r\u00e9f\u00e9rendaire \u00e0 la Cour des comptes en 1993. En 1995, il est nomm\u00e9 coordonnateur sp\u00e9cial adjoint des Nations unies \u00e0 Sarajevo. Il est ensuite envoy\u00e9 en mission en Mauritanie dans le cadre du PNUD, et au Kosovo, de juillet 1999 \u00e0 juillet 2000. Il devient repr\u00e9sentant sp\u00e9cial de l\u2019Union europ\u00e9enne en Mac\u00e9doine, puis directeur des affaires \u00e9conomiques au Minist\u00e8re fran\u00e7ais des Affaires \u00e9trang\u00e8res. De 2006 \u00e0 2007, il occupe le poste d\u2019ambassadeur de France \u00e0 Madagascar, puis en septembre 2007, celui d\u2019ambassadeur, charg\u00e9 du projet d\u2019Union pour la M\u00e9diterran\u00e9e, aupr\u00e8s du Pr\u00e9sident Nicolas Sarkozy. En septembre 2008, il est nomm\u00e9 Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral adjoint de l\u2019O.N.U. et prend la t\u00eate des op\u00e9rations du maintien de la paix, poste qu\u2019il a quitt\u00e9 le 10 aout 2011.<\/i><br \/>\n<strong>Q\u00a0: Vous avez l\u2019exp\u00e9rience du secteur priv\u00e9 et de l\u2019international. Quelles sont les diff\u00e9rences entre ces deux secteurs\u00a0?<\/strong><br \/>\nA.L.\u00a0: A mon sens, la principale diff\u00e9rence, c\u2019est le conseil d\u2019administration. Au sein d\u2019une compagnie priv\u00e9e, il est compos\u00e9 de 15 personnes. Au cours de ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es, mon conseil d\u2019administration a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 de 192 \u2013pardon 193 pays depuis peu, avec l\u2019admission du Sud-Soudan, qui tous, avaient leur mot \u00e0 dire, et qui tous, avaient des vues et des int\u00e9r\u00eats contradictoires. Parmi ces pays, 120 participent aux op\u00e9rations de maintien de la paix. Certains tr\u00e8s peu, d\u2019autres, de fa\u00e7on importante. Une autre diff\u00e9rence, et non des moindres, c\u2019est le consensus qu\u2019il faut trouver, non pas entre des individus, mais entre des nations, des \u00e9tats. C\u2019est extraordinairement complexe.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Avez-vous eu les mains libres pour mener \u00e0 bien vos actions\u00a0?<\/strong><br \/>\nA.L.\u00a0: Oui, j\u2019ai eu les mains libres, car le Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral m\u2019a fait une totale confiance depuis le d\u00e9but, jusqu\u2019\u00e0 la fin de mon mandat. Il m\u2019a soutenu quand j\u2019en avais besoin, et chaque fois que j\u2019en avais besoin. Les membres du conseil de s\u00e9curit\u00e9 m\u2019ont globalement fait confiance. Il serait juste de dire que j\u2019ai eu deux patrons, le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral et le Conseil de s\u00e9curit\u00e9. Bien entendu, c\u2019est au d\u00e9partement des op\u00e9rations du maintien de la paix qu\u2019il incombe de mettre en \u0153uvre les mandats du conseil de s\u00e9curit\u00e9. Des mandats parfois incroyablement compliqu\u00e9s, puisqu\u2019il s\u2019agit de trouver les 15-20 ou 30 pays pr\u00eats \u00e0 participer \u00e0 telle op\u00e9ration dans tel pays, de les faire travailler ensemble, de faire en sorte qu\u2019ils soient tous au m\u00eame niveau, et qu\u2019ils apportent les \u00e9quipements n\u00e9cessaires. Ensuite, il faut veiller \u00e0 ce que les relations avec les autorit\u00e9s des pays dans lesquels la mission est d\u00e9ploy\u00e9e soient bonnes. Je suis en contact permanent avec les ambassadeurs des pays, les \u00ab\u00a0parties prenantes\u00a0\u00bb comme on dit\u00a0: il y a ceux qui s\u2019int\u00e9ressent au Congo et ceux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 Ha\u00efti ou au Timor. A chaque fois, ce sont des groupes de pays tr\u00e8s diff\u00e9rents. Notre r\u00f4le, c\u2019est de faire fonctionner tout cela.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Perez De Cuellar avait un jour d\u00e9clar\u00e9 \u00ab\u00a0les r\u00e9solutions du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 sont pour moi une \u2018camisole de force\u2019. Pensez-vous que cela soit toujours vrai\u00a0?<\/strong><br \/>\nA.L.\u00a0: Je n\u2019emploierais pas le terme \u2018camisole de force\u2019. Je dirai qu\u2019aujourd\u2019hui, les r\u00e9solutions sont beaucoup plus d\u00e9taill\u00e9es et plus longues qu\u2019elles ne l\u2019\u00e9taient il y a dix ou vingt ans, et les missions sont devenues plus multidimensionnelles et plus complexes. Auparavant, que ce soient au sommet du Golan ou \u00e0 Chypre, nous avions des missions d\u2019interposition dot\u00e9e d\u2019un objectif principal. En R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo, nous avons 40 t\u00e2ches diff\u00e9rentes. Lorsque, dans une r\u00e9solution, une simple phrase nous demande de prot\u00e9ger les civils\u00a0; lorsque les civils en question sont 10 voire 20 millions, et que nous ne disposons que de 18,000 hommes, -notre chiffre maximal, il nous est impossible de placer un casque bleu derri\u00e8re chaque civil. Les mandats g\u00e9n\u00e8rent des attentes parfois impossibles \u00e0 remplir parfaitement. Prenons l\u2019exemple du Congo et du Soudan, deux pays qui poss\u00e8dent tr\u00e8s peu d\u2019infrastructures. Ce dont nous aurions besoin, ce sont de moyens de transport \u2013ces fameux h\u00e9licopt\u00e8res militaires que nous ne parvenons pas \u00e0 obtenir. Donc ressources insuffisantes, et mandat inadapt\u00e9 par rapport aux ressources dont nous pouvons disposer.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Lorsqu\u2019une mission est d\u00e9ploy\u00e9e dans un pays, les habitants accueillent, dans un premier temps, les casques bleus avec beaucoup d\u2019espoir. Pourtant, peu \u00e0 peu, les relations se d\u00e9gradent jusqu\u2019\u00e0 devenir carr\u00e9ment hostiles. Quelles en sont les raisons\u00a0? Pourrait-on mieux faire\u00a0?<\/strong><br \/>\nA.L.\u00a0: On peut toujours mieux faire. Il arrive que dans certaines situations les gens s\u2019en prennent \u00e0 l\u2019ONU, mais tr\u00e8s majoritairement, ce n\u2019est pas le cas. Il y a peu, je me suis rendu au Lib\u00e9ria o\u00f9 nous sommes depuis plusieurs ann\u00e9es. La population adore l\u2019ONU et demande qu\u2019elle reste. Quand le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral s\u2019est rendu en C\u00f4te d\u2019Ivoire, les gens scandaient son nom et nous avons re\u00e7u des milliers de lettres de remerciements. En Ha\u00efti, les habitants sont contents de la pr\u00e9sence de la MINUSTA. Certains diront que la pr\u00e9sence d\u2019une force \u00e9trang\u00e8re est une atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9, et je les comprends, tout comme ceux qui pensent que nous devons \u00eatre sur le terrain pour une dur\u00e9e limit\u00e9e. Je me suis rendu tr\u00e8s souvent au Congo, notamment dans l\u2019Est, et majoritairement, les populations m\u2019ont fait un accueil fantastique. Bien entendu, il y en a qui se plaignent parce qu\u2019on n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 capables de les prot\u00e9ger. Aujourd\u2019hui encore au Congo, les populations de l\u2019Est ne demandent qu\u2019une chose\u00a0: que nous restions. Comme vous le savez, nous allons fermer la mission du Timor. Nous allons r\u00e9duire nos missions au Lib\u00e9ria, en Ha\u00efti et en C\u00f4te d\u2019Ivoire -apr\u00e8s les \u00e9lections dans chacun de ces pays. Quand le pr\u00e9sident Ramos Horta d\u00e9clare devant le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 que sans les Nations Unies, son pays serait dans le chaos total\u00a0; lorsque Ellen Johnson Sirleaf, la pr\u00e9sidente du Lib\u00e9ria dit la m\u00eame chose, cela est r\u00e9confortant. Il y a des endroits effectivement, -je pense \u00e0 la trag\u00e9die des Balkans, \u00e0 Srebrenica, o\u00f9 les gens ne nous font plus confiance pour des raisons que je comprends tr\u00e8s bien. Dans certains pays, il y a des cat\u00e9gories de personnes qui ne nous aiment pas et qui, de temps en temps, nous lancent des pierres. Nous sommes jug\u00e9s partiaux lorsque nous cherchons \u00e0 d\u00e9fendre une cause.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Comment am\u00e9liorer la qualit\u00e9 des casques bleus sur le terrain\u00a0? On a souvent l\u2019impression qu\u2019ils n\u2019ont aucune id\u00e9e des endroits dans lesquels ils sont envoy\u00e9s. Comment faire pour qu\u2019ils respectent les habitants et leurs coutumes\u00a0?<\/strong><br \/>\nA.L.\u00a0: C\u2019est vrai pour toutes les arm\u00e9es du monde. Je pourrais vous dire que les soldats de l\u2019OTAN qui vont en Afghanistan pour leur premi\u00e8re rotation, d\u00e9couvrent un environnement auquel ils ne sont absolument pas habitu\u00e9s. Au d\u00e9but, ils sont perdus. C\u2019est vrai pour les soldats en Irak. C\u2019est vrai partout. Nous d\u00e9ployons beaucoup d\u2019\u00e9nergie dans la formation d\u2019avant le d\u00e9ploiement des forces. Nous donnons des briefings sur place et dans les pays d\u2019origine. Nous faisons notre maximum, mais cela ne remplacera jamais l\u2019exp\u00e9rience. C\u2019est pour cette raison que nous souhaitons que les rotations soient d\u2019un an et non pas de 4 mois. Pour que les casques bleus aient le temps de comprendre un minimum de la culture du pays. On ne peut pas exiger d\u2019un soldat qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 dans un pays, de le comprendre en 8 jours.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Je ne parlais pas seulement des militaires, mais aussi des civils qui bien souvent ne savent pas pourquoi ils sont dans le pays, et n\u2019ont aucune id\u00e9e du mandat de l\u2019ONU.<\/strong><br \/>\nA.L.\u00a0: Il est vrai qu\u2019il y a un degr\u00e9 tr\u00e8s in\u00e9gal de qualit\u00e9s dans les civils que nous avons. Je me concentre sur les \u00e9quipes dirigeantes. Globalement ils connaissent le pays et le comprennent bien. Ils sont en liaison permanente avec les autorit\u00e9s. Il est vrai que parmi les cadres interm\u00e9diaires, il y en a qui ont un degr\u00e9 de motivation, d\u2019int\u00e9r\u00eat ou de connaissance plus faible. Cela \u00e9tant, nous prenons des gens de tous les pays, pas des sp\u00e9cialistes du pays. C\u2019est la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019ONU d\u2019offrir cette possibilit\u00e9 de participer au maintien de la paix \u00e0 l\u2019ensemble des pays membres. Si on n\u2019envoyait que des sud-am\u00e9ricains en Ha\u00efti ou que des africains en Afrique, je ne suis pas certain que ce serait la bonne solution. Le c\u00f4t\u00e9 universel de l\u2019ONU a \u00e9videmment des avantages et des inconv\u00e9nients. Les casques bleus d\u00e9couvrent une culture qui est tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de la leur, et ils ne comprennent pas le mandat qui est donn\u00e9 \u00e0 l\u2019ONU.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Je ne parlais pas de culture. Je suis persuad\u00e9e qu\u2019envoyer des africains -je l\u2019ai vu en Afrique du Sud-, en Afrique n\u2019est pas la bonne solution. Je me demandais simplement si on ne pouvait pas faire en sorte que les casques bleus, quelle que soit leur couleur, leur religion, et leur lieu d\u2019affectation, sachent au moins ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans le pays o\u00f9 ils sont d\u00e9ploy\u00e9s.<\/strong><br \/>\nA.L.\u00a0: On le fait. Mais il faut savoir qu\u2019on dispose de 120,000 hommes, 84,000 militaires, 16,000 policiers et 20,000 civils. Sur les 20,000 civils, il y en a beaucoup qui sont -dans le jargon onusien- des P2-P3 ou des FS \u2013Field Service-. Ce sont des gens dont on ne peut pas exiger qu\u2019ils aient une compr\u00e9hension des enjeux imm\u00e9diats. Ce qui est tr\u00e8s important pour nous, ce sont les responsables des missions. Il est indispensable qu\u2019ils aient une compr\u00e9hension parfaite des enjeux, ce que je ne peux pas exiger de tous les cadres interm\u00e9diaires. M\u00eame si nous renfor\u00e7ons la formation, certains ne seront jamais au niveau.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Que retiendrez-vous de ces trois ans\u00a0?<\/strong><br \/>\nA.L.\u00a0: De quoi \u00e9crire une encyclop\u00e9die. (Il \u00e9clate de rire). Je pense que je vais \u00e9crire un petit peu, beaucoup, sur mon exp\u00e9rience. Je ne sais pas si je publierai un jour, mais ce fut quand m\u00eame extraordinairement intense\u00a0: le premier jour, je suis parti tr\u00e8s vite pour le Congo parce que la ville de Goma allait \u00eatre prise\u00a0; puis il y a eut le tremblement de terre en Ha\u00efti\u00a0; le Timor. Partout des situations complexes. Au cours de ces 3 ann\u00e9es, il n\u2019y a pas eu de Srebrenica, ni de Rwanda. Nous avons \u00e9vit\u00e9 les erreurs des ann\u00e9es 90. Dans les 15 pays o\u00f9 nous avons une pr\u00e9sence, nous avons fait la diff\u00e9rence. Au Lib\u00e9ria. Au Timor. Au Liban, nous avons r\u00e9duit consid\u00e9rablement le nombre d\u2019incidents par rapport \u00e0 2006. En Ha\u00efti, avant le tremblement de terre, nous avons eu les 5 meilleures ann\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la stabilisation apport\u00e9e par la MINUSTA. En C\u00f4te d\u2019Ivoire, Madame Navi Pillay et Monsieur Luis Moreno Ocampo ont d\u00e9clar\u00e9 que gr\u00e2ce \u00e0 notre action robuste, nous avons \u00e9vit\u00e9 une trag\u00e9die comme celle du Rwanda. La situation au Congo est aujourd\u2019hui trois fois meilleure qu\u2019il y a 3 ans et qu\u2019il y a 10 ans. Il y a bien des missions o\u00f9 la situation n\u2019a pas \u00e9volu\u00e9\u00a0: Chypre en est un exemple avec une situation politique bloqu\u00e9e, mais nous n\u2019avons eu aucun incident violent car les casques bleus font leur travail.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Quels ont \u00e9t\u00e9 vos moments les plus durs\u00a0?<\/strong><br \/>\nAL\u00a0: La prise de Goma, lorsque nous avons donn\u00e9 instructions \u00e0 tous nos casques bleus de r\u00e9sister par tous les moyens. Ils avaient ordre de tirer d\u00e9s que les gens approchaient sur Goma. Ce fut un moment fort. Quand nos casques bleus sont menac\u00e9s et que je leur demande de rester parce qu\u2019il n\u2019est pas question d\u2019\u00e9vacuer &#8211; cela a \u00e9t\u00e9 le cas en C\u00f4te d\u2019Ivoire, au Soudan ou ailleurs, j\u2019expose la vie de ces hommes et ce sont des d\u00e9cisions tr\u00e8s difficiles.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Les plus frustrants\u00a0?<\/strong><br \/>\nA.L\u00a0: Une de mes frustrations, c\u2019est que, -et malheureusement c\u2019est le lot des medias-, les bonnes nouvelles ne font jamais la une. Les medias ne parlent que des faiblesses ou des abus sexuels. Nos accomplissements ne sont jamais soulign\u00e9s, et l\u2019ONU est un bouc \u00e9missaire un peu trop facile. Il est \u00e9vident que nous ne sommes pas l\u2019arm\u00e9e la plus efficace, ni la mieux \u00e9quip\u00e9e du monde. Nous allons dans des endroits o\u00f9 personne d\u2019autre ne veut aller. On nous donne des mandats pour prot\u00e9ger des millions de civils, et quand il y en 5 ou 10 ou 100 qui sont tu\u00e9s, l\u2019ONU devient une catastrophe. Mais si nous n\u2019\u00e9tions pas pr\u00e9sents, ce ne sont pas 100, mais 10,000 voire 100,000 qui se feraient tuer.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Les plus satisfaisants\u00a0?<\/strong><br \/>\nA.L. Beaucoup. Tout d\u2019abord quand je me rends sur le terrain et que je re\u00e7ois les remerciements des populations, -par exemple les femmes au Congo qui me disaient \u00ab\u00a0dans tel village il y a encore eu des viols, aidez-nous, donnez-nous des t\u00e9l\u00e9phones portables, et dans les endroits o\u00f9 rien ne passe, essayez de nous donner des t\u00e9l\u00e9phones satellites. Merci pour tout ce que vous faites\u00a0\u00bb. Lorsque le referendum au Sud Soudan, dont tout le monde disait qu\u2019il allait d\u00e9clencher une guerre dans tout l\u2019est de l\u2019Afrique, se passe en temps et en heure et sans difficult\u00e9s, et est accept\u00e9 par les deux partis. Ce sont des moments tr\u00e8s forts. Je tiens \u00e0 rappeler que nous avons fourni l\u2019assistance technique, et politiquement, nous avons fait la liaison entre les partis. C\u2019\u00e9tait un enjeu majeur. Alors oui, j\u2019en retire \u00e9norm\u00e9ment de satisfaction.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Diriez-vous, au terme de ces trois ans, que vous \u00eates devenu un \u00eatre humain meilleur\u00a0?<\/strong><br \/>\nAL\u00a0: Non, je ne dirai pas cela, mais je dirai que va me manquer le contact quotidien ici et sur le terrain, avec des gens qui, pour l\u2019essentiel -ce n\u2019est pas vrai pour tous- ont \u00e0 c\u0153ur l\u2019envie de prot\u00e9ger, d\u2019aider et qui sont sensibles aux valeurs de l\u2019ONU. Ce n\u2019est pas l\u2019argent qui r\u00e8gne ici. Les gens viennent ici par conviction. Certains viennent peut-\u00eatre pour l\u2019argent sur le terrain, mais ils sont minimes. L\u2019essentiel des gens sont men\u00e9s par une conviction tr\u00e8s forte et j\u2019ai de la chance d\u2019avoir travaill\u00e9 avec des gens de qualit\u00e9s. Je peux leur demander de venir travailler le samedi et dimanche sans probl\u00e8mes. Sur le terrain, il faut voir les conditions dans lesquelles ils travaillent, -dans les containers, dans les tentes- et ils y croient \u00e0 fond. Ca va me manquer. Ainsi que les faiblesses inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019ONU, parce que l\u2019universalit\u00e9 fait des in\u00e9galit\u00e9s dans les r\u00e9ponses qu\u2019on est capable de fournir.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Est-ce que cela va vous aider dans la poursuite d\u2019une autre carri\u00e8re\u00a0?<\/strong><br \/>\nA.L. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 enrichi par ces 3 ans, d\u2019abord par les casques bleus. 95% des soldats qui participent \u00e0 des op\u00e9rations de maintien de la paix en reviennent enrichis par la connaissance du pays, par les fr\u00e9quentations des populations locales, par la fr\u00e9quentation des autres pays contributeurs, l\u2019exp\u00e9rience militaire, les policiers et tous les civils. C\u2019est quand m\u00eame une exp\u00e9rience unique de tenter d\u2019apporter une contribution. A nouveau, il y en a qui viennent pour des raisons qui ne sont pas correctes, ou moins \u00e9lev\u00e9es, quant \u00e0 moi, cela m\u2019a enrichi de travailler avec des gens en provenance de tous les pays du monde. Regardez, ici \u00e0 DPKO, chacun vient d\u2019un continent et d\u2019une culture diff\u00e9rente\u00a0: Argentine, S\u00e9n\u00e9gal, Russie, Guatemala, Inde. C\u2019est ce m\u00e9lange incroyable de cultures qui, avec un m\u00eame id\u00e9al, fait qu\u2019on arrive \u00e0 travailler ensemble. Il va m\u2019\u00eatre difficile de me s\u00e9parer de cette \u00e9quipe.<br \/>\n<strong>Q\u00a0: Votre prochain poste\u00a0?<\/strong><br \/>\nA.L. Je r\u00e9int\u00e8gre pour le moment, la Cour des comptes \u00e0 Paris. Je viens de la Cour des Comptes. Pour ce qui concerne la suite, on verra bien. Mais je pense que dans le futur, je participerai \u00e0 d\u2019autres activit\u00e9s dans le domaine onusien, ou dans celui de la diplomatie internationale.<br \/>\n<strong>Interview r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 New York par C\u00e9lhia de Lavar\u00e8ne<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s une carri\u00e8re dans le secteur priv\u00e9, -notamment 10 ans au sein du groupe p\u00e9trolier fran\u00e7ais Total, Alain Leroy entre dans la fonction publique en 1990. Il occupe le poste de sous-pr\u00e9fet, directeur de cabinet du pr\u00e9fet de l\u2019Eure-et-Loir (Chartres), avant d\u2019occuper celui de sous-pr\u00e9fet d\u2019Avallon (Yonne). Il devient chef de cabinet du Ministre de<br \/><a class=\"moretag\" href=\"https:\/\/12h71.com\/?p=8258\">+ Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[532,2077,548],"tags":[2173,3561,4336],"class_list":["post-8258","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-contributing-writers","category-francais","category-international-diplomat","tag-alain-leroy","tag-lo-n-u","tag-secretaire-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/12h71.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8258","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/12h71.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/12h71.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/12h71.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/12h71.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8258"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/12h71.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8258\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/12h71.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8258"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/12h71.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8258"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/12h71.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8258"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}