{"id":855,"date":"2011-04-06T22:25:00","date_gmt":"2011-04-06T22:25:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/?p=855"},"modified":"2011-04-06T22:25:00","modified_gmt":"2011-04-06T22:25:00","slug":"interview-de-son-excellence-monsieur-babacar-mbaye-ambassadeur-representant-permanent-du-senegal-aupres-des-nations-unies-et-des-agences-specialisees-geneve-ambassadeur-du-senegal-aupres-de-la","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/12h71.com\/?p=855","title":{"rendered":"Interview de Son Excellence, Monsieur Babacar Mbaye, Ambassadeur, Repr\u00e9sentant Permanent du S\u00e9n\u00e9gal aupr\u00e8s des Nations Unies et des Agences Sp\u00e9cialis\u00e9es \u00e0 Gen\u00e8ve ; Ambassadeur du S\u00e9n\u00e9gal aupr\u00e8s de la Conf\u00e9d\u00e9ration Helv\u00e9tique"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/arton472-c6df5.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-856\" alt=\"Babacar Mbaye\" src=\"http:\/\/www.internationaldiplomat.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/arton472-c6df5.png\" width=\"128\" height=\"170\" \/><\/a>Q\u00a0: Monsieur l\u2019Ambassadeur, me feriez-vous l\u2019honneur de r\u00e9sumer votre parcours professionnel\u00a0?<br \/>\nS\u00e9n\u00e9galais d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es, je suis un diplomate de carri\u00e8re, d\u2019une carri\u00e8re que j\u2019ai choisie librement. Ancien \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Ecole Nationale d\u2019Administration et de Magistrature du S\u00e9n\u00e9gal, &#8211; une grande institution d\u2019enseignement sup\u00e9rieur qui forme les hauts cadres de la fonction publique et de la magistrature du pays\u00a0-, j\u2019en suis sorti dipl\u00f4m\u00e9 en 1977, et ai aussit\u00f4t int\u00e9gr\u00e9 le Minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<br \/>\nA l\u2019universit\u00e9, j\u2019ai fait des \u00e9tudes de droit public avec comme option, les relations internationales. Arriv\u00e9 au Minist\u00e8re, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 \u00e0 la Direction des Affaires juridiques et consulaires pour m\u2019occuper des accords et conventions auxquels le S\u00e9n\u00e9gal \u00e9tait partie. Je suis rest\u00e9 dans ce service pendant trois ann\u00e9es, au cours desquelles j\u2019ai \u00e9t\u00e9 fortement impliqu\u00e9 dans les n\u00e9gociations d\u2019accords bilat\u00e9raux et sous-r\u00e9gionaux.<br \/>\nAu terme de cette p\u00e9riode, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 en ao\u00fbt 1980 comme Premier Conseiller \u00e0 notre ambassade \u00e0 Stockholm, en Su\u00e8de. Apr\u00e8s Stockholm, je fus mut\u00e9 en mars 1983 \u00e0 Rabat, puis \u00e0 Bruxelles en fin juin 1985 (pour un s\u00e9jour de 04 mois \u00e0 ce dernier poste). Apr\u00e8s les cinq ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, je fus rappel\u00e9 \u00e0 Dakar en octobre 1985, pour \u00eatre affect\u00e9 \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le Pr\u00e9sident Abdou Diouf cherchait un deuxi\u00e8me conseiller diplomatique. J\u2019ai servi \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique pendant environ 14 ans et demi.<br \/>\nQuand l\u2019alternance politique est survenue de fa\u00e7on d\u00e9mocratique en mars 2000, je suis retourn\u00e9 au Minist\u00e8re des Affaires Etrang\u00e8res, qui est mon administration d\u2019origine. J\u2019y ai exerc\u00e9, de facto, les fonctions de Conseiller technique, \u00e0 partir d\u2019ao\u00fbt 2000, avant d\u2019\u00eatre rappel\u00e9 \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique par l\u2019actuel Chef d\u2019Etat, le Pr\u00e9sident Abdoulaye Wade, \u00e0 nouveau comme Conseiller diplomatique. Il y a eu un interm\u00e8de de quelques mois entre juillet 2004 et mars 2005, au cours duquel j\u2019ai servi comme membre de l\u2019\u00e9quipe des Observateurs des Nations Unies charg\u00e9e de la mise en \u0153uvre de certains aspects du jugement rendu par la Cour internationale de Justice de La Haye sur le litige frontalier ayant oppos\u00e9 le Cameroun et le Nigeria.<br \/>\nApr\u00e8s cette mission, le Pr\u00e9sident Wade m\u2019a nomm\u00e9 pour aller ouvrir la premi\u00e8re ambassade du S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 Ankara. J\u2019ai servi en Turquie pendant 15 mois, de fin juillet 2006 \u00e0 d\u00e9but novembre 2007, avant d\u2019\u00eatre mut\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve, en qualit\u00e9 de Repr\u00e9sentant permanent aupr\u00e8s de l\u2019Office des Nations unies dans cette ville et de toutes les organisations internationales ayant leur si\u00e8ge en Suisse. Au mois de juillet 2008, le Pr\u00e9sident m\u2019a \u00e9galement nomm\u00e9 comme Ambassadeur aupr\u00e8s de la Suisse.<br \/>\nQ\u00a0: Dans ces deux positions, il va sans dire que vous avez beaucoup de travail\u2026<br \/>\nOui. C\u2019est beaucoup de responsabilit\u00e9s mais aussi des responsabilit\u00e9s exaltantes. D\u2019abord parce que j\u2019y suis avec la confiance de la plus haute autorit\u00e9 de mon pays et ensuite parce qu\u2019avec ces deux fonctions, je m\u2019occupe des deux aspects de la diplomatie que vous connaissez &#8211; l\u2019aspect multilat\u00e9ral et l\u2019aspect bilat\u00e9ral.<br \/>\nQ\u00a0: Vers lequel des deux aspects de la diplomatie va votre pr\u00e9f\u00e9rence\u00a0?<br \/>\nUn diplomate est un soldat en col blanc\u00a0; je n\u2019ai donc pas de pr\u00e9f\u00e9rence ou, plut\u00f4t, j\u2019aime les deux aspects, d\u2019un amour \u00e9gal.<br \/>\nQ\u00a0: On sent une grande pr\u00e9sence du S\u00e9n\u00e9gal sur l\u2019ar\u00e8ne multilat\u00e9rale depuis un certain temps. Comment expliquez-vous cela\u00a0? S\u2019agit-il d\u2019une volont\u00e9 de contrebalancer le Nigeria qui s\u2019impose comme la plus grande puissance en Afrique\u00a0?<br \/>\nEtre actif sur l\u2019ar\u00e8ne internationale, r\u00e9sulte d\u2019une longue tradition, dans le cas du S\u00e9n\u00e9gal. Et je pense que cela est li\u00e9 \u00e0 notre temp\u00e9rament. De par la localisation de notre pays, nous sommes un peuple de contact et de convergence entre l\u2019Afrique noire et l\u2019Afrique blanche. Nous ne cherchons donc rien de sp\u00e9cial. C\u2019est tout \u00e0 fait naturellement que nous nous sentons concern\u00e9s par tous les probl\u00e8mes auxquels le monde est confront\u00e9.<br \/>\nSi vous observez bien, les dossiers dans lesquels nous sommes engag\u00e9s visent \u00e0 promouvoir la paix et l\u2019entente entre les peuples. Nous ne pouvons pas et ne cherchons pas \u00e0 faire concurrence avec le Nigeria, car cela n\u2019est pas notre vocation. Le Nigeria est un pays ami dont le S\u00e9n\u00e9gal est tr\u00e8s proche, et avec lequel il fait beaucoup de choses. Nous comptons quelque 12 millions d\u2019habitants alors que le Nigeria est peupl\u00e9 de plus de 100 millions d\u2019habitants. Je r\u00e9p\u00e8te donc que ni le S\u00e9n\u00e9gal, ni le Nigeria ne cherche \u00e0 se lancer dans une comp\u00e9tition quelconque. Nous \u0153uvrons pour la promotion de causes qui nous tiennent \u00e0 c\u0153ur.<br \/>\nQ\u00a0: R\u00e9cemment, le Pr\u00e9sident Wade s\u2019est fortement impliqu\u00e9 dans le Sommet num\u00e9rique, dans le probl\u00e8me de la Mauritanie, etc. On sent quand m\u00eame une volont\u00e9 politique du S\u00e9n\u00e9gal de s\u2019impliquer davantage dans la solution de diverses crises, ou de faire parler de lui.<br \/>\nNous ne cherchons pas \u00e0 faire parler de nous. Ce qui nous motive dans nos multiples initiatives, c\u2019est la d\u00e9fense de la paix et de la stabilit\u00e9 aussi bien chez nos voisins que dans toute l\u2019Afrique. D\u2019abord parce nous sommes naturellement pour la paix. Ensuite, nous avons int\u00e9r\u00eat \u00e0 avoir la paix pour r\u00e9ussir ce que nous voulons faire. De m\u00eame, si nous voulons contribuer \u00e0 la promotion de l\u2019Afrique afin que les Africains vivent dignement en ce 21e si\u00e8cle, il nous faut la paix car s\u2019il n\u2019y a pas la paix, nous ne pourrons rien faire.<br \/>\nCe que nous voulons construire, ce sont les Etats-Unis d\u2019Afrique. Nous n\u2019y arriverons pas si nous nous laissons divertir par d\u2019autres choses. Il vaut mieux faire des choses positives que de gaspiller ou de perdre nos \u00e9nergies \u00e0 \u00e9teindre des feux. Car ces \u00e9nergies, nous en avons besoin ailleurs. C\u2019est cette conviction qui me semble expliquer et sous-tendre les initiatives du Pr\u00e9sident Abdoulaye WADE, que vous avez \u00e9voqu\u00e9es.<br \/>\nQ\u00a0: Vous venez justement de parler des Etats-Unis d\u2019Afrique. Est-ce que vous pensez que le pan-africanisme va sortir de l\u2019impasse dans laquelle il se trouve\u00a0?<br \/>\nJe le pense et nous le souhaitons au S\u00e9n\u00e9gal. Nous y investissons beaucoup d\u2019efforts. L\u00e0 o\u00f9 des pays sont beaucoup plus forts et disposent de plus de moyens, ils constituent de vastes ensembles politiquement int\u00e9gr\u00e9s\u00a0; l\u00e0, ils s\u2019en sortent mieux que nous, les Africains. Alors que l\u2019Europe cherche \u00e0 renforcer son unit\u00e9, l\u2019Afrique ne peut pas pr\u00e9tendre disposer d\u2019une autre voie que celle de l\u2019unit\u00e9 politique. Donc il faut que nous mettions ensemble nos efforts pour relever le d\u00e9fi du d\u00e9veloppement durable et endog\u00e8ne.<br \/>\nQ\u00a0: L\u2019Afrique est diverse. Est-ce que ce sont seulement vous, les pays francophones qui partagez ces id\u00e9es\u00a0? Pensez-vous que les diff\u00e9rences de langues pourraient constituer un obstacle \u00e0 cette unit\u00e9\u00a0?<br \/>\nC\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 que certains pays sont francophones, d\u2019autres anglophones, lusophones, arabophones, etc. Mais comme vous le savez, il n\u2019y a pas qu\u2019une seule langue en Europe. Ensuite, il n\u2019y a rien que la volont\u00e9 politique ne puisse r\u00e9aliser. Il y a des langues africaines que nous parlons qui sont communes \u00e0 plus d\u2019un pays. Par exemple, en Gambie et au S\u00e9n\u00e9gal, nous parlons les m\u00eames langues, comme le Wolof, le Pulaar, le Seereer, le Joolaa, le Malinke, entre autres. Le Wolof qui est l\u2019une des langues nationales du S\u00e9n\u00e9gal est \u00e9galement comprise par 75\u00a0% des S\u00e9n\u00e9galais. Ceux qui parlent le Fran\u00e7ais ce sont ceux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00a0\u00bb occidentale \u00ab\u00a0.<br \/>\nDonc, c\u2019est vous dire que la diversit\u00e9 linguistique est une r\u00e9alit\u00e9, mais c\u2019est un obstacle surmontable. Ce qui nous unit est plus fort que l\u2019obstacle que peut constituer la diversit\u00e9 linguistique. Encore une fois, la volont\u00e9 peut aider \u00e0 soulever des montagnes.<br \/>\nQ\u00a0: On dit souvent que le 21e si\u00e8cle appartient \u00e0 l\u2019Afrique. Est-ce que vous partagez ce point de vue\u00a0?<br \/>\nJe ne sais pas, mais je le souhaite et je pense que c\u2019est possible. L\u2019Afrique en a le potentiel. Il faut que les Africains travaillent davantage en direction de cet objectif\u00a0; qu\u2019ils le proclament sur le plan politique et s\u2019emploient \u00e0 le rendre effectif, \u00e0 travers leurs actions de tous les jours.<br \/>\nNous avons les ressources naturelles\u00a0; nous avons la jeunesse\u00a0; et nous avons un potentiel qui est encore largement inexploit\u00e9 en ce sens que, par exemple, notre continent est, aujourd\u2019hui, un des poumons de la plan\u00e8te. Les for\u00eats que nous avons et les autres richesses dont nous disposons constituent des potentiels effectifs qui devraient faire des Etats-Unis d\u2019Afrique un des grands acteurs du 21e si\u00e8cle.<br \/>\nQ\u00a0: Est-ce que vous pensez qu\u2019on a tendance \u00e0 ne montrer que la famine et d\u2019autres mauvaises choses de l\u2019Afrique\u00a0? Est ce que vous pensez que cette image est en train de changer\u00a0?<br \/>\nNous travaillons \u00e0 mettre fin \u00e0 la pratique qui consiste \u00e0 ne montrer que des images n\u00e9gatives de l\u2019Afrique. Mais nous n\u2019avons pas le contr\u00f4le des medias, m\u00eame si parfois des efforts sont faits pour donner de l\u2019Afrique d\u2019autres images. Nous avons Africable en Afrique de l\u2019Ouest pour cela, et nous faisons \u00e9galement des efforts au niveau de l\u2019Union Africaine.<br \/>\nCe que vous avez dit est vrai\u00a0; il n\u2019y a pas que la famine et les guerres en Afrique. Il n\u2019y a pas que le Sida en Afrique\u00a0; il y a des choses positives qui se passent et qui montrent que l\u2019Afrique avance. Par exemple, dans le domaine de la paix, il y a des choses dont nous pouvons \u00eatre fiers.<br \/>\nAinsi, au S\u00e9n\u00e9gal, nous avons eu un diff\u00e9rend avec notre voisine, la Guin\u00e9e Bissau. C\u2019\u00e9tait dans les ann\u00e9es 1990, au sujet de notre fronti\u00e8re maritime. Nous l\u2019avons r\u00e9gl\u00e9 par les moyens juridiques et non par les armes. Nous avons recouru \u00e0 un tribunal arbitral puis \u00e0 la Cour internationale de Justice. Le S\u00e9n\u00e9gal et la Guin\u00e9e-Bissau n\u2019ont donc pas fait de guerre. Sur le plan juridique le probl\u00e8me a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9 en faveur de S\u00e9n\u00e9gal. Mais le S\u00e9n\u00e9gal a d\u00e9cid\u00e9 de partager avec la Guin\u00e9e-Bissau les ressources de la zone maritime sur laquelle sa souverainet\u00e9 \u00e9tait contest\u00e9e par ce pays. Nous avons cr\u00e9\u00e9, pour cela, une agence commune.<br \/>\nEntre le Nigeria et le Cameroun, le diff\u00e9rend sur la souverainet\u00e9 sur la p\u00e9ninsule de Bakassi et une partie de la fronti\u00e8re terrestre a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9 par les voies de droit et non par la confrontation arm\u00e9e. Ce sont l\u00e0 de bonnes choses et de bonnes pratiques, mais on n\u2019en parle pas.<br \/>\nEn ce qui concerne les Droits de l\u2019Homme, nous convenons qu\u2019il y a des violations de ces droits \u00e7\u00e0 et l\u00e0 en Afrique, mais nous oeuvrons \u00e0 les \u00e9radiquer au niveau continental. Pour cela, nous avons non seulement une Commission africaine des Droits de l\u2019Homme et des peuples, mais aussi nous avons r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9 une Cour de justice qui est une v\u00e9ritable institution juridictionnelle pouvant sanctionner ceux qui violent les droits de l\u2019Homme. Ce sont l\u00e0, \u00e9galement, des choses qui se font et dont personne ne parle, mais qui montrent que l\u2019Afrique avance.<br \/>\nQ\u00a0: Pourquoi \u00e0 votre avis\u00a0?<br \/>\nC\u2019est peut-\u00eatre parce que c\u2019est le sensationnel qui int\u00e9resse les gens, et que nous ne contr\u00f4lons pas les medias.<br \/>\nQ\u00a0: Comment faire pour changer la perception de l\u2019Afrique\u00a0?<br \/>\nNous faisons en sorte que se d\u00e9veloppent, en Afrique, des medias qui diffusent \u00e9galement les informations sur nos bonnes pratiques. Si vous prenez la partie francophone de l\u2019Afrique, il y a TV5 qui a pour mission de recevoir et de diffuser des images des pays du Sud, pas uniquement d\u2019Afrique mais des pays en voie de d\u00e9veloppement en g\u00e9n\u00e9ral, pour montrer la bonne information. Il y a aussi un S\u00e9n\u00e9galais qui a r\u00e9cemment pris l\u2019initiative de cr\u00e9er une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision en Europe pour diffuser des informations int\u00e9ressantes et pertinentes sur le continent, sans oublier 3A.teleSud, etc. Ce sont de petites cha\u00eenes par rapport aux grands medias, mais leur existence me semble indiquer que les choses \u00e9voluent dans la bonne direction.<br \/>\nQ\u00a0: Pour revenir un peu au S\u00e9n\u00e9gal, quelle est la priorit\u00e9 de la politique \u00e9trang\u00e8re s\u00e9n\u00e9galaise vis-\u00e0-vis de Gen\u00e8ve et de ses organisations internationales\u00a0?<br \/>\nIl n\u2019y a pas une seule priorit\u00e9, mais plusieurs. Pour commencer, je dois mentionner la consolidation et l\u2019amplification de ce que nous faisons pour continuer \u00e0 contribuer \u00e0 la promotion des droits de l\u2019homme. Voil\u00e0 une chose.<br \/>\nEnsuite, en tant que pays pauvre qui a des probl\u00e8mes de sant\u00e9 publique, nous nous int\u00e9ressons \u00e0 ce que font l\u2019OMS et les programmes qui lui sont li\u00e9s concernant la malaria, le sida, etc., par exemple l\u2019 ONUSIDA, etc.<br \/>\nVous savez aussi que nous faisons partie des PMA (pays les moins avances) et qu\u2019il n\u2019y a pas, pour nous, dans le cadre de l\u2019OMC, de grands enjeux comme ceux du Br\u00e9sil, de la Chine, de l\u2019Inde et d\u2019autres grands pays etc. Mais nous sommes concern\u00e9s par les n\u00e9gociations commerciales internationales, m\u00eame si notre situation de PMA fait que nous n\u2019avons par les probl\u00e8mes des pays que je viens de citer. Par exemple, nous voulons que le cycle de Doha, qui est un cycle pour le d\u00e9veloppement, soit enfin boucl\u00e9 et qu\u2019il n\u2019y ait pas de \u00a0\u00bb guerre commerciale \u00a0\u00bb entre les grands. Nous voulons que tout se passe comme il faut au niveau de l\u2019OMC et que les n\u00e9gociations se passent normalement, et que le cycle de Doha soit mis en \u0153uvre. Que les aspects comme l\u2019aide au commerce, que l\u2019assistance que l\u2019OMC, seule ou avec d\u2019autres institutions, dispense aux PMA pour le renforcement de leurs capacit\u00e9s, soit maintenue\u00a0; en un mot, que tout se passe comme convenu, c\u2019est-\u00e0-dire dans un esprit de solidarit\u00e9.<br \/>\nIl y a \u00e9galement un chantier qui est tr\u00e8s important \u00e0 nos yeux\u00a0: celui de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. L\u2019aspect brevet n\u2019est pas tr\u00e8s important pour notre pays car nous n\u2019avons pas de brevets \u00e0 d\u00e9fendre, mais il n\u2019y a pas que cela. Il existe un programme de d\u00e9veloppement avec plus de quarante recommandations et dont la mise en \u0153uvre effective permettrait notamment d\u2019assurer la prise en charge, dans le cadre de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, des ressources g\u00e9n\u00e9tiques, des savoirs traditionnels et des expressions culturelles\u00a0; ces ressources sont abondantes dans des pays comme le n\u00f4tre et leur bonne prise en charge pourrait donner une vigoureuse impulsion \u00e0 leur d\u00e9veloppement. Par exemple, sur le plan des expressions culturelles, nous avons des choses \u00e0 montrer et \u00e0 faire valoir. Donc nous nous int\u00e9ressons de plus en plus \u00e0 l\u2019OMPI. Actuellement, je suis le coordonnateur du groupe africain pour les questions de l\u2019OMPI.<br \/>\nIl y a \u00e9galement l\u2019Organisation Mondiale de la M\u00e9t\u00e9orologie. Nous sommes un pays sah\u00e9lien o\u00f9 il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019eau, et o\u00f9 la plus grande partie de l\u2019eau vient de la pluie. Donc tout ce qui touche \u00e0 la m\u00e9t\u00e9orologie nous int\u00e9resse au premier chef, sans parler du pouvoir de d\u00e9tecter \u00e0 temps l\u2019invasion de criquets et bien d\u2019autres choses. Bien s\u00fbr, il y a aussi l\u2019Union internationale des T\u00e9l\u00e9communications. Par ailleurs, de fa\u00e7on modeste, vu que le S\u00e9n\u00e9gal est un pays de paix, nous nous int\u00e9ressons beaucoup \u00e0 ce que fait la Conf\u00e9rence sur le d\u00e9sarmement. Celle-ci va entamer les d\u00e9bats de fond, et avant cela, le S\u00e9n\u00e9gal avait coordonn\u00e9 les consultations sur le point portant sur les garanties n\u00e9gatives de s\u00e9curit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire les garanties que les puissances dot\u00e9es d\u2019armes nucl\u00e9aires donnent aux pays non dot\u00e9s de ces armes pour les assurer qu\u2019ils ne seront pas attaqu\u00e9s ou menac\u00e9s d\u2019\u00eatre attaqu\u00e9s par de telles armes. Cela pour vous dire que tout nous int\u00e9resse \u00e0 Gen\u00e8ve.<br \/>\nEn plus de tout ce travail \u00e0 caract\u00e8re multilat\u00e9ral, j\u2019ai en charge le renforcement des relations bilat\u00e9rales avec la Suisse.<br \/>\nQ\u00a0: Vous parliez toute \u00e0 l\u2019heure de la culture. Est ce que vous pensez que la culture africaine est menac\u00e9e par la mondialisation\u00a0?<br \/>\nNous consid\u00e9rons que nous avons tous int\u00e9r\u00eat au m\u00e9tissage culturel. Le premier pr\u00e9sident du S\u00e9n\u00e9gal, L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, fut l\u2019un des plus ardents d\u00e9fendeurs de ce concept. Nous venons tous sur la sc\u00e8ne mondiale avec quelque chose, et nous esp\u00e9rons y recevoir quelque chose des autres. Notre culture est \u00e0 la disposition des autres dans ce monde globalis\u00e9, tout comme les cultures des autres sont disponibles pour nous.<br \/>\nCependant, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019une invention peut \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e et l\u2019expression culturelle valoris\u00e9e, il faudrait prot\u00e9ger le savoir traditionnel de celui qui sait faire parler ses cauris sur le sable. Il faudrait valoriser la mani\u00e8re de faire de cette personne et la prot\u00e9ger de sorte qu\u2019elle puisse en tirer quelque chose de profitable. Celui qui est au fond de sa for\u00eat, ou dans son village et joue de sa fl\u00fbte, doit \u00eatre assur\u00e9 que personne ne va gratuitement recueillir ses m\u00e9lodies pour aller tirer profit d\u2019une telle richesse. D\u2019o\u00f9 notre regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019OMPI et notre engagement en faveur d\u2019une meilleure exploitation des opportunit\u00e9s que rec\u00e8le la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle.<br \/>\nQ\u00a0: A la fin de l\u2019ann\u00e9e, le S\u00e9n\u00e9gal va organiser une grande conf\u00e9rence sur la culture africaine \u00e0 Dakar, et j\u2019aimerais que vous nous en parliez.<br \/>\nC\u2019est le 3e festival mondial des arts n\u00e8gres qui va durer plusieurs semaines. Le S\u00e9n\u00e9gal a l\u2019honneur d\u2019en \u00eatre l\u2019h\u00f4te apr\u00e8s en avoir \u00e9t\u00e9 le concepteur. Mais, nous n\u2019en serons pas les seuls acteurs, car c\u2019est l\u2019affaire de tous ceux qui se sentent concern\u00e9s par les arts n\u00e8gres\u00a0: tous les autres pays africains, la diaspora africaine, les Antilles, etc.<br \/>\nCe sera donc le moment d\u2019aller au S\u00e9n\u00e9gal car il y aura beaucoup de choses \u00e0 voir, \u00e0 entendre et \u00e0 comprendre, sur le plan culturel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Q\u00a0: Monsieur l\u2019Ambassadeur, me feriez-vous l\u2019honneur de r\u00e9sumer votre parcours professionnel\u00a0? S\u00e9n\u00e9galais d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es, je suis un diplomate de carri\u00e8re, d\u2019une carri\u00e8re que j\u2019ai choisie librement. 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