{"id":8270,"date":"2011-11-08T21:15:16","date_gmt":"2011-11-08T21:15:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/?p=359"},"modified":"2011-11-08T21:15:16","modified_gmt":"2011-11-08T21:15:16","slug":"tekakwitha-la-sainte-iroquoise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=8270","title":{"rendered":"Tekakwitha, la sainte iroquoise"},"content":{"rendered":"<p>En dehors des mus\u00e9es, retrouver le pass\u00e9 am\u00e9rindien dans les grandes m\u00e9tropoles am\u00e9ricaines n\u2019est pas chose ais\u00e9e. Il faut beaucoup d\u2019imagination pour reconstituer ce que purent \u00eatre New York, Chicago ou Washington avant la colonisation. Il en va de m\u00eame pour Montr\u00e9al, une \u00eele comme Manhattan, habit\u00e9e autrefois par les indiens Mohawks de la nation iroquoise.<a href=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/shutterstock_62341357.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-38\" alt=\"International Newspapers\" src=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/shutterstock_62341357-300x225.jpg\" width=\"300\" height=\"225\" \/><\/a><br \/>\nLes vestiges les plus anciens de l\u2019existence de camps indiens se trouvent sous l\u2019actuelle chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, un magnifique \u00e9difice du XVIIIe si\u00e8cle situ\u00e9 dans la vieille ville de Montr\u00e9al, au bout de la ravissante rue Saint-Paul. Le site arch\u00e9ologique o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre des traces de foyers, de campements et d\u2019art\u00e9facts datant de plus de 2400 ans jouxte les restes de la chapelle d\u2019origine construite en 1678 par Marguerite Bourgeoys, fondatrice de la congr\u00e9gation de Notre-Dame et d\u2019\u00e9coles accueillant \u00e9galement des enfants indiens. Elle fait partie de cette longue liste de femmes remarquables qui ont construit le Qu\u00e9bec comme Jeanne Mance, consid\u00e9r\u00e9e comme la cofondatrice de Montr\u00e9al, et la mystique Marie de l\u2019Incarnation.<br \/>\nParmi ces femmes remarquables, il y a aussi une Indienne hors du commun\u00a0: Kateri Tekakwitha. Pour la retrouver, il faudra affronter les embouteillages de Montr\u00e9al, emprunter le Pont Honor\u00e9-Mercier qui enjambe le majestueux fleuve Saint-Laurent et traverser la r\u00e9serve Mohawk de Kahnawake qui aligne ses petites boutiques de cigarettes hors taxes de chaque c\u00f4t\u00e9 de la route. Mais ce n\u2019est pas le but de notre voyage. Son but est la mission Saint-Fran\u00e7ois-Xavier \u00e9tablie en 1667 et qui abrite pr\u00e9cis\u00e9ment le sanctuaire de Tekakwitha. L\u2019ensemble des b\u00e2timents qui comprend l\u2019\u00e9glise reb\u00e2tie en 1845 avec son presbyt\u00e8re du XVIIIe si\u00e8cle et le fort Saint-Louis (dont la plaque nous dit qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0construit en 1725 par les Fran\u00e7ais pour la protection des Iroquois convertis\u00a0\u00bb) est magnifiquement situ\u00e9 au bord du fleuve dont le rives prennent des couleurs splendides en cet \u00e9t\u00e9 indien.<br \/>\nN\u00e9e en 1656 \u00e0 Ossernenon pr\u00e8s d\u2019Auriesville \u00e0 l\u2019ouest de l\u2019actuel Albany, capitale de l\u2019\u00c9tat de New York, Kateri (Catherine) est la fille d\u2019une m\u00e8re Algonquine chr\u00e9tienne \u2013 et ancienne prisonni\u00e8re de guerre &#8211; et d\u2019un p\u00e8re Mohawk, une double origine qui est l\u2019une des sources de sa future pers\u00e9cution. Quatre ans plus tard, la petite v\u00e9role introduite par les Europ\u00e9ens lui enleva ses parents et son fr\u00e8re, et elle resta elle-m\u00eame marqu\u00e9e par cette maladie, le visage gr\u00eal\u00e9, la vue tr\u00e8s affaiblie et la d\u00e9marche peu assur\u00e9e (d\u2019o\u00f9 son surnom de \u00ab\u00a0celle qui avance \u00e0 t\u00e2tons\u00a0\u00bb). Sa communaut\u00e9, dont bien des membres \u00e9taient rest\u00e9s fid\u00e8les aux traditions de leurs anc\u00eatres, recevait r\u00e9guli\u00e8rement la visite de pr\u00eatres missionnaires j\u00e9suites qui avaient finalement \u00e9t\u00e9 accept\u00e9s par la population et \u00e9taient parvenus \u00e0 la convertir, du moins en partie. Cela n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 sans mal, le Canada ayant connu comme toutes les colonies du Nouveau Monde une longue p\u00e9riode de conflits et de r\u00e9sistance. En r\u00e9alit\u00e9, une lutte s\u2019\u00e9tait engag\u00e9e entre les anciens rites et la nouvelle parole apport\u00e9e par les \u00ab\u00a0Robes noires\u00a0\u00bb venues de France.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 sensibilis\u00e9e par sa m\u00e8re chr\u00e9tienne, Kateri n\u2019eut pas besoin de beaucoup de temps pour comprendre que sa vocation \u00e9tait toute trac\u00e9e. Elle prit d\u2019abord une d\u00e9cision rare pour une jeune Iroquoise\u00a0: refuser le mariage (qui lui fut impos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 8 ans\u00a0!) et faire v\u0153u de chastet\u00e9, suivant ainsi l\u2019exemple des femmes chr\u00e9tiennes d\u00e9sirant se vouer au Christ. Cette d\u00e9cision entra\u00eena la col\u00e8re de sa famille. Apr\u00e8s son bapt\u00eame en 1676, les choses empir\u00e8rent encore pour elle\u00a0: on accusait cette chr\u00e9tienne trop assidue d\u2019abandonner les travaux de la communaut\u00e9 pour ne s\u2019adonner qu\u2019aux obligations de sa nouvelle foi. Son martyre avait commenc\u00e9. Menac\u00e9e de mort, calomni\u00e9e, lapid\u00e9e, Tekakwitha subissait tout cela avec la calme endurance des premiers Chr\u00e9tiens. Un havre de paix s\u2019offrait pourtant \u00e0 elle, la mission Saint-Fran\u00e7ois-Xavier, celle-l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 nous nous trouvons.<br \/>\nC\u2019est pour la rejoindre qu\u2019elle s\u2019enfuit en 1677 gr\u00e2ce \u00e0 des complices, poursuivie par son oncle, un chef de guerre violent et irascible. Install\u00e9e \u00e0 la mission, surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0le village de la pri\u00e8re\u00a0\u00bb, et malgr\u00e9 de nouvelles pressions insistantes pour qu\u2019elle se marie, elle pronon\u00e7a ses v\u0153ux de virginit\u00e9 perp\u00e9tuelle en 1679.<br \/>\nElle s\u2019adonnait \u00e0 de tr\u00e8s cruelles mortifications, bien plus s\u00e9v\u00e8res que celles pratiqu\u00e9es traditionnellement \u00e0 cette \u00e9poque, portant une ceinture clout\u00e9e, dormant sur un lit d\u2019\u00e9pines, se plongeant dans l\u2019eau glaciale ou se br\u00fblant les pieds avec des tisons, souhaitant par l\u00e0 imiter la Passion du Christ. Elle fut rejointe bient\u00f4t par un groupe de \u00ab\u00a0s\u0153urs\u00a0\u00bb qui la suivaient dans ses p\u00e9nitences. De sant\u00e9 fragile, infirme depuis son plus jeune \u00e2ge et affaiblie encore plus par de tels traitements \u2013 que l\u2019on pourrait consid\u00e9rer comme une sorte de projection ou r\u00e9interpr\u00e9tation des tortures rituelles pratiqu\u00e9es par les propres Indiens, en particulier sur leurs prisonniers \u2013 elle mourut le 17 avril 1680. On pr\u00e9tend alors que son visage autrefois ingrat devint d\u2019une grande beaut\u00e9.<br \/>\nOn ne tarda pas \u00e0 lui rendre un culte, de tr\u00e8s nombreuses gu\u00e9risons miraculeuses furent accomplies gr\u00e2ce \u00e0 son intercession, ce qui lui valut d\u2019\u00eatre b\u00e9atifi\u00e9e en 1980 par le Pape Jean-Paul II. Les d\u00e9marches pour sa canonisation sont en route, ce qui ferait de Kateri Tekakwitha, surnomm\u00e9e aussi \u00ab\u00a0le Lys des Mohawks\u00a0\u00bb, la premi\u00e8re sainte indienne d\u2019Am\u00e9rique.<br \/>\nDans le petit mus\u00e9e sont expos\u00e9s plusieurs portraits de la bienheureuse, en particulier le plus ancien qui nous soit parvenu (et donc le plus fid\u00e8le aux traits r\u00e9els de l\u2019Indienne), celui peint par le P\u00e8re Chaucheti\u00e8re, l\u2019un de ses biographes et confesseurs, et qui daterait de 1696. Sont conserv\u00e9s \u00e9galement plusieurs objets de culte (ostensoirs, calices), des livres anciens (dont des grammaires et dictionnaires iroquois), des objets traditionnels indiens (tomahawks, calumets), une tr\u00e8s belle statue du Christ, et des reliquaires, l\u2019un contenant des os de Kateri. Dans la lumineuse \u00e9glise se trouve son tombeau surmont\u00e9 de sa statue.<br \/>\nEn dehors du sanctuaire que nous visitons, il en existe un autre sur le lieu de son bapt\u00eame \u00e0 Fonda dans l\u2019\u00c9tat de New York. On retrouve par ailleurs souvent son image dans les anciennes \u00e9glises des missions du Sud-Ouest am\u00e9ricain o\u00f9 elle est tr\u00e8s v\u00e9n\u00e9r\u00e9e, et sa statue tr\u00f4ne sur le parvis de la cath\u00e9drale de Santa Fe au Nouveau-Mexique.<br \/>\nDifficile de ne pas \u00eatre touch\u00e9 par le destin de cette jeune Indienne qui a sacrifi\u00e9 sa vie pour sa foi. C\u2019est une page assez mal connue de l\u2019histoire du continent am\u00e9ricain et de sa rencontre avec l\u2019Occident.<br \/>\nKahnawake semble un peu en dehors du temps, et lorsque l\u2019on se prom\u00e8ne derri\u00e8re l\u2019\u00e9glise sur les berges presque vierges du Saint-Laurent, et que l\u2019on peut voir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 se dessiner la grande m\u00e9tropole de Montr\u00e9al avec l\u2019incontournable silhouette du d\u00f4me de l\u2019Oratoire Saint-Joseph, on se met \u00e0 r\u00eaver au pass\u00e9 am\u00e9rindien et \u00e0 cette figure si singuli\u00e8re qui fut celle de la bienheureuse Kateri Tekakwitha.<br \/>\nTexte et photos\u00a0: Jean-Michel Wissmer<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En dehors des mus\u00e9es, retrouver le pass\u00e9 am\u00e9rindien dans les grandes m\u00e9tropoles am\u00e9ricaines n\u2019est pas chose ais\u00e9e. 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