{"id":8267,"date":"2011-10-05T18:00:40","date_gmt":"2011-10-05T18:00:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/?p=792"},"modified":"2011-10-05T18:00:40","modified_gmt":"2011-10-05T18:00:40","slug":"le-double-miroir-de-mahfouz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=8267","title":{"rendered":"Le double miroir de Mahfouz"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/shutterstock_62341357.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-38\" alt=\"International Newspapers\" src=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/shutterstock_62341357-300x225.jpg\" width=\"300\" height=\"225\" \/><\/a>Aucun romancier \u00e9gyptien n\u2019ose encore se d\u00e9partir de l\u2019h\u00e9ritage de Mahfouz ni revendiquer publiquement sa succession. Et pour cause. Ses disciples1 le prennent pour ce qu\u2019il f\u00fbt\u00a0: le ma\u00eetre. Cette impression se lit dans le sourire g\u00ean\u00e9 de Jamal Al\u2019Ghitany ou dans les rires subits de Alaa Al\u2019Aswani, quand on \u00e9voque Mahfouz. Mais les critiques litt\u00e9raires \u00e9trangers, eux, vont dans tous les sens, fouillent les sarcophages du romancier, exposent ses momies, visitent ses temples, revisitent ses \u00e9crits, commentent, expliquent mais les critiques passent et Mahfouz reste. Le corps de l\u2019oeuvre demeure imprenable. Si Mahfouz n\u2019\u00e9tait pas devenu romancier, il aurait \u00e9t\u00e9 psy. Pire. Il serait devenu une vedette de la presse people. Un invit\u00e9 permanent sur les plateaux de t\u00e9l\u00e9vision. Tout ce qu\u2019il abhorrait. L\u2019oeuvre de Mahfouz ne se d\u00e9chiffre pas facilement. Les cl\u00e9s y sont dispers\u00e9es, voire introuvables. On a beau r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que Mahfouz \u00e9tait l\u2019historien de son temps, tant qu\u2019il faisait vivre les hommes politiques de son \u00e9poque aux c\u00f4t\u00e9s de ses propres protagonistes\u00a0: Saad Zaghloul, Mostafa El\u2019Nahhas, Makram Ebeid 2, etc.\u2026 C\u2019est en partie faux. Le double miroir de Mahfouz n\u2019existe ni dans les rues du Caire ni dans le temps qui passe ni dans le pays qui change. Il g\u00eet dans cette analyse implacable de l\u2019\u00eatre. On pourrait avoir l\u2019impression que tel ou tel personnage domine tel ou tel roman, y impose son empreinte. Mais il n\u2019en est rien. Relisons Mahfouz. Tous ses personnages, ou presque, sont l\u00e0, passifs, fatalistes, impuissants, suiveurs. Ils succombent soit \u00e0 leur instinct, soit \u00e0 la passion, \u00e0 la maladie ou \u00e0 la mort. Ils n\u2019agissent pas, ils r\u00e9agissent. Mahfouz d\u00e9crit rarement une action, mais d\u00e9peint des discussions, des r\u00e9actions, des r\u00e9voltes verbales, des frustrations qui font partie du paysage. Du paysage qui raconte du paysage. Le double fond de la bo\u00eete de Mahfouz . L\u2019exemple de Kamal Abdel Jawad 3 est flagrant. A l\u2019\u00e9cole o\u00f9 il enseigne, au caf\u00e9 avec ses amis, chez lui dans sa biblioth\u00e8que, au lupanar que tient la vieille maquerelle- ex-dulcin\u00e9e de son p\u00e8re, il est en proie au doute. Sans r\u00e9pit. Apr\u00e8s ses courtes r\u00e9pliques, un d\u00e9luge d\u2019\u00e9tats d\u2019\u00e2me, de ressentiments submerge le lecteur ahuri. Kamal n\u2019intervient pas sur sa vie, il subit son existence, souffre d\u2019un manque perp\u00e9tuel d\u2019amour, inaccessible. Il lit, discute, se d\u00e9place, s\u2019enivre, fornique et une fois le feu de sa honte apais\u00e9, il regagne sa chambre d\u2019\u00e9ternel c\u00e9libataire. Seul h\u00e9ros de la famille Abdel Jawad, Fahmi, son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, est mort dans une manifestation politique, si ce n\u2019est leur m\u00e8re Amina qui incarne l\u2019Egypte patiente et r\u00e9sign\u00e9e. Chez Mahfouz, les vrais h\u00e9ros sont toujours absents ou ne vivent qu\u2019un tr\u00e8s court laps de temps. Ils s\u2019empressent de partir. Ils tuent ou finissent fauch\u00e9s par un destin impr\u00e9visible, une charge de police dans une manifestation politique, un guet-apens, comme en t\u00e9moigne Le Voleur et les chiens4 ou La Qu\u00eate2 .Ce double miroir rend l\u2019\u0153uvre de Mahfouz insaisissable voire d\u00e9routante, m\u00eame pour certains de ses intimes lecteurs.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Extrait \u2013Le Temps perp\u00e9tuel \u2013 Alex Caire \/ Ahmed Hamouda \u2013 2010<br \/>\n1) Il est d\u2019usage de citer, parmi d\u2019autres, Ibrahim Aslan, Mohammed Al\u2019Bisatie, Gamal Al\u2019Ghitany, Bahaa Taher et Sonallah Ibrahim 2) H\u00e9ros de la R\u00e9volution de 1919 en Egypte et fondateurs du parti Al\u2019 Wafd qui a men\u00e9 la vie politique de l\u2019Egypte de 1919 \u00e0 1952 3) Kamal Abdel Jawad, personnage axial du roman Al-Sukkariyya-1957-trad.Le Jardin du pass\u00e9,1989. Dernier volume de la Trilogie de Mahfouz 4) 1961 5) 1965<br \/>\n<strong>Alex Caire, po\u00e8te, critique litt\u00e9raire<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aucun romancier \u00e9gyptien n\u2019ose encore se d\u00e9partir de l\u2019h\u00e9ritage de Mahfouz ni revendiquer publiquement sa succession. Et pour cause. Ses disciples1 le prennent pour ce qu\u2019il f\u00fbt\u00a0: le ma\u00eetre. Cette impression se lit dans le sourire g\u00ean\u00e9 de Jamal Al\u2019Ghitany ou dans les rires subits de Alaa Al\u2019Aswani, quand on \u00e9voque Mahfouz. 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